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En 2026, "Ayez de l'âme, on en réclame !"

En 2026,
 Marie-Pierre de Bailliencourt
Auteur
Directrice générale

Bons vœux et nouvelles résolutions : dans cette tribune originellement publiée dans Les Échos le 7 janvier, Marie-Pierre de Bailliencourt propose, pour aborder les nouvelles résolutions de l’année 2026, d’investir trois fronts : déterminer des objectifs nets, établir un plan d’action pour les remplir et rétablir la confiance, sans laquelle rien ne pourra être fait. Entre agressivités extérieures et défiance intérieure, faire des choix n'a jamais été aussi pressant. 

2025 n'a pas été une année douce et légère et si, l'an fini, nous nous sommes tous réunis, peu nombreux étaient les cœurs véritablement festifs. Nous commençons l'année comme nous l'avons finie, sans budget, sans perspective, sans plan d'action clairement défini.

Nous commençons l'année comme nous l'avons finie, sans budget, sans perspective, sans plan d'action clairement défini.

La vertu du calendrier est non seulement de mesurer le temps qui passe mais également de nous donner l'occasion de pouvoir refaire en mieux chaque étape de l'année, sages de l'expérience acquise - l'occasion donc de nouvelles résolutions.

Certains, en ce début d'année, se sont montrés très résolus ; sages ? L'histoire en jugera, l'intervention de Donald Trump au Venezuela semant tout à la fois l'appréciation et le trouble. Et nous, quelles sont nos résolutions pour 2026 ? Moins de paroles et plus d'actions. Moins d'attentes et plus de responsabilités. La nécessité de proposer une ambition qui nous rassemblerait et de faire des choix n'a jamais été aussi pressante, entre agressivités extérieures et défiance intérieure.

Quels objectifs ?

2026, année charnière à bien des égards, devrait être une année de préparatifs. Car face à la montée des impérialismes et des dépendances en tous genres (talents, ressources minières et agricoles, molécules et technologies étrangères), le temps perdu ne se rattrape plus et notre immobilisme est une faute quand tous les autres avancent.

Trois fronts sont ainsi à investir sans délai : la détermination de nos objectifs, la construction d'un plan pour les animer, le rétablissement d'une confiance pour les atteindre.

Nous ne pourrons nous mettre en route qu'en nous accordant sur notre destination : comment voulons-nous vivre au quotidien et quelle France voulons-nous pour nos enfants ? Quelle Europe nous correspond le mieux et comment nous organiser dans le nouvel ordre mondial qui se déploie à nos dépens ? Y répondre suppose d'avoir une ambition qui dise, tout à la fois, l'amour du pays, le devoir de le servir et la satisfaction d'y parvenir. Cela tombe bien, les Français à 80 % se découvrent à nouveau patriotes.

Cela suppose aussi que les idéologies politiques demeurent des glissières de sécurité et non des péages confiscatoires. La seule contestation ne peut servir de cap. Nous avons besoin d'un véritable débat, loin des éléments de langage et des postures incriminantes, une réflexion de fond diligemment reportée depuis 40 ans mais qui n'a que trop tardé depuis que le monde a changé.

Un plan d'action

Le deuxième front est la construction d'un plan stratégique. Nulle trajectoire sans plan d'action, sans priorité, sans renoncements cornéliens, sans moyens concentrés pour aboutir. Dès la validation démocratique de 2027, il ne faudra plus parler mais faire.

Sur quoi bâtir ce plan ? Tout d'abord, sur la sécurité et la défense nationales, conditions premières de notre liberté et de notre prospérité. Guerre économique, ingérences étrangères, extraterritorialité du droit, arsenalisation des interdépendances : 2025 aura révélé la nouvelle désinhibition des volontés de puissance. Planifions et organisons si nous ne voulons pas subir. Nous prenons trop souvent des décisions dans l'instant sans penser au jour d'après. Nous avons oublié le coût de l'effort de protection et celui de notre liberté. Un sevrage de la dépense publique non régalienne est inévitable, quoi qu'on en dise. Un budget d'avenir et non du passé est nécessaire à nos destinées.

Les entreprises sont les voies de notre puissance, de notre résilience, de notre cohésion sociale et territoriale.

Le bâtir ensuite sur les entreprises. Elles sont les voies de notre puissance, de notre résilience, de notre cohésion sociale et territoriale. Sans richesses créées, pas de solidarité publique. Sans innovation et sans investissement, un déclassement accéléré nous guette au moment où les mutations technologiques redistribuent les pouvoirs à la surface du globe.

Redonner la priorité à nos entreprises, alléger leur fardeau normatif et fiscal, reconnaître leur contribution à la dynamique du pays, réinvestir le travail et le risque : voilà les conditions de notre redressement.

Audace et créativité

Le troisième front parle de confiance. Croyons en nous-mêmes ! Responsabilisons-nous, chacun ès qualités. Si nous cédons au pessimisme, si nous renonçons à notre propre génie par manque d'envie, par manque de foi, par dépit, nous ne redresserons pas la barre. On ne gouverne pas sur la nostalgie des gloires passées. On ne conduit pas un pays sur la base du plus petit dénominateur commun. Réconcilier les Français avec eux-mêmes, recouvrer un souffle, une place qui nous corresponde profondément, non par défaut d'avoir simplement voulu ou par contrainte à une heure fatidique de ruine et d'occupation ennemie, mais dès à présent !

Si nous aimons tant les grands hommes, c'est parce que l'histoire nous rappelle qu'il suffit de quelques décisions courageuses pour changer le cours des choses. Ne nous morfondons pas dans l'attente des prochaines échéances électorales, aussi déterminantes soient-elles. Si nous nous remettons au travail résolument, si nous recouvrons le goût du risque, accompagnés et non freinés par notre administration, si nous nous réapproprions l'audace et la créativité si chères à nos cœurs, nous retrouverons confiance, et avec la confiance la volonté, et avec la volonté le courage.

Si nous cédons au pessimisme, si nous renonçons à notre propre génie par manque d'envie, par manque de foi, par dépit, nous ne redresserons pas la barre.

Que 2026 ne soit donc pas une année vaine, mais une année pour avoir envie et nous redécouvrir fiers. Car comme l’écrivait Edmond Rostand dans Le cantique de l’aile, "la forme a pu céder, mais son âme s'entête ! Le panache ! et pourquoi n'existerait-il plus ?

Le front bas, quelquefois, on doute, on s'inquiète… Mais on n'a qu'à lever la tête : on le sent qui pousse dessus !"

Copyright image : Philippe LOPEZ / AFP

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