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Le climat et la paix : une lutte sur plusieurs fronts

BLOG - 20 Septembre 2019

Cette année, la journée mondiale de la paix est placée sous le signe de l’urgence climatique. Elle marquera aussi le début d’un sommet de deux jours, organisé par Antonio Guterres, le secrétaire-général de l’ONU, consacré à "l’action climatique", pour tenter de mobiliser la communauté internationale et convaincre les chefs d’Etat d’accroître leurs efforts en matière de lutte contre le réchauffement climatique. 
 
Dans un monde dont les soubresauts nous rappellent la fragilité de la paix, les crises climatiques et environnementales apparaissent comme un facteur majeur de déstabilisation. La raréfaction des ressources, qui joue déjà un effet catalyseur dans le déclenchement de certains conflits notamment en Afrique ou au Moyen-Orient, pourrait très vite devenir une cause directe de crises sécuritaires et de migrations massives.

Dans un monde dont les soubresauts nous rappellent la fragilité de la paix, les crises climatiques et environnementales apparaissent comme un facteur majeur de déstabilisation.

Pour sauvegarder la paix, la crise climatique qui nous menace requiert donc une stratégie ambitieuse de décarbonation de l’économie qui donne la priorité au climat. Au niveau national, l’Institut Montaigne a lancé un travail systématique visant à évaluer la trajectoire de décarbonation dessinée par la programmation pluriannuelle de l’énergie, et à accélérer la transition énergétique dans tous les secteurs, en commençant par la rénovation énergétique des bâtiments. Au-delà de nos frontières, l’Institut Montaigne cherche également à promouvoir une transition énergétique qui permette de concilier l’impératif climatique et celui du développement, en soulignant le potentiel de l’énergie solaire en Afrique

Mais la crise environnementale, et particulièrement la menace d’un dérèglement majeur du climat, font peser des nouvelles menaces que nous avons parfois du mal à percevoir, et qui contribuent à saper les bases de nos systèmes démocratiques, et peuvent mettre à mal la cohésion dont nous avons besoin pour relever collectivement ces défis. Cet effondrement de toutes les certitudes, cette tension psychologique extrême provoquée par la réouverture de la boîte de Pandore millénariste, provoquent des phénomènes de radicalisation dont nous voyons déjà les effets délétères lorsque des agriculteurs sont agressés dans leurs champs, ou que des bouchers sont victimes d’actes de violences. C’est la paix civile qui est menacée non plus seulement par la crise climatique, mais également par les chocs en retour de ses effets psychologiques et politiques. 
 
À l’heure du changement climatique, la lutte pour la paix passe donc aussi par la sauvegarde d’un espace médiatique qui permette l’échange d’informations sûres, la confrontation pacifique des idées et le respect de l’autre. Les "fake news" environnementales sont déjà omniprésentes sur les réseaux sociaux, et certaines d’entre elles sont fabriquées de manière volontaire par des acteurs, étatiques ou non, qui ont un intérêt politique ou géostratégique à nourrir la défiance au sein des sociétés occidentales. C’est l’une des priorités de l’Institut Montaigne, qui poursuit son action pour tenter de comprendre les mutations du paysage médiatique à l’heure du numérique, et de consolider le cadre d’un débat démocratique de qualité. C’est aussi dans cette perspective que l’Institut Montaigne, membre fondateur du Forum de Paris pour la paix, accompagne un des dix projets sélectionnés en 2018, Digital Democracy Charter.

Facteur de déstabilisation sociale et politique à l’intérieur de nos démocraties, les "grandes peurs" environnementales pourront aussi, demain, déclencher des conflits internationaux d’un nouveau genre, au croisement des émotions légitimes et des calculs stratégiques. La séquence médiatique et politique estivale autour des feux amazoniens a bien montré toutes les implications possibles d’une telle irruption des questions écologiques au coeur du jeu des puissances.

Facteur de déstabilisation sociale et politique à l’intérieur de nos démocraties, les "grandes peurs" environnementales pourront aussi, demain, déclencher des conflits internationaux d’un nouveau genre.

Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer y puise une réflexion sur les nouvelles dimensions de la responsabilité de protéger, mais il convient aussi d’en mesurer les dangers. On ne peut sous-estimer les risques d’instrumentalisation et de déstabilisation d’un ordre international déjà chancelant. Le mélange, souvent observé, d’indignation légitime et de cynisme politique, pourrait aboutir dans l’avenir à des crises internationales d’un nouveau genre. Est-on si loin d’un monde où l’attentat de Sarajevo serait un crime écologique réel ou supposé, au milieu d’opinions publiques chauffées à blanc par la crainte ou l’attente du collapse ? 
 
S’il convient de se méfier des nouvelles croisades politico-militaires menées au nom de l’environnement, la rencontre des considérations environnementales et stratégiques n’en est pas moins fondamentale pour éviter une certaine naïveté, et une croyance dans la toute-puissance des "gestes du quotidien", alors que la responsabilité des atteintes environnementales ressortit largement du jeu des puissances. Ainsi, au-delà des annonces récentes de Mme Parly sur "le kaki qui passe au vert", les dimensions militaires et environnementales sont amenées à converger. L’action de notre marine et de notre diplomatie dans l’espace indo-pacifique combine déjà ces deux dimensions, et contribuent à la lutte contre des phénomènes comme la surpêche ou la pollution plastique des océans. 
 
Comment réconcilier notre désir de pouvoir sauver le climat en raccourcissant notre douche, et notre conscience du fait que plusieurs planètes ne suffiraient pas pour absorber le choc écologique du projet des Routes de la Soie ? C’est l’Union européenne qui est appelée à jouer un rôle clé, sous le leadership d’Ursula von der Leyen, et sur la base des deux grandes impulsions politiques données par le scrutin de mai 2019, l’urgence écologique, et la nécessité d’une Europe puissance. Le risque est grand de voir ces deux trajectoires entrer en collision : si l’impératif environnemental aboutit à des choix industriels désastreux pour l’autonomie européenne, ou prive l’UE de tout usage du levier commercial, l’Europe disparaîtra du jeu mondial, y compris sur le plan environnemental. Pour peser sur le destin de la planète, l’Europe doit à la fois montrer l’exemple, en mettant en œuvre une transition écologique ambitieuse, et renforcer son pouvoir prescripteur, dans ce qu’il reste des enceintes multilatérales, comme dans ses négociations directes avec les Etats ou les entités régionales. Pour notre continent, l’exigence écologique et l’ambition géostratégique ne doivent maintenant faire qu’un. 

 

Copyright : Jonathan NACKSTRAND / AFP

 

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