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Exemple : Education, Europe, Santé
  • Énergie solaire en Afrique :
    un avenir rayonnant ?

    Note -
    Février 2019

Les opinions exprimées dans ce rapport n’engagent ni ces personnes ni les institutions dont elles sont membres.

Co-auteurs

  • Antoine  Huard,  président,  France  Territoire  Solaire,  directeur  international,  Générale du Solaire
  • Benjamin Fremaux, Senior Fellow, Institut Montaigne

Personnalités consultées

  • Thierry  Barbaut, responsable numérique, ONG La Guilde
  • Daniel Bour, président, Enerplan
  • Cyril  Carabot, secrétaire général et responsable relations internationales, Syndicat des énergies renouvelables
  • Hadrien Clément, président, Orion Solaire
  • Thierry Déau, fondateur et président, Meridiam
  • Bertrand Deroubaix, directeur des affaires publiques, Total
  • Christophe Fleurence, vice-président, Business Development Africa, Total Eren
  • Caroline Frontigny, co-fondatrice et présidente, upOwa
  • Jeremy Gasc, chef de projet division énergie, AFD
  • Jean-François Gouedard, directeur à la direction générale, Vinci
  • Alain Grandjean, associé fondateur, Carbone 4
  • Christian de Gromard, référent énergie, AFD
  • Nicolas Guichard, responsable adjoint direction énergie, AFD
  • Stéphane His, Senior Expert – Climate Change, AFD
  • Leila Hubeaut, Partner, Dentons
  • Xavier Mallet, Strategy Manager, BU Africa, Engie
  • Olivier Mélédo, Partner, Mayer Brown
  • Ousseynou  Nakoulima,  directeur  énergies  renouvelables,  Banque  africaine  de  développement
  • Jean-Jacques Ngono, Managing Partner Africa, Finergreen
  • Pierre-Louis Pernet, ancien chargé de mission, Commission de régulation de l’énergie
  • Quentin Perret, ministère de la Transition écologique et solidaire
  • Jean-Pascal Pham-Ba, secrétaire général, Terrawatt Initiative
  • Hacina Py, responsable mondiale financement export, Société Générale
  • Jean-Louis Ricaud, président, ABTECH
  • Philippe Rougé, responsable Business Development, division Energy Management, Siemens SAS
  • Abdoulaye Toure, International Project Manager Africa, Quadran International




645 millions, c’est le nombre d’Africains qui n’ont pas d’accès à une source d’électricité. Et ce chiffre continuera mécaniquement d’augmenter du fait d’une croissance démographique supérieure aux nouvelles capacités de production d’électricité. Pomper de l’eau douce, faire fonctionner des dispensaires médicaux, permettre aux écoliers de faire leurs devoirs le soir ou d’avoir accès à internet : aucun développement économique ou humain n’est possible sans énergie. Afin de répondre aux besoins futurs de ces habitants, le développement rapide de la production d’électricité est indispensable.

L'énergie solaire photovoltaïque (ou l’électricité produite à partir d’énergie solaire) représente une solution prometteuse car elle permet un déploiement rapide, à très grande échelle, d’une énergie décarbonée et économiquement accessible. Les atouts du photovoltaïque sont connus. Pourtant, à ce jour, un nombre insignifiant de centrales solaires ont été concrétisées en Afrique.

L’objectif de cette note est d’identifier les freins au déploiement de l’énergie solaire en Afrique et de proposer des solutions concrètes permettant à cette dernière de se déployer et ainsi de répondre aux défis démographique et climatique du continent africain. S’il est important de réduire les émissions de CO2 de pays comme la France - qui représentent 1,2 % des émissions mondiales -, ou l’Allemagne - 2,7 % -, l’une des priorités de la politique climatique globale doit également viser à contenir les émissions futures des habitants du continent africain, sans pour autant freiner son développement économique.
 

Énergie solaire en Afrique : un avenir rayonnant ?

La production d’électricité en Afrique fait face à plusieurs difficultés

  • Elle est encore rare dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Seuls 32 % de la population y a accès selon la Banque africaine de développement. C’est le taux le plus faible du monde, alors même que les besoins sont considérables, avec une population en augmentation constante (390 millions d’habitants en plus en 2017 par rapport à l’an 2000) ;
     
  • Les capacités actuelles sont limitées. Les 48 pays d’Afrique subsaharienne ne disposent que de 46 gigawatts de capacité installée pour une population de plus d’un milliard d’habitants. En comparaison, l’Espagne dispose de 106 gigawatts pour une population de 45 millions d’habitants ;
     
  • L’électricité est chère, son coût de production est de 0,20 à 0,50 USD/kWh, ce qui est très élevé par rapport à la moyenne mondiale qui se situe autour de 0,10 USD/kWh. 
     

L’énergie solaire est faite pour le continent africain…

Au regard de ces difficultés, l’énergie solaire représente une solution particulièrement adaptée aux besoins et aux spécificités des pays africains :

  • le continent bénéficie d’un ensoleillement privilégié ;
     
  • l’énergie solaire est compétitive, ce qui la rend attractive face aux solutions thermiques ; 
     
  • elle bénéficie d’une simplicité de fonctionnement et d’une grande rapidité de construction ;
     
  • elle s’adapte à toutes les réalités du terrain, du kit solaire équipant un foyer isolé, jusqu’à la gigantesque ferme solaire alimentant des villes entières ;
     
  • elle peut fonctionner hors des réseaux de transport et de distribution et ainsi alimenter des populations isolées sans attendre le déploiement long et coûteux des lignes à haute tension.
     

… mais le continent africain n’est pas encore prêt pour l’énergie solaire

Si l’énergie solaire semble être parfaitement adaptée aux besoins des pays africains, comment expliquer que si peu de projets photovoltaïques aient été concrétisés ? Nous avons identifié un certain nombre de freins.

  • Les outils de financement existants ne sont pas adaptés au caractère très capitalistique et à la petite taille des centrales solaires. L’essentiel de leur coût étant concentré sur l’investissement initial, qui s’amortit ensuite sur plusieurs décennies, les projets solaires nécessitent une visibilité de long terme. Des garanties doivent donc être accordées aux entreprises souhaitant investir dans le solaire en Afrique, pour couvrir ce coût initial. Or, les outils de garantie existant aujourd’hui sont incompatibles avec la spécificité des centrales solaires, notamment leur petite taille.
     
  • La politique de subventions menée sans discernement par quelques États et banques de développement engendre un signal prix, certes très attractif, mais artificiel. Les initiatives subventionnées dans le domaine de l’énergie solaire ont des effets collatéraux néfastes : elles fixent des prix de référence inatteignables sans subventions, rendant ainsi irréalisable tout autre projet financé sur fonds privés dans la région. Ce faisant, elles dissuadent les développeurs privés de continuer à prendre des risques en entreprenant de nouveaux projets dans ces pays.
     
  • Enfin, le recours quasiment systématique aux appels d’offres afin d’identifier et de sélectionner les projets solaires pose certains problèmes. D’une part, la lourdeur des procédures, disproportionnée par rapport à la taille de la plupart des projets, conduit à un allongement des délais et une augmentation des coûts. D’autre part, anticipant les baisses de prix des panneaux solaires, les candidats sont incités à sous-enchérir, de manière à ce que, dans de nombreux cas, les projets lauréats ne soient pas viables économiquement et ne voient jamais le jour. 
     

Nos propositions pour faciliter le déploiement de l’énergie solaire sur le continent africain

1
Détails
Adapter le financement à la nature capitalistique et à la taille réduite des projets solaires.
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Proposition n°1 - Promouvoir les efforts de planification, prérequis au développement de l’énergie solaire, notamment par l’adaptation des cadres réglementaires à la spécificité des projets solaires.

Proposition n°2 - Faciliter l’accès au financement. En particulier, mettre en place une documentation standardisée qui serait disponible gratuitement et acceptée par l’ensemble des parties, et réduire les frais d’instruction des dossiers en adaptant les exigences des bailleurs à la taille des projets.

Proposition n°3 - Réduire le coût du financement : faciliter l’accès aux outils de rehaussement de crédit (garanties, assurances) et rendre les prêts concessionnels accessibles à ces projets.

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Restreindre les subventions publiques lorsqu’elles créent des distorsions de marché.
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Proposition n°4 - Vérifier l’absence de tout projet privé implanté sur une zone donnée avant d’envisager d’y implanter un projet public. 

Proposition n°5 - Limiter au maximum les signaux de prix artificiels : éviter les subventions (portant sur les études, le foncier, le raccordement, etc.) de nature à décourager l'investissement privé.

Proposition n°6 - Promouvoir une meilleure collaboration entre fonds publics et privés : cibler les fonds publics sur des projets qui n’attirent pas les fonds privés tels que les infrastructures de réseau de moyenne et basse tension, la mise à disposition d’outils de rehaussement de crédit des contreparties publiques ou l’accompagnement du renforcement des compétences.

3
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Limiter le recours quasiment exclusif aux appels d’offres, notamment dans des contextes de marchés peu matures et pour des projets de petite taille.
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Proposition n°7 - Privilégier des mécanismes adaptés à la taille des projets et au contexte de marchés peu matures.

Proposition n°8 - Accompagner les premiers développements, en mettant à disposition des Etats et donneurs d’ordres les expertises qui peuvent leur faire défaut, puis en organisant le transfert de compétences afin de créer une véritable filière industrielle pérenne.

Proposition n°9 - Une fois le marché plus mature, envisager progressivement des mécanismes d’appels d’offres mais en les limitant aux projets de grande envergure.

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