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La santé face aux fractures sociales et territoriales

BLOG - 20 Mai 2019

Dans le cadre de son enquête La France en morceaux : Baromètre des Territoires 2019, l’Institut Montaigne, en partenariat avec l’institut de sondage Elabe, a pu étudier avec précision les fractures territoriales et sociales françaises en matière de santé. Ces fractures se cumulent et tracent une démarcation nette entre les Français qui se soignent et ceux qui "essaient" de se soigner. 

La santé, une préoccupation pour un Français sur quatre

À la question "Quels sont les sujets qui vous préoccupent personnellement le plus ?", la santé arrive en troisième position derrière le pouvoir d’achat (40 % des Français se disent préoccupés) et les retraites (26 %). Les Français sont autant préoccupés par l’emploi que par la santé : 25 % d’entre eux estiment que c’est une préoccupation majeure. Ils sont même 9 % à placer la santé et l’emploi en tête de leurs préoccupations. Les inégalités (24 %), la menace terroriste (21 %), la sécurité (17 %) ou la protection sociale (9 %) sont des sujets qui préoccupent moins les Français que la santé.

Pourtant, ce sujet n’a pas émergé comme thème majeur dans les annonces du président de la République lors de sa conférence de presse du 25 avril dernier, suite au grand débat national. Les seuls éléments d’engagement d’Emmanuel Macron lors de sa prise de parole ont reposé sur le fait qu’aucun hôpital ne fermerait "sans l’accord du maire" d’ici la fin du quinquennat.

Un accès aux soins entravé par les fractures territoriales

Cet engagement repose sans doute sur la volonté du Président de rassurer ses concitoyens sur l’accès aux soins dans les déserts médicaux. Lorsque l’on interroge les Français sur la facilité ou difficulté d’accès aux services de soins (en se déplaçant ou par internet) permettant de bien se soigner (hôpital, médecins généralistes, spécialistes), ils sont moins de la moitié (46 %) à estimer qu’ils ont un accès facile et rapide à "tout ce dont ils ont besoin". 35 % estiment que l’accès est compliqué, long ou partiel et 15 % qu’ils n’ont pas accès du tout aux services de soins.

Les Français interrogés sont moins de la moitié (46 %) à estimer qu’ils ont un accès facile et rapide à "tout ce dont ils ont besoin".

Les régions où les habitants estiment avoir le plus de difficultés d’accès aux soins sont le Centre-Val-de-Loire, la Bourgogne-Franche-Comté et la Normandie. En effet, les personnes interrogées dans ces régions déclarent respectivement à 25 %, 22 % et 18 % qu’ils n’ont pas du tout accès aux services leur permettant de bien se soigner, contre 15 % pour la moyenne nationale et 10 % en Ile-de-France.

De plus, les Normands estiment à 49 % que les services publics disparaissent de leur territoire (+ 12 points par rapport à la moyenne nationale), tout comme en Bourgogne-Franche-Comté. Ce sentiment est renforcé chez les habitants du Centre-Val-de-Loire (51 %), notamment autour de la santé. Les Centrais ont également le taux de confiance le plus faible en leur hôpital le plus proche (50 %). Ce taux est également faible en Normandie (56 %).

La fracture territoriale est doublée d’une fracture sociale

Plus d’un Français sur deux déclare avoir retardé ou renoncé à des soins de santé (médecin, généraliste ou spécialiste, dents, vue) par manque de moyens financiers au cours des douze derniers mois. Parmi les personnes touchant moins de 1000 euros par mois, 29 % estiment avoir renoncé à des soins et 37 % ont retardé des soins. Les personnes interrogées gagnant entre 3000 et 3999 euros par mois ne sont que 9 % à avoir renoncé à des soins dans l’année et 16 % à avoir retardé des soins. 

La fracture territoriale est aussi doublée d’une fracture sociale : 

  • dans les communes rurales, on observe un écart de 9 points dans la possibilité d’avoir un accès facile et rapide aux soins pour bien se soigner entre ceux dont le niveau de vie est inférieur à 1 000 euros par mois et ceux dont le niveau de vie est supérieur à 2 000 euros par mois ;
  • cet écart grimpe même à 16 points dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants.

Plus généralement, 31 % des Français cumulent un accès compliqué ou nul aux services de soins et un renoncement ou retard de soins par manque de moyens financiers.

La santé, deuxième dépense publique qui inciterait les Français à payer plus d’impôts

Ces difficultés d’accès aux soins préoccupent bon nombre de citoyens français. Conscients de l’importance d’un accès rapide à des soins de qualité, les Français prêts à payer plus d’impôts citent pour 31 % d’entre eux l’amélioration du système de santé, juste derrière la réduction de la pauvreté, citée par 36 % des répondants. La réduction de la pollution est citée en troisième position (23 %), suivi de près par l’éducation (21 %).

Dans ce contexte, les différentes mesures annoncées par le gouvernement pour lutter contre les déserts médicaux (qui concernent 18 % du territoire français) dans le cadre du projet de loi santé doivent être rapidement mises en oeuvre. En effet, l'organisation territoriale des services de santé est l'un des grands chantiers structurants du projet de loi porté par la Ministre Agnès Buzyn. Pour mieux organiser l'accès aux soins, le gouvernement compte aussi sur la labellisation de 500 à 600 "hôpitaux de proximité". Ces établissements proposeront un ensemble de soins de proximité, c'est-à-dire les soins courants de médecine générale, de gériatrie ou de rééducation par exemple.

Les Français prêts à payer plus d’impôts citent pour 31 % d’entre eux l’amélioration du système de santé, juste derrière la réduction de la pauvreté.

Au-delà du renforcement de l’offre de soins, le taux de remboursement à 100 % (la réforme dite "100 % santé") de certaines dépenses de santé sera un réel coup de pouce pour les nombreux ménages renonçant ou retardant des soins dentaires ou d’optiques. En effet, le fameux "reste à charge zéro" mettant en place un remboursement à 100 % des mutuelles et de l’Assurance maladie pour certaines dépenses liées à l’optique, la dentition ou à l’audition, permettra d’inciter les Français à avoir rapidement recours à certains soins dentaires ou optiques notamment.

Dans un tel contexte, il est plus que nécessaire de promouvoir l’innovation dans notre système de santé, notamment le déploiement de l’intelligence artificielle, comme le défend l’Institut Montaigne dans une note récente IA et emploi en santé : quoi de neuf docteur ?. En effet, ces technologies permettront un meilleur suivi à domicile, des parcours de soins adaptés et des interactions plus régulières entre le médecin et son patient, malgré un éventuel éloignement géographique. De même, notre système de soins doit évoluer vers une organisation centrée sur la qualité, afin d’aider les patients à mieux s’orienter dans le système de santé.

 

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