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La Corée du Nord en 2019, l’économie ou le nucléaire ?

BLOG - 11 Janvier 2019

2019 sera-t-elle l’année de la sortie de l’impasse sur la péninsule coréenne, et à quel prix ? Vus de Pyongyang, les termes de l’équation sont assez simples. Le régime de sanctions auquel la Corée du Nord est soumis ne lui laisse que d’infimes marges de manœuvre pour reconstruire son économie. Le développement économique est pourtant la priorité affichée par Kim Jong Un depuis l’adoption de la "nouvelle ligne stratégique" lors du plenum du Comité Central du Parti des Travailleurs d’avril 2018. Le terme signale la rupture avec la ligne précédente du byungjin, qui plaçait sur un même plan armement nucléaire et développement économique.
 
Or, la "nouvelle ligne stratégique" est vouée à l’échec sans allègement des sanctions. Aucun pays n’est prêt à les violer de manière frontale et systématique, même si des écarts, parfois sérieux, sont fréquemment constatés. Seule l’adoption d’une résolution spécifique du Conseil de Sécurité de l’ONU peut permettre à la Corée du Nord d’initier une vraie politique de développement, ce qui n’a aucune chance de se produire sans concession suffisante de sa part sur son programme nucléaire et balistique.

La "nouvelle ligne stratégique" est vouée à l’échec sans allègement des sanctions.

Tout est donc une question de seuil, et deux lignes s’affrontent sur la méthode pour le définir. La Corée du Nord défend des actions "simultanées" et "graduelles", ou à chaque concession répondrait une concession réciproque. C’est l’extension de la logique du "double gel", d’abord proposé par les Nord-Coréens, puis défendue avec succès par les Chinois et les Russes – interruption des essais balistiques et nucléaires en échange du gel des exercices militaires conjoints Etats-Unis/Corée du Sud. Cette double suspension a mis fin à l’escalade qui, au deuxième semestre 2017, semblait mener de manière irrémédiable à une frappe punitive américaine, malgré les risques d’embrasement de la péninsule.

L’alternative, c’est l’établissement par la Corée du Nord d’une liste crédible de ses activités proliférantes, et une garantie que le pays acceptera des mesures de vérification aux normes internationales pour accompagner leur démantèlement. Si l’on connaît sa production de plutonium à Yongbyon, son enrichissement d’uranium est souterrain, et nul ne sait de combien de centrifugeuses elle dispose. Or la production de matière fissile n’est qu’un aspect du programme, qui comprend de nombreuses autres facilités scientifiques, industrielles et militaires disséminées sur l’ensemble du territoire. Tous les techniciens du désarmement le répètent, il n’y aura pas de dénucléarisation complète et irréversible sans inventaire préalable de ce qu’il faut démanteler.
 
Six mois après le premier sommet Kim-Trump, à Singapour, la Corée du Nord tente de persuader les Américains d’accepter sa méthode. Après le sommet, elle a démantelé des facilités d’assemblage de moteurs de missiles balistiques à Sohae, sans obtenir de récompense en retour. Elle propose aujourd’hui un démantèlement du site de Yongbyon, au risque de réveiller les souvenirs douloureux de la séquence de 2007-2008 pour les négociateurs des pourparlers à six. Après un accord conclu en février 2007, la Corée du Nord avait fermé le site et détruit sa tour de refroidissement, avant que les négociations ne déraillent en raison d’un désaccord sur les procédures de vérification et sur la demande américaine d’une déclaration complète. Les Etats-Unis souhaiteront-ils rejouer la partie de Yongbyon ? Par la voie d’un communiqué officiel, la Corée du Nord a prévenu en novembre dernier qu’elle "ne bougerait pas d’un millimètre, quel qu’en soit le coût", en l’absence de mesures réciproques de la part des Etats-Unis.

Le problème insoluble de la "nouvelle ligne stratégique" est que la Corée du Nord ne dispose aujourd’hui que de deux options pour respirer économiquement : le tourisme et les violations de sanctions. Le nombre de touristes chinois augmente, et la liaison Air China Pékin-Pyongyang a été rétablie juste avant le sommet de Singapour. La Corée du Sud se dit prête à travailler à la réouverture du complexe touristique du Mont Kumgang, symbole des années de "Sunshine policy" de Kim Dae-jung mais aussi de la brutalité du régime, puisque c’est après qu’une touriste sud-coréenne y fut abattue par un militaire du Nord que Séoul renonça au projet. Elle continue dans le même temps ses violations du régime de sanctions.

Le problème insoluble de la "nouvelle ligne stratégique" est que la Corée du Nord ne dispose aujourd’hui que de deux options pour respirer économiquement : le tourisme et les violations de sanctions.

Plusieurs rapports suggèrent que la Chine ferme les yeux sur des exportations de charbon nord-coréen via Dandong et sur des ventes de pétrole en mer à des bateaux nord-coréens photographiées par les Japonais. Mais dans l’ensemble, même si l’on y ajoute les exemptions humanitaires aménagées par l’ONU, ces échanges ne font que maintenir la Corée du Nord sous perfusion et ne sauraient suffire à une vraie politique de développement.
 
En ce début d’année, la Chine et la Corée du Sud défendent chacune à leur manière la méthode des mesures simultanées et réciproques. A Pékin cette semaine pour sa quatrième rencontre avec Xi Jinping en moins de dix mois, une fréquence supérieure aux sommets Trump-Xi, Kim Jong Un a obtenu le soutien de Xi Jinping à sa "nouvelle ligne stratégique", et l’expression du souhait que les Etats-Unis et la Corée du Nord se "rencontrent à mi-chemin". De même, lors de sa conférence de presse de rentrée, le Président sud-coréen Moon Jae-in a déclaré que "pour résoudre rapidement la question des sanctions, Pyongyang a besoin de mesures de dénucléarisation drastiques et substantielles. (…) Si Pyongyang adopte de telles actions, des mesures correspondantes devraient être élaborées pour encourager et accélérer la dénucléarisation du Nord". Avec de telles postures, les deux pays qui joueraient un rôle majeur dans l’économie nord-coréenne en cas d’assouplissement des sanctions éloignent la perspective d’une déclaration complète, par la Corée du Nord, de ses activités de prolifération.
 
Ces soutiens renforcent donc la main de Kim Jong Un alors qu’un deuxième sommet avec Donald Trump est en préparation. Par rapport à ses prédécesseurs, Donald Trump a innové en cédant à la Corée du Nord un sommet sans précondition, ce qui du point de vue de Pyongyang est une reconnaissance de son statut de puissance nucléaire. Il n’est pas impensable que son administration fasse un pas de plus dans la direction du compromis et récompense des mesures de désarmement incomplètes. La question d’un accord au rabais se poserait alors pour les Européens au Conseil de Sécurité.

 

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