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Après Singapour, quel avenir pour les relations Trump / Asie ? Trois questions à Philippe Le Corre

BLOG - 15 Juin 2018

Par Institut Montaigne

Après une annulation soudaine par Donald Trump, le sommet historique entre les Etats-Unis et la Corée du Nord s’est finalement tenu le 12 juin dernier à Singapour. Les deux dirigeants ont signé une déclaration commune à l’issue de cette rencontre, réaffirmant d’une part la dénucléarisation de la Corée du Nord, et d’autre part des garanties de sécurité pour le régime nord-coréen. Philippe Le Corre, spécialiste de l’Asie, Senior Fellow à la Harvard Kennedy School et Non-resident Senior Fellow à la Carnegie Endowment for International Peace, nous livre son analyse de ce sommet et de ses conséquences pour la région. 

Peut-on dire que le sommet historique qui s’est tenu à Singapour le 12 juin dernier est un succès ?

La rencontre est effectivement historique… parce qu’elle a eu lieu. Mais il faut une bonne dose d’optimisme pour la suite. Depuis plusieurs décennies, notamment depuis la présidence de Bill Clinton (1992-2000), les Occidentaux s’interrogeaient sur la manière d’appréhender le régime dictatorial héréditaire nord-coréen. Des tentatives ont été amorcées avec Kim Jong-Il, le père de Kim Jong-un, mais elles se sont toutes soldées par des échecs parce que les moyens de vérification du processus de dénucléarisation n’ont jamais pu être mis en place. Le régime nord-coréen a reçu de l’argent sans pour autant démanteler son arsenal. 

Si aujourd’hui, Donald Trump a décidé de prendre les devants avec cette rencontre, le communiqué final reste très général au sujet du nucléaire. "Cela prendra du temps" a-t-il ajouté, laissant entendre qu’il pourrait, d’une part, réduire les sanctions économiques si la dénucléarisation était amorcée - il fait miroiter des "zones économiques spéciales", des touristes en masse et autres au leader de Pyongyang, y compris dans une vidéo surréaliste produite par ses amis de Hollywood ; et, d’autre part, mettre fin aux exercices militaires communs entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, "très coûteux et provocants", considérés comme indispensables pour assurer la sécurité de la région il n’y a encore pas longtemps. Finalement, le vrai point d’achoppement risque d’être la mise en œuvre d’un mode de contrôle multilatéral et efficace de la dénucléarisation, à laquelle très peu d’experts croient. Et m’étant personnellement rendu en Corée du Nord, je vois mal comment ce régime pourrait accepter de céder, de plein gré, tout ou partie de son pouvoir. 

Ce sommet marque-t-il un tournant dans la politique asiatique de Donald Trump ? 

Il y a un grand gagnant dans cette affaire, c’est Kim Jong-un. Arrivé par un vol spécial Air China ultra-protégé, il s’est offert la plus belle campagne de propagande qu’aucun dictateur n’ait jamais pu obtenir. Sous le regard du monde entier, il a rencontré le Président américain et a signé un document très vague qui ne l’engage à rien ou presque. 

En revanche, la politique asiatique des Etats-Unis a pris un nouveau tournant, ou plutôt poursuivi la voie lancée par Donald Trump dès sa prise de fonction en janvier 2017 : désengagement du traité transpacifique commercial (TPP), mise en garde des "alliés" japonais et sud-coréen sur les "coûts exorbitants" que représente la présence militaire américaine dans leurs territoires respectifs, et alternance du "chaud et du froid" en direction de la Chine. 

Cette dernière profite quant à elle de cette situation délitée, et garde un lien très fort avec le régime de Kim dont elle est l’indéfectible soutien.

Que signifie ce rapprochement entre les Etats-Unis et la Corée du Nord pour la “course à l’hégémonie” à l’oeuvre entre les Etats-Unis et la Chine dans la région d’Asie de l’Est ? 

Depuis l’arrivée de Donald Trump aux affaires, la Chine n’a cessé de multiplier les initiatives. Elle se présente comme le chantre de la mondialisation – à l’heure où les peuples occidentaux se tournent vers des partis populistes et nationalistes –, lance avec force de nouvelles institutions ou de nouveaux modèles, tels que les "nouvelles routes de la soie" et la Banque Asiatique pour les Investissements dans les Infrastructures (AIIB), construit des liens économiques avec tout le monde, et surtout poursuit une offensive territoriale sans précédent en mer de Chine, en dépit du jugement sans détours du Tribunal international arbitral de La Haye en 2016. La Chine est aujourd’hui en position de force en Asie, et elle s’impose dans le débat coréen. On sait qu’elle fera tout pour empêcher une réunification qui irait à l’encontre de ses intérêts. 

Reste à savoir ce que deviendra la politique "indo-pacifique" de l’administration Trump consistant à rapprocher l’Inde, le Japon et les pays du Pacifique désireux de contourner la puissance chinoise. L’évocation même d’un retrait des troupes américaines en Corée du Sud a jeté un froid chez les militaires américains, ainsi bien sûr qu’à Tokyo et Séoul, deux capitales qui n’avaient pas été informées préalablement de cette "éventualité".

 

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