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  • Espace :
    le réveil de l’Europe ?

    Note -
    Février 2020
Auteurs
Juha-Matti Liukkonen, Arthur Sauzay and Sebastian Straube Co-auteurs

Juha-Matti Liukkonen est le directeur de l'espace et des nouvelles technologies au sein du cabinet de conseil Reaktor. Il est le président du conseil d'administration de RSL, une nouvelle start-up spatiale qui développe de petits satellites, et il a été élu pour représenter l'industrie spatiale finlandaise au comité national de l'espace.

Arthur Sauzay est expert en politique spatiale à l'Institut Montaigne où il a rédigé un rapport sur la politique spatiale européenne en décembre 2017, Espace: l’Europe contre-attaque? Il est avocat au bureau parisien d'Allen & Overy LLP, où il travaille sur des questions réglementaires et environnementales complexes, notamment pour des entreprises européennes et internationales de l'aérospatiale et des télécommunications.

Sebastian Straube est un expert international du New Space, un constructeur d'écosystèmes et un entrepreneur. Sebastian est un mentor en affaires dans les principaux programmes internationaux d'accélération des start-ups technologiques comme le MIT Enterprise Forum CEE de Varsovie et Singularity University Ventures à Mountain View.

Comment faire décoller l’industrie spatiale européenne ?

Pour faire entendre sa voix sur la scène internationale, l'Europe doit trouver sa place parmi les grandes puissances spatiales : les États-Unis et la Chine notamment. L'espace est devenu un enjeu géostratégique majeur, un terrain de jeu politique et économique, où s'affrontent pouvoir de persuasion et pouvoir de coercition. 

Dans le prolongement de la publication de la note Espace : l'Europe contre-attaque ? en 2017 et de l’organisation d’un séminaire franco-allemand sur les questions spatiales en février 2019, l'Institut Montaigne vise à faire de la politique spatiale une véritable priorité européenne. 

Élaborée par trois experts européens – un Français, un Finlandais et un Allemand  – cette note dresse un état des lieux des tendances et des enjeux récents dans le secteur spatial. Elle analyse la position actuelle de l'Europe dans le New Space, en soulignant le potentiel et les limites de la politique spatiale menée par l’Union européenne ces dernières années et formule cinq propositions de politiques publiques visant à faire de l’Europe une véritable puissance spatiale.

Un secteur spatial en pleine transformation

Un espace pas si lointain

L'espace joue désormais un rôle essentiel dans notre quotidien. La multiplication des applications utilisant les systèmes de positionnement par satellite (comme le GPS ou Galileo), le développement des services d'imagerie spatiale destinés à la défense et aux industries et le rôle central des télécommunications contribuent à accroître notre dépendance aux satellites, rendant de plus en plus urgente la protection de ces infrastructures stratégiques.

Les nouveaux acteurs du secteur spatial

D'un point de vue économique, l'orbite terrestre est devenue la nouvelle frontière du "Big Data". Les géants du numérique investissent des milliards de dollars pour construire des constellations de satellites destinées à fournir de nouveaux services de connectivité à la planète. En termes de montants, les géants du numérique sont ainsi devenus les premiers à investir dans les nouvelles infrastructures spatiales.

 

 

(Source : Starlink VLEO Constellation, Mark Handley)

La nouvelle guerre des étoiles

Du point de vue géopolitique, la rivalité sino-américaine s'étend désormais à l'espace. Le regain d'ambition affiché par les États-Unis commence à porter ses fruits : les investissements publics sont en hausse (le budget de la NASA a augmenté de 2 milliards de dollars en 2018 et encore en 2019) et les projets de mission lunaire dans le cadre du programme Artemis témoignent de ce regain d’intérêt. Les ambitions sont tout aussi fortes du côté chinois et s'inscrivent clairement dans le projet de "nouvelle route de la soie".

 

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L’Europe a bénéficié jusqu'à présent d’un véritable leadership dans le domaine spatial. Mais face aux transformations du secteur, est-elle toujours dans la course ?

Le rôle de l’Europe dans l’espace

Un moment européen pour le spatial

L'Europe a réussi à s'imposer sur plusieurs segments clés du New Space : elle dispose aujourd’hui de champions européens de rang mondial et d’un tissu industriel dont elle peut être fière. Dans un discours prononcé le 22 janvier 2020, Thierry Breton, Commissaire européen en charge de la politique spatiale, a rappelé sa volonté de faire de l’espace une priorité : "L'espace est à l'intersection du leadership technologique, de la stratégie industrielle et des considérations géostratégiques. C'est pourquoi, en tant que nouveau commissaire européen chargé de l'espace, vous pourrez compter sur moi pour faire avancer un ambitieux programme spatial européen". En réunissant l’industrie de défense et l’industrie spatiale dans une même Direction Générale, l’Union européenne vient enfin d’acter la prise en compte de la dimension stratégique du secteur spatial.

Trois programmes européens majeurs

 

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Trois programmes développés par l’Union européenne témoignent de l’importance de l’espace pour l’Europe.

  • Le premier est le programme GOVSATCOM. Lancé par la Commission en décembre 2013, ce système doit permettre les communications gouvernementales par satellite dès 2020 et garantir la sécurité des services de communication aux organisations et opérateurs jugés stratégiques pour l'UE. Son développement est en cours, mais reste tributaire des ressources qui lui seront allouées dans le prochain budget de l'Union.
     
  • Le deuxième est le programme GALILEO. Il s’agit d’un système de positionnement par satellites (radionavigation) développé par l'Union européenne et l’une de ses principales réalisations. Une panne intervenue en juillet 2019 a cependant révélé le fait que le système était toujours en phase d'apprentissage. 
     
  • Le troisième est le programme COPERNICUS. Ce système d'observation de la terre est un succès scientifique indéniable, notamment pour l'étude du changement climatique. Il confère à l'Europe un réel pouvoir de persuasion dans les relations internationales, comme en témoigne la couverture des incendies qui ont ravagé la Sibérie et l'Amazonie au cours de l'été 2019. Cependant, le projet européen de développement d'un écosystème privé basé sur l'exploitation des données recueillies par ce système reste à ce jour insuffisant.

Refonder la politique spatiale européenne

Pour récolter les fruits de ces investissements dans le spatial, l’Europe ne peut plus se reposer sur ses lauriers. Elle doit avant tout renforcer le financement de ces programmes dans le contexte du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027. La gouvernance spatiale européenne, qui demeure partiellement inadaptée, doit être repensée, notamment en ce qui concerne le rôle de l'Agence spatiale européenne (ESA) et l’articulation de son action avec celle de la Commission. L'industrie spatiale européenne, qui représente la vraie force de l’Europe dans ce domaine, doit également être préservée et développée, à travers une nouvelle politique industrielle européenne faisant du spatial l’une de ses priorités.

Cinq propositions concrètes pour faire de l’Europe une véritable puissance spatiale

Pour faire de l’Europe une véritable puissance spatiale, des mesures concrètes peuvent être mises en œuvre dès 2020, en tenant compte des principaux défis du secteur spatial : l’indépendance stratégique, le leadership technologique et le positionnement géopolitique.

Une telle approche, clairement axée sur le développement de capacités industrielles stratégiques, permettrait à l'Europe de se hisser au premier rang d'une économie spatiale en pleine mutation, tout en contribuant à renouveler le rêve européen par un projet spatial réaliste et ambitieux.  

Garantir l'autonomie européenne en matière de gestion du trafic spatial, en développant des capacités propres en matière de détection (radars terrestres, télescopes et solutions spatiales, dont des satellites) et de calcul, et ce en collaboration avec l'Agence spatiale européenne et les États membres.

Développer une approche innovante pour la commande publique en matière spatiale. Nous proposons de créer au sein de la future agence de l’UE pour le programme spatial une unité responsable des achats de services spatiaux commerciaux. L'UE devrait dans ce cadre, lorsque cela est pertinent, soutenir le développement par les entreprises européennes de nouveaux services commerciaux (en particulier, l'imagerie et les télécommunications), et ce en devenant un "client d'ancrage" (anchor customer) plutôt qu'un propriétaire de satellites.

Décider en 2020 d'une stratégie européenne concernant les constellations internet. Ces projets sont source d'importantes incertitudes mais ils sont appelés à devenir un facteur déterminant pour le développement futur du spatial, ainsi que pour les télécommunications et le Big Data. L'Europe ne peut pas se permettre d'attendre de voir si ces projets réussissent. La Commission européenne devrait prendre l'initiative de concevoir une politique qui pourrait inclure une réglementation spécifique ainsi que l'analyse de la nécessité de développer une capacité européenne dans ce domaine.

Garantir le leadership de l'Europe pour les microsatellites, en offrant un accès gratuit à l'orbite pour permettre la validation des technologies. L'objectif visé est double : développer des capacités de lancement pour ces satellites (petits lanceurs ou lancements partagés au moyen de lanceurs de plus grande taille) et soutenir le développement et le succès commercial des technologies des microsatellites.

Donner à l’UE un rôle politique dans les affaires spatiales internationales : la priorité est de s'assurer que l'Europe puisse participer au développement actuel des activités dans l'espace entre l'orbite terrestre et la Lune (appelé "espace cislunaire"). Un exemple de mesure concrète pourrait être l’alunissage, d'ici 2023, d’une sonde à la surface de la Lune, avec un objectif scientifique et économique qui pourrait inclure une démonstration de technologie d’utilisation des ressources lunaires. Ceci pourrait envoyer un message symbolique fort et pousser les acteurs européens établis comme les start-ups à relever le défi.

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