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11/07/2012

Quelles mesures pour favoriser l’emploi en France ?

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Quelles mesures pour favoriser l’emploi en France ?
 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne



La grande conférence sociale, voulue par le Président de la République, s’est tenue les 9 et 10 juillet derniers au Conseil économique, social et environnemental. Le gouvernement et les partenaires sociaux ont débattu autour de sept thèmes, parmi lesquels l’emploi et la formation initiale et continue. Avec 2,7 millions de chômeurs, l’emploi doit en effet être la priorité absolue pour notre pays.

Un taux de chômage (trop) élevé[1]

Le taux de chômage [2] en France métropolitaine s’établit à 9,6 % en moyenne sur le premier trimestre 2012. Cela représente pas moins de 2,7 millions de chômeurs. Ce chiffre atteint même à 10 % si l’on y inclut les départements d’Outre-mer.

Les jeunes sont particulièrement touchés par ce "fléau". Le taux de chômage des 15-24 ans s’élève à 22,5 % au premier trimestre 2012.

En parallèle, le taux d’emploi de nos seniors (55-64 ans) demeure faible, même s’il s’est sensiblement amélioré ces dix dernières années (39,7 % en 2010, contre 29,3 % en 2000). Notre pays se classe par conséquent loin derrière les champions européens dans ce domaine, comme l’Islande (80,5 %), la Suède (70,6 %) ou la Suisse (68,3 %), et il a encore du chemin à faire pour atteindre l’objectif de 50 % fixé par la Stratégie de Lisbonne.

Trois défis à relever pour favoriser l’emploi

La France est aujourd’hui confrontée à (au moins) trois grands défis.

  • La dualité qui oppose fortement insiders et outsiders sur le marché du travail

La France s’illustre par un marché de travail à deux vitesses : d’un côté les salariés en CDI et les personnels statuaires de la fonction publique, de l’autre ceux qui multiplient contrats courts, stages et périodes d’inactivité. Le caractère dual du marché de l’emploi, qui agit comme un frein à la mobilité choisie, ne répond ni aux attentes des salariés, ni aux attentes des entreprises.

  • Un dialogue social à reconstruire

La situation de chômage et le manque de souplesse de notre marché du travail appellent à une réforme audacieuse et de long terme. Cependant, cette réforme ne pourra être menée sans un dialogue social de qualité et une implication forte des partenaires sociaux. Or, la France est le pays de l’OCDE où le taux de syndicalisation est le plus bas. Il n’atteint aujourd’hui qu’environ 7 %.

  • La faible qualification d’une partie importante des actifs

Notre pays cumule le double handicap d’une formation initiale qui produit 20 % d’élèves sans qualification ni diplôme d’une part, et d’une formation professionnelle qui ne remplit pas ses objectifs d’autre part.
En dépit des 30 milliards d’euros qui y sont consacrés chaque année, la formation professionnelle bénéficie avant tout aux plus qualifiés, c’est-à-dire à ceux qui en ont le moins besoin. Malgré une série de réformes, le système français continue de produire d’importants effets pervers : insuffisance des certifications, complexité des dispositifs, inefficacité de l’obligation légale de financement, inégalité d’accès, absence de ciblage. Au lieu d’être un outil au service de la promotion sociale, la formation professionnelle ne fait bien souvent que reproduire, voire aggraver, les inégalités entre les salariés.

Quelles solutions ?

L’Institut Montaigne propose d’agir sur trois leviers pour favoriser l’emploi et garantir l’employabilité tout au long de la vie.

  • Réformer le marché du travail pour garantir plus de mobilité


Pour réduire la dualité du marché du travail, l’Institut Montaigne propose de supprimer les contrats courts au profit d’un contrat à durée indéterminée pour tous favorisant la mobilité et sécurisant les parcours individuels.

  • Reconstruire le dialogue social


Comme nous venons de le voir plus haut, le taux de syndicalisation est très bas en France. Cependant, la reconquête des adhérents ne suffira pas à légitimer pleinement les syndicats. Leurs ressources financières sont trop dépendantes de subventions, notamment publiques. Cette situation décourage le recrutement de cotisants et favorise un syndicalisme d’appareil. Les cotisations devraient constituer la forme naturelle de financement des syndicats et sont un gage de leur indépendance.

La reconstruction du dialogue social devra donc s’appuyer sur une réflexion de fond concernant le financement des acteurs du dialogue social, leur autonomie contractuelle et leur légitimité – qui passera forcément par un syndicalisme de proximité.

  • Assurer une formation de qualité tout au long de la vie


Pour donner toute son efficacité au système de formation professionnelle, l’Institut Montaigne propose de cibler ceux qui en ont le plus besoin et de certifier les formations. Pour y parvenir, plusieurs réformes sont souhaitables. Citons ici deux, à titre d’exemples.

Une première mesure serait de supprimer progressivement l’obligation légale de financement faite aux entreprises (calculée en fonction de la masse salariale) et la remplacer par un système où les entreprises et les particuliers sont subventionnés lorsqu’ils décident de suivre une formation labélisée. Cette subvention serait modulée en fonction d’objectifs ciblés (seniors, peu qualifiés, etc.).

Deuxièmement, un "chèque-formation" pourrait être mis en place au profit des chômeurs. Le principe de ces chèques, financés par une cotisation spécifique, consisterait à permettre au demandeur d’emploi d’obtenir une subvention des dépenses de formation, au prorata de sa distance à l’emploi. Les chômeurs présentant le plus fort risque de chômage de longue durée bénéficieraient des chèques les plus importants et d’un accompagnement renforcé vers l’emploi.

Agir sur ces trois leviers permettrait de sortir de "l’immobilité sociale à la française" et de favoriser l’emploi, des jeunes comme des seniors.

Pour en savoir plus

- Insatisfaction au travail : sortir de l’exception française, Institut Montaigne, avril 2012
- Un CDI pour tous (par Céline Gleize), Institut Montaigne, novembre 2011
- Formation professionnelle : pour en finir avec les réformes inabouties (par Pierre Cahuc, Marc Ferracci, André Zylberberg), Institut Montaigne, novembre 2011
- Reconstruire le dialogue social, Institut Montaigne, juin 2011
- 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors, Institut Montaigne, septembre 2010

Notes

[1] "Employment to population ratios", extrait de OECD Employment Outlook, sur le site www.oecd.org (dernière mise à jour : le 27 septembre 2011) Nouvelle hausse du taux de chômage au premier trimestre 2012, INSEE Conjoncture, n° 142, 7 juin 2012

[2] au sens du BIT.

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