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Exemple : Education, Europe, Santé

Vers une assurance maladie universelle aux États-Unis ?

BLOG - 20 Mars 2019

La santé a occupé une place centrale dans les élections de mi-mandat de novembre 2018 qui ont marqué la fin d’années de controverses autour de l’Obamacare. De nouveaux thèmes occupent aujourd’hui le devant de la scène dans les discussions sur la santé aux Etats-Unis. Angèle Malatre-Lansac, notre directrice déléguée à la santé, travaille à la Harvard Medical School et à la Rand Corporation sur le système de santé américain. Elle décrypte pour nous l’actualité santé aux États-Unis.

Les États-Unis sont l’un des seuls grands pays développés à ne pas avoir de système national d’assurance maladie. Environ la moitié des Américains ont une couverture santé privée via leur employeur, 7 % sont couverts individuellement, 14 % sont couverts par Medicare, l’assurance fédérale des plus de 65 ans et 20 % des Américains ayant de faibles revenus sont couverts par Medicaid. 9 % de la population reste sans assurance santé à ce jour.

9 % de la population américaine reste sans assurance santé à ce jour.

Cette situation est le résultat de l’Obamacare de 2010 qui a permis à 8 % des Américains jusqu’alors sans couverture santé d’obtenir une assurance à travers le système de marché. L’Obamacare a permis d’augmenter le nombre de personnes couvertes sans changer fondamentalement le système qui repose toujours sur le principe de l’assurance privée.

Aujourd’hui, le débat semble avoir franchi une nouvelle frontière du côté des Démocrates. Maintenant que l’Obamacare n’est plus menacé, les Démocrates préparent les élections de 2020 en rivalisant de propositions autour de la mise en place d’une couverture santé élargie, voire universelle, idée jusqu’ici réservée à la seule frange la plus à gauche du parti, représentée par Bernie Sanders.

Du côté des Républicains, cette idée est rejetée en bloc mais le parti peine à trouver une thématique porteuse autour de la santé depuis l’échec du "Repeal and Replace Obamacare". Dans son discours sur l’état de l’Union le 5 février dernier, Donald Trump a en effet mentionné à plusieurs reprises la santé, mais a semblé avoir définitivement enterré l’une de ses principales propositions de campagne : la fin de l’Obamacare. Les groupes conservateurs cherchent leur positionnement et l’une des options possibles serait de bâtir des propositions autour de l’importance du fédéralisme et du rôle des états dans les innovations en santé ("The state innovation approach").

"Medicare for all" au cœur des futures primaires Démocrates.

Malgré l’Obamacare, 28 millions d’Américains continuent à ne pas bénéficier de couverture santé, et de nombreux contrats d’assurance ne proposent qu’une couverture très minimale (les "high deductible contracts"). Mettre en place un "Medicare for all", du nom de l’assurance santé des personnes âgées gérée par le gouvernement fédéral américain, pourrait permettre à l’ensemble de la population de voir ses soins médicaux couverts.

La course aux primaires démocrates a démarré, et les propositions autour de cette couverture étendue ou universelle se multiplient, faisant figure de test pour 2020. Les débats sont intenses et les déclinaisons vont d’une simple amélioration de l’Obamacare qui garantirait aux assureurs privés leur place dans le dispositif (c’est l’objet du "Medicare for America" proposé en décembre 2018 par les parlementaires Rosa DeLauro et Jan Schakowsky), à la proposition de Bernie Sanders de mettre en place un système de payeur unique ("single payer") totalement public. Faisant du coup disparaître les assureurs privés dans leur rôle actuel.  

28 millions d’Américains continuent à ne pas bénéficier de couverture santé, et de nombreux contrats d’assurance ne proposent qu’une couverture très minimale.

L’idée est populaire et 56 % des Américains seraient favorables à un Medicare for all selon un récent sondage de la Kaiser Family Foundation. Peu d’entre eux savent par contre définir ce qu’il y a derrière cette proposition ou comment la financer. Et les oppositions sont nombreuses et puissantes : les assureurs privés comme l’industrie pharmaceutique n’y voient pas leur intérêt et les associations de médecins comme la puissante American Medical Association s’inquiètent d’une mainmise étatique sur le système de santé. Voire d’une "socialisation de la médecine". Si le débat est fort sur le sujet, la réalisation concrète d’un tel changement semble peu probable.

 

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