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Maladies psychiques au travail : comment accompagner les entreprises ?

Trois Questions à Philippa Motte

INTERVIEW - 21 Janvier 2019

Lors de la quatrième édition des ateliers Parlons Psy, rencontres participatives autour de la santé mentale organisées par l’Institut Montaigne et la Fondation de France, Philippa Motte a pris la parole en tant qu'invitée inspirante. Formatrice, consultante et spécialiste de la santé mentale et du handicap psychique au travail, elle nous livre son analyse sur les solutions que l’on peut apporter en entreprise.

Les troubles mentaux au travail affectent aujourd’hui un actif sur cinq. Les souffrances psychiques des actifs se sont accrues en France lors de la dernière décennie, du fait de changements conséquents des conditions de travail : accélération générale des rythmes de vie, nécessité d’être polyvalent, d’acquérir de nouvelles connaissances, etc. Autant d’exigences qui permettent de progresser sur le plan professionnel, mais qui peuvent avoir des conséquences négatives importantes si elles sont mal gérées. Par conséquent, il est nécessaire d’alerter et de sensibiliser les entreprises aux risques psychosociaux, afin que celles-ci mettent en place des dispositifs d’accompagnement des salariés. 

La santé mentale des actifs en France est un enjeu majeur de santé publique. Comment les troubles psychiques se répercutent-ils sur la vie professionnelle ?

Il est juste d’affirmer que la santé mentale des actifs est un enjeu majeur de santé publique. La récente étude de la Fondation Pierre Deniker indiquant que plus d’un Français sur cinq présente une détresse orientant vers un trouble mental, en atteste. Cependant, les dirigeants ont encore de réelles difficultés à prendre conscience de cette réalité et de ce qu’elle implique. Cette affirmation, présentée comme une évidence dans votre question, fait encore l’objet d’une forme de déni dans le monde du travail.

Les troubles mentaux au travail affectent aujourd’hui un actif sur cinq.

Dans la vie professionnelle, les troubles psychiques se répercutent sous des formes diverses. Les salariés souffrent de stress chronique, de troubles anxieux, de symptômes dépressifs, d’épuisement émotionnel, de burn out. On peut assister à des manifestations de colère soudaine de la part de professionnels généralement très engagés et investis dans leur métier. 

Dans nos sociétés, le travail est l’un des principaux piliers de la vie des individus. C’est un espace de reconnaissance sociale, de socialisation, de déploiement des talents, une source d’autonomie et d’engagement. Quand il perd son sens et qu’il engendre de la souffrance psychique, il provoque de profonds bouleversements qui s’accompagnent souvent d’une perte de confiance et d’estime de soi. 

Sur quelles ressources les entreprises peuvent-elles s'appuyer pour accompagner les salariés atteints de troubles psychiques ? Avez-vous des exemples d'initiatives concrètes ?

Ressources humaines, médecine du travail, mission handicap, assistantes sociales, les grosses entreprises sont dotées de ressources qui peuvent intervenir pour accompagner une personne en souffrance. Un suivi pluridisciplinaire augmente considérablement les chances de réussite de la démarche. Des acteurs externes peuvent aussi intervenir dans le cadre d’un accompagnement sur mesure du salarié. Encore faut-il que le manager entame un dialogue avec le salarié suffisamment tôt, et l’oriente pour ne pas que la situation s’enlise. Quand il y a handicap et/ou souffrance psychique, le rôle de la médecine du travail est fondamental. Les médecins du travail devraient bénéficier de formations spécifiques sur les troubles psychiques. Le rôle des acteurs de l’accompagnement dans l’entreprise mériterait d’être mieux connu et valorisé.

Par ailleurs, il y a un réel besoin de formation et de sensibilisation des salariés pour que chacun sache identifier les signaux d’alerte et connaisse les bonnes pratiques à mettre en œuvre. Il faut aussi sortir du tabou, accepter cette réalité et apprendre à en parler avec simplicité et respect. Ainsi, l’entreprise Airbus Group organise depuis deux ans des conférences à destination de ses managers sur la thématique des troubles psychiques. En octobre 2018, American Express a réuni 50 de ses top dirigeants autour d'une conférence sur la souffrance au travail. 

Un suivi pluridisciplinaire augmente considérablement les chances de réussite de la démarche d'accompagnement.

Les grands groupes mondiaux se mobilisent, mais il ne faut pas oublier les petites et moyennes entreprises (PME), qui ont elles aussi les mêmes besoins d’information que les grandes firmes et doivent pouvoir identifier les acteurs externes capables de les accompagner. 

Comment rendre la compréhension de ces maladies plus accessible et favoriser la prévention dans l'entreprise ?

Comprendre permet de sortir de la peur et du jugement pour se sentir capable d’agir. Ainsi, la première étape de la prévention, c’est la sensibilisation et la formation.Le format diffère en fonction des publics. La mobilisation des dirigeants et leur implication sont aussi indispensables.

La première étape de la prévention, c’est la sensibilisation et la formation.

Tout d’abord, il est important de communiquer en interne sur le sujet, de montrer que l’entreprise est capable d’aborder ce type de problématiques. La communication doit être adaptée à la culture et à l’activité de l’entreprise. La prise en compte des troubles psychiques des salariés oblige à parler vrai, à repenser les rapports entre les individus au travail et le mode de management. Il s’agit d’un signal d’alerte qui, s’il est pris en considération, peut être un levier positif d’évolution pour une organisation. 

Ensuite, l’engagement dans des actions concrètes autour de la thématique de la déstigmatisation est un réel vecteur de sensibilisation. Par exemple, en 2018, dans le cadre de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, l’entreprise Natixis a organisé les Handi’Days afin de sensibiliser ses collaborateurs au handicap psychique. À travers ce type de manifestation, déployée au siège et dans toute la France, l'entreprise montre à ses salariés qu'il est possible d'aborder ce sujet en interne. D’autres entreprises comme Arkema, Generali ou Klésia nouent des partenariats avec des associations spécialisées dans l'accompagnement des personnes qui souffrent de troubles psychiques. 

Les entreprises sont de plus en plus soucieuses de se former en interne pour mieux accompagner les salariés en difficulté. Autant d’actions qui favorisent le recul des représentations négatives autour de ces maladies pour trouver des solutions constructives.


La quatrième édition des ateliers Parlons Psy se tiennent le 22 janvier 2019 à Nantes.

 

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