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La psychiatrie : nouvelle priorité nationale de santé ?

BLOG - 1 Février 2019

Le 24 janvier dernier, lors du 17ème Congrès de l’Encéphale, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a annoncé le dégel de 40 millions d’euros pour financer les mesures annoncées en juin dans le cadre d’un "plan psychiatrie". Cette déclaration fait écho à la mobilisation des acteurs du secteur, des familles et des patients rassemblés le 22 janvier 2019 pour manifester contre la précarisation des conditions de travail en psychiatrie. Doit-on se réjouir des mesures prises par le gouvernement ? Celles-ci reprennent plusieurs propositions de l’ouvrage intitulé Psychiatrie : l’état d’urgence, co-publié par l’Institut Montaigne et la Fondation Fondamental à l’automne 2018. 

Une volonté politique réaffirmée

Agnès Buzyn a profité du 17ème Congrès de l’Encéphale, qui rassemblait les professionnels du secteur de la psychiatrie, pour rappeler les quatre engagements pris par son ministère lors de l’annonce du plan "Ma santé 2022" : 

  • la pérennisation des moyens alloués à cette spécialité médicale, 
  • le renforcement de l’offre médicale en pédopsychiatrie, en particulier dans les territoires en déficit, 
  • la mise en place d’une "politique ambitieuse" de prévention et de lutte contre la stigmatisation, 
  • le développement des soins coordonnés ainsi que la création du poste de délégué ministériel à la psychiatrie et à la santé mentale.

Plus de moyens financiers et humains 

Les 40 millions d’euros qui seront débloqués s’ajoutent au dégel intégral des crédits de réserve, soit 64 millions d’euros et une enveloppe supplémentaire de 50 millions d’euros, reconductible chaque année, pour allouer davantage de moyens à l’offre de soins en psychiatrie. Surtout, il s’agit d’adapter les ressources disponibles dans un souci d’évolution du modèle de financement de la psychiatrie. 15 millions seront consacrés au financement de 250 habitats inclusifs, tandis que 7 millions seront dédiés à l’amélioration de l’accompagnement professionnel des personnes atteintes de troubles psychiques.

Des actions ciblées en pédopsychiatrie

La Ministre souhaite renforcer la pédopsychiatrie, en créant une dizaine de postes de chefs de clinique dans cette spécialité, en nommant six praticiens hospitalo-universitaires (PU-PH) et en augmentant le nombre de lits disponibles. La priorité sera accordée aux départements en déficit, dans un objectif plus global de lutte contre les déserts médicaux. 

L’augmentation des postes en pédopsychiatrie traduit une véritable inquiétude en ce qui concerne les retards de diagnostic chez les enfants et les adolescents. Il convient de rappeler quelques chiffres clés : entre 15 et 17 % des jeunes âgés de 16 à 25 ans connaissent un épisode dépressif caractérisé et 7,8 % des jeunes ont déjà effectué une tentative de suicide. Leur prise en charge doit être plus précoce et mieux coordonnée, ce qui conduit la Ministre à renforcer le déploiement de plateformes de coordination et la systématisation du forfait précoce à destination des enfants en proie à des troubles du neuro-développement (dispositif adopté dans la loi de financement de la sécurité sociale 2019). 

Dans cette perspective, et dès septembre 2019, sera mise en place la formation en deux ans des infirmiers en pratiques avancées dans le champ de la psychiatrie.

Des mesures qui font écho aux propositions de l’Institut Montaigne 

Beaucoup de ces mesures résonnent avec les propositions énoncées par Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca dans le livre intitulé Psychiatrie : l’état d’urgence, co-publié par l’Institut Montaigne et la fondation FondaMental. Parmi celles-ci figurent : 

  • la mise en place d’un opérateur chargé de définir et de piloter une vision stratégique de la psychiatrie. Son rôle serait de mettre en oeuvre les grands axes stratégiques : la prévention, les soins, la recherche, la détection précoce des troubles, la formation et les actions de déstigmatisation. 
  • le développement de la sur-spécialisation d’infirmiers cliniciens. Cela implique de renforcer la formation continue des infirmiers dans le domaine de la psychiatrie, en prenant exemple sur le modèle anglo-saxon.
  • le renforcement des services de pédopsychiatrie. 600 000 enfants et adolescents sont pris, chaque année, en charge par les secteurs de psychiatrie infanto-juvénile. Les disparités territoriales sont fortes et se sont aggravées. La moyenne nationale est de 14 lits pour 100 000 jeunes, mais le ratio atteint 120 lits pour 100 000 dans les Hautes Alpes et 10 départements ne disposent d’aucun lit d’hospitalisation. 
  • le désengorgement des Centres Médico-Psychologiques (CMP). Les CMP représentent la porte d’entrée principale des soins psychiatriques pour adultes et enfants, et s’élèvent à 3 674 en 2015. L’allongement des délais d’obtention d’un rendez-vous fait que la plupart de ces structures sont saturées. Il faut en repenser l’organisation, car elle ne remplit plus pleinement son rôle.
  • un soutien plus général à la recherche. Les progrès permis par la recherche relèvent de méthodes telles que la génétique, le recours aux dispositifs digitaux ou l’apport du Big Data qui permettent d’envisager des actions de prévention plus ambitieuses. Ils concernent aussi les innovations thérapeutiques, mises à disposition plus rapidement, grâce à la e-santé. Investir dans la recherche en psychiatrie est particulièrement intéressant, en témoignent des chercheurs britanniques qui estiment à 37 % le taux de rentabilité.

Les annonces faites par Agnès Buzyn apparaissent comme une initiative positive, et témoignent d’une prise de conscience des acteurs publics face à "l’état d’urgence" dans lequel se trouve la psychiatrie. Les dysfonctionnements pointés par l’ensemble de la profession dans de nombreuses tribunes ou lors de mobilisations publiques montrent qu’une politique pérenne et continue est nécessaire. La crise que traverse la psychiatrie est profonde et appelle à des réformes structurelles et organisationnelles. Dans son discours, et lors de la présentation de sa feuille de route à l’été 2018, la Ministre a insisté sur le fait que la psychiatrie était une priorité nationale. Les premières actions concrètes semblent se dessiner.

 

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