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Jacques Chirac, quarante ans de vie politique

Cinq questions à Olivier Duhamel par Laurent Bigorgne

INTERVIEW - 27 Septembre 2019

L’ancien président de la République est décédé le 26 septembre. Ministre, Premier ministre, maire de Paris, président de la République, etc sa carrière politique fut l’une des plus importantes sous la Ve République. Que retenir des années Chirac ? Qui était-il vraiment ? Entretien avec Olivier Duhamel, président de la FNSP (Sciences Po) et contributeur sur les questions politiques et institutionnelles à l’Institut Montaigne, par Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne.


Quelles actions retenir de la vie politique de Jacques Chirac, plusieurs fois ministre et Premier ministre, maire de Paris, président de République à deux reprises… ?

Comme Premier ministre, le soutien sans faille à Simone Veil lors des débats sur la loi dépénalisant l’avortement. 

Et comme président de la République :

  • Le refus de la guerre en Irak ;
  • La condamnation sans équivoque de l’État français organisant la rafle des Juifs, enfants compris, pour les livrer à la déportation et, pour beaucoup, à l’extermination ;
  • La perception, très tôt, du grand danger couru par la planète ;
  • Le combat très impopulaire pour la sécurité routière, avec notamment la multiplication des radars automatisés ; sous son quinquennat, pas moins de 10 000 vies ont ainsi été sauvées ; 
  • La définition et mise en œuvre du Plan Cancer.

Autrement dit, sans prétendre faire le bonheur du peuple, il a agi pour limiter les malheurs des gens. Tout sauf rien.


Au final, de qui aurait-il dû dire "c’est le meilleur d’entre nous" ? D’Alain Juppé, de Nicolas Sarkozy, d’Edouard Philippe ou d’Emmanuel Macron ?

Il l’a dit de Juppé - affaire classée. Et comment pourrais-je le faire parler sur Macron et Philippe, même si le premier l’aurait probablement parfois exaspéré, et le second parfois plu ?


Election d’Emmanuel Macron en mai 2017, disparition de Jacques Chirac ce mois de septembre, est-ce la fin d’une certaine idée de la Ve République ?

De la Ve République, seulement sur un point, l’instauration du quinquennat qui réduit considérablement les probabilités de cohabitation. Ce fut surtout la fin d’un Président aimant passionnément "les gens", les Français, tout en aimant la France. Ses successeurs n’ont pas réussi à concilier vraiment ces deux amours - et c’est ce qui leur a coûté ou leur coûte encore. Mais cette fin n’est pas obligatoirement définitive.


D’après vous, a-t-il jamais regretté de ne pas avoir davantage ouvert sa majorité après sa victoire à l’élection présidentielle si particulière de 2002 ?

Ce fut à l’évidence une erreur politique, mais le propre des hommes politiques est de ne pas aimer voir leurs erreurs et préférer s’attarder sur leurs succès.


Qui était vraiment Jacques Chirac ? Faut-il retenir de lui le gaulliste au profil très libéral en 1986 ou le gaulliste de la fracture sociale en 1995 ? L’homme de l’appel de Cochin ou l’europhile appelant à voter pour le traité de Maastricht ?

Vous pourriez aussi opposer le De Gaulle proclamant "Vive l’Algérie française !", et le De Gaulle faisant accepter l’indépendance de l’Algérie, le Giscard moderniste et le Giscard conservateur, le Mitterrand très socialiste et le Mitterrand très réaliste, le Hollande contre la finance et le Hollande pro-entreprise, le Macron supprimant l’ISF et le Macron distribuant quelques milliards aux classes moyennes et populaires. "Les hommes politiques sont condamnés à se répéter ou à se contredire", disait Léon Blum. Et il est aussi arrivé à Jacques Chirac de ne pas se contredire, par exemple dans une forme de tiers-mondisme, de sa jeunesse pro-communiste à sa condamnation de la guerre en Irak - et sur ce dernier point, c’est peu dire que l’Histoire lui a donné raison.

 

Copyright : Archives / AFP

 

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