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Frapper fort, frapper vite : les leçons de la gestion néo-zélandaise du Covid-19

BLOG - 13 Novembre 2020

La Nouvelle-Zélande, qui a enregistré seulement 1709 cas et 25 morts du Covid-19 (sans compter les cas détectés à la frontière dans les zones de quarantaine gérées par l’État [Managed Quarantine Facilities]), fait pour l’instant figure d’exemple dans sa gestion du Covid-19.

En effet, la Nouvelle-Zélande a pu profiter de son statut de pays insulaire et isolé pour observer les débuts de la pandémie à l’étranger ; ainsi, lorsque notre premier cas a été diagnostiqué le 28 février, l’épidémie se propageait déjà rapidement ailleurs dans le monde. Notre gouvernement a décidé, en concertation avec le Ministère de la Santé, que la meilleure stratégie était d’agir fort. Les premières restrictions aux voyages ont été imposées alors que nous avions seulement onze cas, et les frontières ont été complètement fermées sauf aux ressortissants néo-zélandais lorsque ce total a atteint 39 cas (le 20 mars). Le 23 mars, le gouvernement annonçait un confinement national, débutant 48h plus tard, au moment où étaient enregistrées les premières transmissions communautaires (deux cas). Ce confinement a duré 34 jours avant le passage aux restrictions de "stade 3", qui ont elles duré 16 jours de plus. Nous sommes ensuite passé au "stade 2" le 14 mai et il a été de nouveau permis de se rassembler en petits groupes de 10 personnes ou moins. Le 8 juin, soit 75 jours après le début du confinement, la Nouvelle-Zélande est repassée au "stade 1", indiquant qu’il n’y avait plus de transmission du virus. Au-delà de la limitation des contacts sociaux, la réponse néo-zélandaise s’est aussi appuyée sur des tests massifs, une politique de traçage active, une communication claire, et la confiance de la population dans les décisions prises par les dirigeants et les experts.

Notre réponse à la première vague, résumée par la formule "agir rapidement, tracer systématiquement, tester amplement et communiquer clairement", forme le socle des politiques appliquées depuis.

Au-delà de la limitation des contacts sociaux, la réponse néo-zélandaise s’est aussi appuyée sur des tests massifs, une politique de traçage active, une communication claire, et la confiance de la population.

La deuxième vague a débuté le 11 août en Nouvelle-Zélande, entraînant la mise en place immédiate de nouvelles restrictions et campagnes de test. Cette fois-ci, 57 jours (jusqu’au 8 octobre) se sont écoulés avant le retour au stade 1, c’est-à-dire aucune transmission communautaire. Cette recrudescence a été faible, avec seulement 186 cas et trois décès. Contrairement à ce qui a été fait au cours de la première vague, nous avons cette fois-ci mis en place un confinement différencié : Auckland a été placée en confinement complet (stade 3) et le reste du pays en alerte renforcée (stade 2).

Il est important de noter que les habitants d’Auckland, en stade 3, ont reçu l’interdiction de quitter la ville, autour de laquelle un cordon sanitaire a été mis en place. La politique sur le port du masque a elle aussi changé. Le masque ne faisait pas partie de la stratégie nationale pour affronter la première vague mais il l’est devenu pour la deuxième, suite à l’émergence de nouveaux éléments scientifiques. Le port du masque a été imposé dans les transports en commun pour les personnes vivant dans les régions placées en stade 2 et 3, et fortement encouragé à l’intérieur en présence d’autres personnes. L’autre différence entre la première et la deuxième vague est la mise en service de l’application de traçage, NZ Covid Tracer App, présentée le 20 mai par le gouvernement qui a encouragé les citoyens à la télécharger sur leurs portables. Cette application fonctionne par le biais de codes QR affichés dans les commerces, qu’on peut scanner afin d’être ensuite prévenu par le ministère via l’application en cas d’exposition au virus dans ces endroits. Il est devenu au début de la deuxième vague obligatoire pour les commerces d’afficher ces codes QR, ce qui a fait augmenter leur utilisation. Cependant, la valeur ajoutée de l’application a sans doute été limitée par sa faible utilisation.

Au 9 novembre, la Nouvelle-Zélande demeure au stade 1. Nous maintenons une capacité de test élevée avec un taux de test de 208/1000 au 12 novembre. Grâce à notre faible nombre de cas et notre capacité de test relativement haute, nous sommes toujours en tête des classements mondiaux de tests par cas confirmé avec un total de 700, soit deux fois plus que le deuxième pays, l’Australie, qui en pratique 325, et bien plus que la majorité des pays européens, qui en pratiquent entre 10 et 30. Nous avons la chance, étant donné notre faible nombre de cas, de ne pas avoir à discuter "d’immunité collective", que nous espérons atteindre au travers d’un vaste programme de vaccination lorsqu’un vaccin sera disponible.

Malgré les critiques inévitables consistant à blâmer l’approche néo-zélandaise pour ses effets néfastes sur l’économie, le gouvernement continue à jouir d’un soutien clair, et les dernières données économiques montrent que les conséquences ont été moins lourdes que prévues, en particulier sur le chômage.

On se doit de noter qu’une bonne partie du succès néo-zélandais tient au respect par la population des règles sanitaires. À chaque fois que le gouvernement a mis en place de nouvelles restrictions, celles-ci ont été acceptées et suivies par la population. Cela s’explique en partie par des facteurs culturels, mais aussi par les efforts considérables de communication qu’ont effectués les dirigeants.

Cette volonté de communiquer directement et en toute transparence, ainsi que le partenariat crédible entre politiciens et experts, ont été des facteurs déterminants afin de faire adhérer la population à la stratégie.

Au cours de la première et de la deuxième vague, la Première Ministre (ou un autre membre haut placé du gouvernement) a tenu aux côtés du Directeur-Général de la santé une conférence de presse quotidienne à 13h. Ceci a permis de donner à la population un panorama clair de la situation et d’expliquer au cours de ces conférences de presse, qui duraient habituellement plus de 30 minutes, la logique guidant notre stratégie aux journalistes. Cette volonté de communiquer directement et en toute transparence, ainsi que le partenariat crédible entre politiciens et experts, ont été des facteurs déterminants afin de faire adhérer la population à la stratégie. Ceci a aussi été possible grâce à l’utilisation de messages de communication étudiés, par exemple que nous étions une équipe de cinq millions de joueurs qui avaient chacun un rôle à jouer. La stratégie "frapper fort, frapper vite" du gouvernement a récemment recueilli l’approbation de la population aux cours des élections nationales qui ont vu le gouvernement remporter la plus grande majorité parlementaire depuis une génération.

La Nouvelle-Zélande se retrouve dans la position enviable d’avoir quasiment éradiqué le Covid-19. La fermeture de nos frontières à tous les voyageurs sauf aux néo-zélandais, qui doivent se soumettre à une quarantaine dans des zones gérées par l’État, nous permet de bien contrôler les risques. Nous espérons cependant pouvoir rouvrir nos frontières, mais considérons qu’il nous faudrait avant cela avoir accès à un vaccin efficace. Si tout se passe bien, nous lancerons un programme de vaccination au cours de l’année 2021, mais d’ici là, nous poursuivrons notre stratégie qui a jusqu'à maintenant porté ses fruits.

 

 

Copyright : Marty MELVILLE / AFP

 

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