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Exemple : Education, Europe, Santé

Évaluer la pertinence et la qualité des soins, un changement majeur pour notre système de santé

Entretien avec Patrick Pessaux

INTERVIEW - 29 Mai 2019

Dans son rapport Système de santé : soyez consultés !, l’Institut Montaigne émet plusieurs propositions en faveur de la mise en place d’indicateurs de qualité et de pertinence des soins qui comptent pour les patients. Ces indicateurs, bien qu’indispensables pour aider les patients à s’orienter dans le système de santé, sont encore peu présents en France. Ils impliquent de nombreux changements dans la pratique de la médecine et dans la relation médecin-patient. Le professeur Patrick Pessaux, chirurgien à l’IHU et Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, nous donne son point de vue de médecin sur ces enjeux.

En quoi la mise en place d’indicateurs de pertinence des soins peut-elle améliorer la collaboration entre les professionnels de santé et les patients ?

Aujourd’hui, l’évaluation de la qualité des soins se fait essentiellement par le recueil de variation d’activité, l’analyse des processus ou le suivi de recommandations, comme les indicateurs de qualité et de sécurité des soins (IQSS) développés par la Haute Autorité de Santé ou encore les indicateurs mesurant l’expérience via le questionnaire e-Satis, par exemple. La qualité englobe donc essentiellement l’évaluation de la réalisation d’un acte médical. Se cantonner à la qualité, c’est avoir une évaluation en silo de chaque acteur avec un regard à court terme. Comme j’aime à le dire, la somme d’actes de qualité ne suffit pas à donner un ensemble pertinent, et un acte peut être parfaitement réalisé sans aucune complication, et donc être qualitatif, mais pas pertinent s’il n’était pas indiqué !

Le seul capable d’avoir une vision globale de son parcours de soin, c’est bien le patient.

En revanche, s’intéresser à la pertinence des soins, c’est prendre en compte la globalité du parcours de soins, c’est-à-dire bien entendu, s’intéresser à la qualité des actes mais aussi à l’indication, la coordination, le suivi et donc avoir une vision globale, décloisonnée. C’est ainsi par le choix des indicateurs que l’on pourra favoriser le lien entre les acteurs (patients, proches, para-médicaux, etc.), et décloisonner notre système de santé.

Le seul capable d’avoir une vision globale de son parcours de soin, c’est bien le patient. Les indicateurs qui doivent être retenus ont pour impératif de prendre en compte ce qui importe du point de vue des patients.

Comment faire en sorte que ces indicateurs soient acceptés, compris et bien renseignés par les médecins comme par les patients ?

Premièrement, il faut aller au-delà des médecins et des patients. Il faut que ces indicateurs soient acceptés par l’ensemble des acteurs du parcours de soins. Pour cela, il s’agit de réaliser une co-construction de ces indicateurs avec l’ensemble des acteurs prenant part à la chaîne de valeur. 

Deuxièmement, il faut expliquer la démarche. L’objectif n’est pas de punir, de pénaliser, de stigmatiser, ou d’opposer certains centres ou praticiens. Bien au contraire, il s’agit de donner les outils afin de permettre la création d’un cercle vertueux d’amélioration des pratiques. C’est en connaissant ce que l’on fait, en se comparant avec les autres que l’on peut initier cette démarche vertueuse. Je ne connais pas de praticiens qui ne veulent pas bien faire ! Nous avons tous le même élan, la même ambition pour nos patients : le meilleur.  Mais sans élément de comparaison, il est difficile de réellement pouvoir s’évaluer. Cette démarche n’est rien de plus que l’assurance qualité déployée dans les services et l’industrie.

Au final, tout le monde est gagnant : les praticiens peuvent améliorer leur pratique en se comparant à d’autres, les patients bénéficient de soins de qualité et pertinents selon leur état de santé, et le système de santé dans son ensemble réduit le nombre d’actes non pertinents, qui ont un coût.

Troisièmement, c’est au professionnel de santé, avec les patients, de s’emparer de cette question avant que nos tutelles ne nous l’imposent et probablement de façon moins appropriée. C’est donc par l’appui des sociétés savantes, des associations de patients et par des expérimentations que cette démarche de l’évaluation pourra s’imposer.

Quatrièmement, évoquer la pertinence et la qualité des soins nécessite de la valoriser et de la gratifier. Un puissant levier pour inciter à mettre en place ces démarches d’évaluation systématique de la qualité est de modifier notre système de financement qui aujourd’hui ne valorise que l’acte et donc la quantité aux dépens de la qualité.

Quels sont selon vous les obstacles à lever dans notre système de santé pour un déploiement rapide d'indicateurs de qualité des soins qui comptent pour les patients ?

Au-delà du sujet du financement, que j’ai évoqué précédemment, il existe différents points essentiels à mes yeux.

Tout d’abord, la simplicité. Il ne faut pas que cette démarche soit chronophage et ne soit perçue par les médecins comme une charge administrative supplémentaire nous éloignant encore de nos patients. Une grande partie des données recueillies sont déjà disponibles dans les différents systèmes d’informations et dans le dossier du patient. Il est donc impératif d’acquérir une interopérabilité des systèmes afin d’obtenir une intégration et un suivi automatique des données. Pour ce qui est des données qui importent aux patients, c’est-à-dire la qualité de vie, le patient remplit lui-même les questionnaires, supervisés par un coordinateur de parcours, maintenant et enrichissant la relation humaine.

Ensuite, la pédagogie. Il faut, par celle-ci, insister sur le fait qu’il s’agit de valoriser la qualité et en aucun cas de pénaliser les résultats moins bons.

De plus, la coordination. Il faut couper court à la critique "vous allez sélectionner les patients pour ne prendre en charge que les patients avec les moindres risques". Non, il s’agit, après une période d’acquisition de données, de faire des analyses stratifiées selon le stade de la maladie, les risques des patients. Et c’est aux professionnels de faire ce travail, afin de comparer ce qui est comparable.

Pédagogie, transparence, coordination, et financement sont ainsi les quatre maîtres mots pour la réussite de cette démarche.

Enfin, la transparence. Il faut laisser une période de transition pour que les équipes prennent connaissance de leurs résultats anonymement et puissent ainsi enclencher des mesures correctives. Ce modèle de transition a notamment fait ses preuves aux Pays-Bas. En effet, après la mise en place progressive de recueil d’indicateurs de qualité, désormais 95 % des hôpitaux sont aptes à recueillir et publier de tels indicateurs, ce qui est un gage de qualité et de confiance pour les patients. 

Pédagogie, transparence, coordination, et financement sont ainsi les quatre maîtres mots pour la réussite de cette démarche qui est indispensable pour garantir la pérennité de notre système de santé.

 

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Commentaires
jeu 30/05/2019 - 12:41 Par lgdoc

la comparaison entre hopitaux a deja été faite par les Americains il y a longtemps:elle n'est pas simple si l'on veut eviter des clichés trompeurs:par specialité, elle doit tenir compte non seulement de l'activité quantitative, mais aussi des caracteristiques du recrutement.Elle peut être variable selon le médecin:"tout le monde ne peut pas être opéré par le patron";au niveau global, il faudrait arriver à "pister" la qualité de l'organisation, non seulement par service, mais aussi de la ccordination entre eux.In fine, si l'on identifie "les meilleurs" comment pourront-ils absorber une augmentation btutale de leur recritement? attention aux scores globaux publiés par les magazines!!!


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