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China Trends #3 – Les points sur les I : Chine-Russie, plus qu’un partenariat

BLOG - 14 Octobre 2019

Les trois dernières années ont été fructueuses pour la coopération sino-russe. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont dépassé le seuil symbolique des 100 milliards de dollars en 2018 et continuent de croître en 2019. Il est d'ailleurs important de noter que cette intensification s'accompagne tant d'une stagnation des exportations chinoises que d'une augmentation constante des ventes russes - c’est le secteur de l’énergie qui est ici le moteur de cette augmentation, faisant de la Russie un cas rare de pays dont la balance commerciale avec la Chine est excédentaire. De nouveaux projets de gazoducs viendront bientôt compléter ceux qui existent déjà. Mais cette relation est également militaire. Après la démonstration sino-russe dans la mer Baltique en 2017, les deux pays ont orchestré des patrouilles aériennes conjointes en Asie du Nord-Est au cours de l'été 2019, provoquant du même coup un incident avec la Corée du Sud. Entre 2018 et 2019, la Chine a également commandé des missiles de défense anti-aérienne mobiles S-400 russes. De son côté, en matière de 5G, la Russie se tourne progressivement vers Huawei : ce choix viendrait récompenser les très longs efforts qu’a déployés l’entreprise pour séduire le marché russe. Aux Nations Unies, il n'y a actuellement aucun désaccord entre les deux pays : tous deux progressent de concert sur de nombreuses questions, y compris dans la promotion d’un internet de plus en plus contrôlé et isolé des réseaux mondiaux.

Mais les trois auteurs de cette édition de China Trends apportent contexte et nuances à ce tableau. Eleanor M. Albert explique que les deux pays se perçoivent tous deux comme confrontés à la même pression, celle des États-Unis. La Chine compte sur la Russie pour soutenir sa vision des institutions internationales et d’un "transfert de pouvoir" vers l'Asie, en partie parce que la Russie renforce son intégration régionale avec l'Eurasie : l'Union économique eurasiatique (EAEU), promue par Moscou, s’articule plutôt bien avec les nouvelles routes de la soie (initiative Belt & Road, ou BRI), et ne constitue en aucun cas une concurrence pour le projet chinois. L'une des clés de ce succès pourrait bien résider dans ce que Viviana Zhu appelle "un marché d'acheteurs" pour l'énergie.

La Chine compte sur la Russie pour soutenir sa vision des institutions internationales et d’un "transfert de pouvoir" vers l'Asie, en partie parce que la Russie renforce son intégration régionale avec l'Eurasie.

La Chine dépend de plus en plus de l'énergie russe, qui représente 11 % de ses importations, mais cette dépendance croissante correspond aussi à une diversification, qui s’avère bienvenue face aux incertitudes liées aux importations pétrolières moyen-orientales ou au gaz naturel liquéfié (GNL) américain dans un contexte de tensions commerciales. Depuis 2019, la Russie est déjà le premier fournisseur de pétrole de la Chine. Mais ni la Russie, ni aucun cartel de production, n’ont de contrôle sur le prix désormais : la plus grande dépendance, en matière de liquidités, est encore celle de la Russie, puisque cette dernière a besoin de marchés. Les experts chinois jouent plutôt franc jeu lorsqu'ils expliquent que les ressources pétrolières et gazières d'Asie centrale peuvent aussi concurrencer celles de la Russie.

Notre troisième auteure, Angela Stanzel, également rédactrice en chef de China Trends, relève l'opinion optimiste des experts stratégiques chinois sur une coopération militaire plus étroite entre deux "armées particulièrement amies". Pourquoi cet optimisme ? Le désarmement relatif des deux côtés de la frontière sino-russe en est à ce titre un facteur. Le terrorisme et plus globalement les "trois forces maléfiques" que sont le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme viennent aussi l’expliquer. Un autre argument cité par un expert stratégique chinois semble, lui, plus artificiel : existe-t-il vraiment, entre la Chine et la Russie, une posture continentale commune et essentiellement défensive, comme il le prétend ? Malgré la réalité des ventes militaires passées, il semblerait que le "pipeline" d'armes soit désormais à sec depuis 2017. On peut supposer que l'industrie chinoise de la défense a tant décollé qu’elle n’a guère plus besoin du matériel militaire russe.

Il ne s'agit pas d'un cas de "chaleur politique, froideur économique", explique un expert chinois. Il n'a pas tort. Avec la Chine, la Russie réduit l’isolement qui pourrait être le sien sous l’effet des sanctions, et ses ventes d'énergie représentent en cela une bouée de sauvetage. De son côté, la Chine s’est trouvée une sœur jumelle à portée de main : elle salue le "multilatéralisme" dans les organisations internationales, mais neutralise l'impact du droit international sur des questions cruciales comme la souveraineté maritime ou les droits de l’Homme. La coopération sino-russe est plus qu’un "axe de convenance" (Bobo Lo, 2008). Moscou "s'enfonce dans l'étreinte de la Chine" (Alexander Gabuev, 2018) et cette dernière en tire un bénéfice politique. Cette étreinte pourrait cependant s'avérer plutôt étouffante pour la Russie.

 

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