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Le rôle des pharmaciens dans le système de soins : quels défis pour demain ?

Trois questions à Carine Wolf-Thal

INTERVIEW - 22 Mars 2022

Dans un contexte de dégradation de l’accès aux soins, les pharmaciens se distinguent pour 95 % des Français comme professionnels de santé “faciles d’accès”. À l’approche des élections, présidentielle et législatives, Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, vient nous livrer un panorama de cette profession et présenter un ensemble de propositions de ces acteurs qui se disent prêts à répondre aux besoins en santé de demain. 

La crise du Covid a mis en évidence le rôle essentiel que jouent les pharmaciens dans notre système de santé. Quel panorama de cette profession peut-on établir ? 

L’image des pharmaciens est généralement associée à celle des officines. Pourtant les métiers présentent une grande variété et les pharmaciens sont présents sur toute la chaîne pharmaceutique et tout au long du parcours de santé. Ils assurent des rôles complémentaires dans l’industrie, la distribution en gros, à l’officine ou à l’hôpital, sans oublier la biologie médicale.

À l’heure actuelle, on compte 75 000 pharmaciens en exercice, inscrits à l’Ordre. Les 21 149 officines sont réparties de manière homogène sur notre territoire, rassemblant 26 207 pharmaciens titulaires et 27 756 adjoints. Mais le grand public oublie parfois les autres lieux d’exercice des pharmaciens tels que les pharmacies à usage intérieur (PUI), au sein d’établissements de santé ou médico-sociaux au nombre de 2 400 et accueillant 7 719 pharmaciens. On peut également citer les laboratoires de biologie médicale où exercent 7 063 pharmaciens biologistes. Au sein de l’industrie pharmaceutique, on recense 4 114 pharmaciens inscrits à l’ordre, et enfin 1 238 pharmaciens dans la distribution en gros exerçant des métiers de dépositaires (non propriétaires) et de grossistes répartiteurs. 

L'ordre est ainsi garant d’une chaîne mobilisable, professionnelle et réglementée. 

Ce maillage territorial représente un atout pour les Français. Cette accessibilité géographique leur permet d’avoir accès à ces pharmaciens, dans un cadre éthique et déontologique, qui contraint les professionnels à se former régulièrement. L'ordre est ainsi garant d’une chaîne mobilisable, professionnelle et réglementée. 

C’est l’ensemble de ces acteurs qui a été en capacité de s’adapter aux défis posés par la crise Covid afin d’assurer la continuité des soins.

Les industriels ont su mettre en place des dispositifs et mobiliser les chaînes de production pour garantir la continuité de l’approvisionnement en produits de santé, tandis que les grossistes ont assuré une juste répartition sur tout le territoire en masques, médicaments, vaccins et tests. Les pharmaciens à l'hôpital ont joué des rôles significatifs pour armer les lits de réanimation et développer des solutions créatives et innovantes pour faire face aux tensions d’approvisionnement au quotidien. Les biologistes ont été mobilisés pour le dépistage, le criblage, le séquençage et la vaccination. Et enfin, les officines ont assuré la distribution de masques, le signalement des violences intrafamiliales, la fabrication de solutions hydro-alcooliques, la vaccination ou la réalisation de tests de dépistage tout en poursuivant leur mission d’accès aux soins.

Il semble que le pharmacien joue un rôle clé dans les soins de proximité. Quelles en sont ses principales missions ? 

Historiquement, le pharmacien a toujours eu un rôle dans les soins de premier recours, notamment dans la dispensation du médicament et l’accompagnement de maladies aiguës comme chroniques. Aujourd’hui il constitue une véritable porte d'entrée dans le système de santé du fait du maillage territorial qu’il dessine : chaque citoyen se trouve en moyenne à 3,8 kilomètres d’une officine, le service est ouvert 6 jours sur 7 et on trouve sur l’ensemble du territoire des pharmacies de garde. C’est aussi la seule profession où un professionnel de santé est accessible sans rendez-vous. 

Face à l'explosion des besoins en santé, liée notamment au vieillissement de la population, mais aussi au risque que posent les déserts médicaux, les pharmaciens sont une véritable force pour la population en termes de santé publique.

En charge de la dispensation du médicament, ils assurent également le suivi de son bon usage et de l’observance par le patient, prodiguent des conseils notamment pour éviter les risques d'iatrogénie (l'ensemble des effets indésirables provoqués par la prise d'un ou plusieurs médicaments), effectuent des bilans de médication, etc.

Les pharmaciens sont une véritable force pour la population en termes de santé publique. 

À un autre niveau, les pharmaciens sont aussi au centre des soins de premiers recours non programmés, pour prendre en charge les “petites” urgences et les pathologies bénignes. 

Aujourd’hui, le rôle des professionnels de santé de proximité continue à s’accentuer. Dans le domaine de la prévention, le pharmacien assure des tâches telles que la vaccination ou le dépistage. Si la crise sanitaire a fait de la pharmacie le lieu clé de distribution de tests antigéniques, la capacité des pharmaciens à dispenser d’autres autotests (angines, antibiorésistance) date d’avant la pandémie. Les pharmaciens de proximité jouent aussi un rôle phare dans le dépistage de maladies chroniques, comme en attestent les campagnes de dépistage de diabète qu’ils effectuent aux côtés des biologistes, où ils jouent un rôle de conseil et d'orientation. 

Cette dynamique s’inscrit aussi dans celle du virage ambulatoire, qui entend sortir le soin des murs de l'hôpital afin de mobiliser d’autres professionnels de santé.

Quelles sont les perspectives à attendre pour les pharmaciens dans le quinquennat à venir ? 

Nous avons publié récemment 12 propositions pour répondre au besoin de santé de demain, fruit d’une large concertation en ligne impliquant pharmaciens et grand public. Quatre grands axes ont été identifiés et nous sommes heureux de voir que certaines mesures ont déjà été intégrées dans une nouvelle convention organisant les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’Assurance maladie.

  • Améliorer la prise en charge du patient et l’accès aux soins dans les territoires : face au risque que posent les déserts médicaux, il est clé de continuer à consolider le maillage territorial des pharmacies et de faire en sorte qu’il ne se fissure pas. De même, simplifier les parcours de soins, les exercices coordonnés en particulier (MSP/ CPTS), s’impose afin de fluidifier la prise en charge des patients. Nous proposons aussi de développer davantage le rôle des pharmaciens dans la prise en charge des personnes âgées, à leur domicile ainsi que dans les EHPAD. 
     
  • Développer et renforcer la prévention : à cette fin, il convient d’élargir nos compétences vaccinales et notre rôle dans le dépistage de maladies chroniques et la prévention de facteurs de risque. Non sans lien, la délégation de tâches est au centre de nos suggestions, que ce soit par le développement de nouveaux protocoles de dispensation, ou dans le cadre d’exercices coordonnés entre pharmaciens et médecins. Concrètement, il pourrait s’agir d’autoriser plus largement le pharmacien à dispenser un médicament sans ordonnance dans le cadre de maladies comme la cystite, en fonction de critères ou d’arbres décisionnels. Il s’agit aussi de permettre le renouvellement de traitements chroniques (ex. rhinite allergique) par les pharmaciens. De telles mesures permettraient à la fois de mieux accompagner les patients et de soulager le système de soin. 
     
  • Garantir un accès à des produits de santé sûrs et de qualité. Deux pistes d’amélioration en la matière apparaissent incontournables aujourd’hui : la réduction de l’impact des ruptures d’approvisionnement en médicaments et produits de santé et le développement de l’usage des outils numériques au service des patients. Par ailleurs, la qualité et la sécurité de la chaîne pharmaceutique française sont à promouvoir à l’échelle européenne, dans la perspective de la révision à venir de la directive européenne sur le médicament. 
     
  • Contribuer à la transition écologique : à la hauteur des enjeux du 21ème siècle, nous pensons aussi qu’il est de notre responsabilité de contribuer à la transition écologique, en sensibilisant la profession à ces thématiques mais aussi en mettant en place des actions concrètes (gestion des déchets, consommation responsable) qui permettent de répondre à ce défi. 

 

Copyright : Miguel MEDINA / AFP

 

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