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Exemple : Education, Europe, Santé

7 milliards d’euros pour un choc d’innovation en santé ? 

ARTICLES - 7 Juillet 2021

L’incapacité de la France à produire un vaccin contre le Covid-19 et son manque d’autonomie sanitaire ont levé récemment le voile sur les failles de notre modèle d’innovation en santé. Face à ces défis, le président de la République Emmanuel Macron a présenté en détails le 29 juin la stratégie innovation santé 2030 issue des travaux du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS). Cette stratégie vise à faire de la France la première nation européenne innovante et souveraine en santé. Avec un plan de plus de 7 milliards d’euros, le gouvernement entend investir massivement pour soutenir toute la filière santé ainsi que "celles et ceux qui prennent des risques et portent l’innovation en France". L’Institut Montaigne avait publié en mars 2021 plusieurs pistes concrètes, dans sa note Filière santé : gagnons la course à l’innovation, dont l’objectif était d’apporter des éléments pour les travaux du CSIS. Le point sur les avancées majeures et les défis à venir. 

Priorité à la recherche et au développement des biotechnologies 

Le président de la République a annoncé devant les représentants de la filière santé (entreprises, instituts de recherche, établissements de soins, fédérations professionnelles, etc.), qu’un milliard d’euros seront débloqués pour renforcer la capacité de recherche biomédicale française. Cette somme vise à soutenir prioritairement des projets de recherche intégrés en santé, mais également à retenir en France des chercheurs de très haut niveau, qui sont trop souvent tentés de partir à l’étranger. Les raisons de leur départ sont nombreuses, notamment financières : le salaire moyen en début de carrière d’un chercheur français s’établit à seulement 63 % du salaire moyen des pays de l’OCDE. 

Cet investissement vise également à mettre en place de nouvelles formations pour accompagner les mutations de la recherche et des industries de santé. En effet, les profils recherchés changent et les industries des sciences de la vie ont désormais besoin de profils pluridisciplinaires formés aux biotechnologies, aux dispositifs médicaux, au digital, à l’analyse de données et à l’IA. Les établissements d’enseignement supérieur doivent transformer leur offre pour répondre à ces nouveaux enjeux. De même, les formations des professionnels de santé, comme des cadres de direction dans les établissements de soins doivent s’adapter aux nouvelles technologies et notamment au numérique en santé, qui transforme notre système de soins et la manière dont on soigne les patients. La conduite du changement et la formation sont essentielles pour embarquer l’ensemble des acteurs. 

Soutenir la "santé de demain" et relancer l’investissement 

Le Président a longuement insisté dans son discours, sur la nécessité d’investir dans trois domaines de la santé de demain : la biothérapie et la bioproduction de thérapies innovantes, les maladies infectieuses émergentes et la santé numérique. 

Le Président a longuement insisté dans son discours, sur la nécessité d’investir dans trois domaines de la santé de demain : la biothérapie et la bioproduction de thérapies innovantes, les maladies infectieuses émergentes et la santé numérique. Pour ce faire, 800 millions d’euros vont être alloués pour soutenir le développement de biothérapies et 650 millions d’euros pour passer à la médecine dite des "5P" (préventive, personnalisée, prédictive, participative et basée sur les preuves). Cela ne peut se faire sans un soutien massif au numérique en santé. En effet, les technologies numériques, encore sous-utilisées dans le secteur de la santé en France, sont pourtant des outils clés pour améliorer l’efficience, la qualité et la sécurité de notre système de santé, tout en maîtrisant les dépenses de santé. Elles sont créatrices de valeur pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

De plus, 750 millions d’euros seront destinés à mieux se préparer aux futures pandémies et être en mesure de mieux identifier les futurs virus capables de menacer la santé humaine. Dans une récente note sur la filière santé, nous proposions la création d’une véritable approche "One Health" ou santé globale, cité par le Président dans son discours, qui promeut une approche globale entre la santé humaine, la santé animale et les enjeux environnementaux. 

Il est également essentiel de faire émerger des champions français dans le domaine. Ainsi, 2 milliards d’euros seront dédiés pour renforcer l’investissement de Bpifrance dans le secteur de la santé en 5 ans. En France, l’innovation en santé provient souvent de start-ups qui peinent à trouver des fonds pour passer à l’échelle et qui finissent bien souvent par quitter nos frontières pour se développer. D’autres pays investissent massivement dans ce secteur, à l’instar du Royaume-Uni où le montant des investissements dans les start-ups (tous secteurs confondus) s'est élevé à 13,2 milliards de dollars en 2019. Ce montant dépasse les investissements réunis de l'Allemagne (7 milliards) et de la France (5,2 milliards) sur la même période.

L’agence de l’innovation en santé : une agence de plus ? 

La plupart des acteurs publics comme privés évoquent le besoin d’un pilotage stratégique de la filière santé face à la dilution actuelle des interlocuteurs entre Bercy, le ministère de la santé, leurs différentes directions administratives (DGE, DSS, DGS, DGOS, etc.) et les autres instances de pilotage du système de santé (Assurance maladie, HAS, ANSM, CNIL, etc.).

L’agence de l’innovation en santé se veut ainsi une structure d’impulsion et de pilotage stratégique de l’innovation en santé. Son objectif sera de définir une stratégie nationale d’innovation en santé et d’assurer sa mise en œuvre. Elle devra également simplifier et clarifier les processus existants, pour les accélérer en identifiant les cas d’usages prioritaires avec l’écosystème, le cas échéant proposer au Gouvernement des transformations dans l’organisation de l’État.

L’agence de l’innovation en santé se veut ainsi une structure d’impulsion et de pilotage stratégique de l’innovation en santé.

Cette agence doit devenir l’interlocuteur privilégié et connu des acteurs de l’innovation en santé, pour permettre la synergie entre eux, orienter les porteurs d’innovation et les accompagner. 

Dans la note de l’Institut Montaigne sur la filière santé, nous proposions plutôt de créer un Secrétariat d’État chargé du développement de la filière santé et de la réorganisation de l’administration pour lui donner de réels moyens d’action. Cette réorganisation aurait permis la mise en place d’un "guichet unique" pour les acteurs économiques de la filière et la structuration d’une approche coordonnée et intégrée. Surtout, cette entité n’aurait pas été appelée à durer dans le temps, mais à atteindre des objectifs précis : proposer un schéma de réorganisation de l’appareil administratif de l’État, définir avec les acteurs une vision prospective de la filière santé ou mettre en place un tableau de bord de la filière santé pour coordonner les acteurs publics et privés. La mise en place d’indicateurs de performance est en effet indispensable pour juger de l’intérêt d’une telle agence dans le temps.

Une nation souveraine en Europe mais avec l’Europe 

La France a un rôle de leader à jouer du fait de son modèle universaliste et de son tissu scientifique incontestable. La future Présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022 doit être l’occasion de mettre la gouvernance de la filière santé au sommet de l’agenda. 

Le premier chantier européen à ouvrir est celui de la coordination des réponses face aux crises sanitaires avec la création de la Health Emergency Response Authority (HERA). Inspirée du BARDA américain, elle serait chargée de préparer les États membres contre de futures crises sanitaires, de constituer des stocks de médicaments stratégiques et d’investir dans la recherche et le développement pharmaceutique.

Le deuxième chantier doit être celui des données avec la création d’un espace européen des données de santé, déjà initié par la Commission européenne. Le travail de la France avec le Health Data Hub national doit permettre à l’Europe d’aller plus vite et de poser les bases d’une collaboration européenne en matière de données de santé. 

Enfin, le troisième chantier européen doit être celui de l’évaluation européenne des technologies de santé avec la création d’une agence de Health Technology Assessment européenne. Il peut être bénéfique pour les différents pays et entreprises de faire des efforts conjoints afin de mutualiser les dépenses de fonctionnement, de simplifier encore les procédures, de mieux se concerter et in fine de permettre un accès plus rapide des patients aux traitements innovants. 

Nous pouvons (re)devenir une nation leader en santé en Europe, mais nous devons aussi soutenir des projets ambitieux au niveau communautaire, afin de réellement peser au niveau international face aux géants américain et chinois. 
 

 

Copyright : SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

 

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