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Exemple : Education, Europe, Santé
  • L'avenir se joue
    dans les quartiers pauvres
    24h dans la vie d'un habitant

    Rapport - Juin 2022

Présidents du groupe de travail :

  • Hakim El Karoui, Senior Fellow à l’Institut Montaigne et Senior Partner, Brunswick
  • Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois, Président de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU)

Groupe de travail :

  • Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes
  • Patrick Calvar, Senior Fellow à l’Institut Montaigne, ancien Directeur général de la Sécurité Intérieure
  • Arthur Commins, Fellow à l’Institut Montaigne, officier de gendarmerie
  • Rémi Engrand, Directeur de cabinet et de la communication, Ville de Chanteloup-les-Vignes
  • Olivier Galland, sociologue, Directeur de recherche émérite au CNRS
  • François Lamy, ancien député, ancien Ministre délégué à la Ville
  • Cécile Maisonneuve, Senior Fellow à l’Institut Montaigne
  • Naima M’Faddel, essayiste, conseillère politique de la ville
  • Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières, président d’Ardennes Métropole, vice-président de la région Grand Est
  • Catherine Vautrin, Présidente de la Communauté Urbaine du Grand Reims


  • Isabelle Aprile, Directrice de l'innovation sociétale et des nouveaux modèles économiques de croissance, Sodexo - CEO La Passerelle
  • Fabrice Aubert, secrétaire général-Nexity
  • Eve Bel Ange, Responsable Mission Développement Economique et Social, Groupe RATP
  • Michel Bisson, Maire de Lieusaint, Président de l'agglomération Grand Paris Sud
  • Benjamin Blavier, co-Fondateur, co-Président, Article 1
  • Jaleh Bradea, Directrice projets inclusion et égalité des chances pour le groupe Vivendi, rédactrice et animatrice de l’émission citoyenne ENVIE d’AGIR sur C8
  • Johanna Buchter, Haut fonctionnaire, ancienne sous-préfète pour Roubaix 
  • Professeur Simon Cattan, Cardiologue président de la CME de l"hôpital LE RAINCY MONTFERMEIL
  • Kim Chiusano, Responsable du pôle "Innovation et ville durable", Direction de la Stratégie et de l'Accompagnement des Acteurs, Agence Nationale de la Rénovation Urbaine
  • Ericka Cogne, Directrice Générale, Télémaque
  • Denys Cordonnier, Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée, ATD Quart-Monde
  • Sandrine De Boras, Docteur en Sciences Économiques et Gestion, Chef de projets Innovation, Transdev France
  • Béatrice Failles, membre du Conseil National de Territoire de Progrès, Déléguée du 18 ème arrondissement de Paris
  • Léa Gislais, Directrice du programme emploi, formation et développement économique chez ANCTerritoires
  • Marc Goua, Maire de Trélazé, Vice-Président de la communauté urbaine Angers Loire Métropole
  • Frédérique Granado, Directrice RSE France, Sanofi
  • Marie-Aleth Grard, Présidente d’Agir tous pour la dignité ATD Quart-Monde
  • Nicolas Grivel, Directeur Général, ANRU (au moment de l’étude)
  • Saïd Hammouche, Président fondateur, Fondation Mozaïk et fondateur du sommet de l’inclusion économique
  • Florence Henry, Directrice de la distribution des politiques publiques, Branche Grand Public et Numérique, Groupe La Poste
  • Emmanuel Heyraud, directeur cohésion sociale et développement urbain, France urbaine
  • Thierry Huck, Responsable mission insertion des jeunes à la DRH du Groupe ENGIE
  • Marie-Emmanuelle Huillo, Directrice déléguée relations institutionnelles, Trandev
  • Pascal Jacqueson, Responsable Communication et Plaidoyer, Télémaque
  • Anicia Jaegler, doyenne associée à l’inclusivité, KEDGE Business School
  • Nathalie Jampoc-Bertrand, Vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, Adjointe de la commune de Schiltigheim
  • Élisabeth Laithier, expert-Référent Petite Enfance pour l'Association des Maires de France (AMF), Présidente du Comité de filière petite enfance
  • Angélina Lamy, Déléguée générale de la Fondation Accenture
  • Gilles LEPROUST, Maire d'Allonnes et Secrétaire général de l'Association des Maires Ville & Banlieue de France
  • Général Richard Lizurey, Adjoint au Maire de Chartres
  • François-Antoine Mariani, Directeur général délégué, adjoint au directeur, ANCT
  • Philippe Maugendre, Directeur des Politiques Publiques - Affaires publiques et Gouvernementales, Sanofi
  • Radoine Mebarki, président et fondateur des associations "Tous repreneurs" et "Tous tes possibles"
  • Philippe Oddou, Directeur Général et co-fondateur, Sport dans la Ville
  • Gaëtan Perche, Directeur Département Projets, Prospective & Innovation, Transdev Artois Gohelle
  • Jean Louis Porcedo, président de Nexity Villes & Projet
  • Nicolas Portier, Délégué général de l’Assemblée des communautés de France (ADCF) (au moment de l’audition)
  • Alain Pothet, IA-IPR, correspondant académique pour l’éducation prioritaire, Ministère chargé de l'Éducation nationale
  • Nicolas Samsoen, Maire de Massy, Vice-Président du Conseil départemental de l’Essonne
  • Eric Sirven, Chief Entrepreneurship and Philanthropy Officer, KEDGE Business School
  • Olivier Théophile, Directeur général de LIVE - L’Institut des Vocations pour l’Emploi et Directeur Responsabilité sociale, LVMH
  • Gilles Vermot-Desroches, Corporate Citizenship Senior Vice-President, Schneider Electric
  • Frédéric Vigouroux, Maire de Miramas
  • Anne Voituriez, Maire de Loos, vice-présidente de la Métropole Européenne de Lille


Introduction

Depuis plus de 30 ans, la pauvreté, les flux migratoires et les difficultés économiques sont concentrés dans quelques territoires, les quartiers pauvres.

Comment apprendre à faire ou refaire société dans des territoires qui en accumulent tous les maux ? Quelles mesures pour améliorer durablement les conditions de vie des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ?

S’inscrivant dans la suite du travail Les Quartiers Pauvres ont un avenir (octobre 2020), le présent rapport fait le récit de 24 heures dans la vie d’habitants des quartiers populaires, et contient 31 propositions opérationnelles afin d’améliorer leurs conditions de vie au quotidien.

Redonner un avenir aux quartiers pauvres

Qu’est-ce qui pourrait améliorer votre vie au quotidien dans le quartier ?
"Que les pouvoirs publics s’intéressent plus à lui. Pour écouter ce que les gens ont à dire."

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain

 

Malgré des progrès notables dans les dernières décennies, l’attention portée à l’égard de ces quartiers par la politique de la ville n’a pas permis d’améliorer durablement la situation de leurs habitants. Au contraire, cette concentration des difficultés dans les 1 296 QPV de France métropolitaine fait courir le risque d’une "archipélisation" de notre pays, et du développement d’un communautarisme nourri par l’échec de l’État à proposer des systèmes de solidarité efficaces. Les habitants les plus vulnérables doivent pouvoir bénéficier d’une intervention importante des pouvoirs publics, et cela passe avant tout par la présence physique de l’État dans ces quartiers et des moyens financiers à la hauteur des problématiques à traiter.

Néanmoins, ce constat ne doit pas alimenter la croyance, parfaitement erronée, que les quartiers pauvres recevraient plus de subventions que d’autres, sans contribuer au dynamisme économique national. Comme nous l’avions montré en 2020, ces territoires reçoivent en effet bien moins que ce que l’on peut imaginer de la part de l’État, et il est nécessaire de déconstruire les idées reçues sur ces quartiers faisant figure d’exception dans la perception nationale.

À titre d’exemple, il manque 1 milliard d’euros dans les quartiers sur les trois politiques publiques régaliennes : éducation, intérieur et justice. Par ailleurs, si les dotations de l’État atteignent en moyenne 267,90€ par habitant dans ces communes contre 145,71€ dans les autres, la situation financière des communes en QPV est plus dégradée, les recettes y sont moins dynamiques, l’endettement plus fort et les dépenses d’équipement plus faibles. Il existe donc bien un retard qui traduit l’existence d’un sous-investissement public à destination des quartiers pauvres.

 

Dans le prolongement de notre premier travail sur les quartiers pauvres, ce nouveau rapport a pour vocation de redonner la voix aux habitants et de proposer des mesures concrètes afin d’améliorer leur quotidien et leurs conditions de vie. À travers le récit de 24h dans la vie d’habitants des QPV, l’Institut Montaigne formule 31 mesures opérationnelles visant à engager un nouvel avenir pour les quartiers pauvres.

Pour que l’ANRU du cadre de vie s’accompagne d’un ANRU des habitants

La politique de la ville des quarante dernières années s’est beaucoup centrée sur la rénovation du bâti et du cadre de vie. Les résultats de cette politique ont été très positifs, notamment sous l’impulsion de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU). S’il était indispensable de traiter la question du bâti, des équipements publics et du cadre vie, il importe désormais d’aller plus loin, en recentrant l’action publique autour de ceux qui y habitent, dans une stratégie globale de promotion sociale et de lutte contre la pauvreté. 

Ainsi, ce rapport propose une nouvelle étape du travail au long cours de l’ANRU, un "ANRU des habitants", qui se fixe pour objectif de satisfaire globalement la demande sociale, dont la rénovation urbaine constitue l’un des axes déterminants et dont l’exécution serait interministérielle. Avec l’ANRU des habitants, l’idée est de développer des programmes sociaux territoires par territoires avec une visibilité financière de long terme, un pilotage des actions, une évaluation de l’impact, une coordination avec les élus locaux et les acteurs associatifs ainsi qu'un investissement spécifique dans les quartiers les plus en difficulté sur la base d’indicateurs réfléchis par l’ensemble des acteurs. Sans vouloir ajouter un outil complexe supplémentaire, c’est une méthode de travail à destination des quartiers qui est ici proposée et qui constitue le fondement des 31 mesures opérationnelles qui sont développées dans ce rapport. L’ensemble de ces propositions représente un coût total estimé de 300 millions d’euros en investissement, et 2 milliards d’euros annuels en fonctionnement pour compenser le sous-investissement public dans ces quartiers.

24 heures dans la vie d’un habitant

Loin des discours incantatoires sur les quartiers pauvres, ce rapport a donné la parole à leurs habitants. Nous sommes allés à la rencontre de celles et ceux qui vivent, travaillent et élèvent leurs enfants dans ces quartiers. Loin de grands plans complexes et autres schémas technocratiques, leurs attentes sont celles de tout citoyen de notre pays. Ce travail s’intéresse au quotidien des habitants, à leurs besoins, en posant des questions en apparence simple mais aux réponses complexes, tout au long d’une journée-type dans la vie d’un habitant de ces quartiers pauvres, de 7h à 22h :

  • Quels sont les faits marquants de sa journée ?
  • Quelles sont ses difficultés ?
  • Quelles sont ses aspirations ?
  • Comment la République peut-elle remplir sa promesse à son égard ? 

Pour parvenir à quelques solutions pratiques et aisément applicables, nous avons échangé avec des habitants des trois types de QPV élaborés lors de notre premier rapport sur l’avenir des quartiers pauvres paru en 2020 : 

  • les quartiers post-industriels qui correspondent en majorité aux zones anciennement industrielles et situées dans le nord/nord-est de la France. Près de 1 million d’habitants y vivent ;
  • les quartiers "excentrés", situés en grande partie dans ou près des petites villes et villes moyennes. Moins pauvre et moins jeune, leur population compte 1,7 million d’habitants ;
  • les quartiers "maquiladoras" ou "métropolitains", situés en périphérie des grandes métropoles et en particulier en Île-de-France. Ils comptent 3,4 millions d’habitants. Ces quartiers se distinguent, entre autres, des deux premières catégories par des phénomènes plus marqués d’échec scolaire, de délinquance et de trafic de drogue.
 
"J’ai une voisine avec qui je m’arrange pour garder mon fils, c’est le point positif qu’on trouve dans les quartiers populaires. Si je finis plus tard, si j’ai un souci, au moins je sais que quelqu’un peut récupérer mon fils si je ne rentre pas à temps."

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain

 

Pour les familles et enfants des quartiers pauvres, le début de journée, consacré à la prise en charge des plus jeunes et à la réponse aux besoins de la petite enfance, concentre deux grandes difficultés : 

  • un déficit structurel d’accès aux modes de gardes des jeunes enfants, auquel il convient de répondre par des moyens financiers pour la création de places en crèche ;
  • une absence de "parcours de développement" structuré, avec des lieux d’accueil adaptés à la situation des familles en QPV, associant les parents et permettant une réelle correction des inégalités de destin. La mise en place d’un parcours petite enfance adapté et le renforcement de la formation des professionnels de la petite enfance sont des solutions pertinentes pour les quartiers. 
  • Proposition clé : entre l’âge de 6 mois et 3 ans, systématiser l’intégration des familles à un "parcours petite enfance" et ouvrir 300 nouveaux Établissements d’accueil du Jeune Enfant.
    Coût de la mesure estimé : 100 millions d’euros en investissement à répartir entre l’État, les collectivités et porteurs de projet et 90 millions d’euros annuels en fonctionnement à répartir entre l’État et les collectivités.
  • Renforcer la dotation budgétaire aux communes pour la création de 15 000 places en crèche sur le prochain quinquennat.
    Coût de la mesure estimé : 50 millions d’euros en investissements et 37,5 millions d’euros annuels en fonctionnement.
  • Accompagner le "parcours petite enfance" d’une stratégie d’accueil dans les structures petite enfance des personnes souhaitant exercer le métier d'assistante maternelle ou de puéricultrice, afin de soutenir et faciliter la création d’emplois dans ce secteur.
    Coût de la mesure estimé : 35 millions d’euros annuels pour relever le budget alloué aux aides pour les alternants de 30 %.
Qu’est-ce qu’on pourrait mettre en place pour améliorer la scolarité de vos enfants ?
"Des profs plus présents, et des remplacements rapides en cas d’absence. Je parle pour ma fille là. Je sais qu’ils ont un niveau inférieur dans le 93, et quand on a des profs non remplacés, ça ne fait que creuser ce retard. Ce n’est pas si souvent mais ça arrive, et surtout pour les matières principales. Il faudrait proposer quelque chose comme des cours à distance pour éviter que les élèves ne prennent du retard."

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain

 

8 heures sonnent, c’est l’heure de rejoindre les salles de classe. Force est de constater que l’ascenseur social est en panne et que la méritocratie n’est qu’imparfaite dans les quartiers pauvres, tant l’origine socio-économique semble expliquer la performance scolaire des élèves. Or, l’école se doit de permettre à chacun de maîtriser a minima les fondamentaux, pour que chaque élève réussisse sa scolarité et devienne pleinement citoyen. Osons faire table rase d’une conception égalitaire de l’éducation afin d’affirmer clairement que notre pays doit offrir plus et différemment à ceux qui ont le moins.

  • Déployer des programmes de forte stimulation cognitive dès le plus jeune âge, grâce à un encadrement resserré en lien avec les familles.
    Coût de la mesure estimé : expérimenté à l’échelle d’une ou deux circonscriptions sur 5 000 élèves, sur deux années, le coût du déploiement d’un tel dispositif serait d’environ 50 millions d’euros.
  • Expérimenter divers canaux de recrutement des professeurs, notamment au sein de l’Académie de Créteil afin de pallier les problèmes de recrutement, à l’image du dispositif "Apprenti professeur".
  • Proposition clé : recruter sur profil tous les enseignants des classes dédoublées afin d’affecter devant les élèves les plus en difficulté les enseignants les plus efficaces. 
  • Proposition clé : déployer un éventail de dispositifs pour attirer les enseignants les plus efficaces dans les classes dédoublées des REP +.
    Coût de la mesure estimé : 64 millions d’euros annuels.
  • Généraliser le dispositif Mallette des parents à l’ensemble des REP, renforcer le dispositif École des parents et fournir à chaque famille des kits éducatifs.
    Coût de la mesure estimé : 10 millions d’euros annuels.
  • Inciter les enseignants à suivre une cohorte d’élèves tout au long de la scolarité élémentaire pour intensifier les relations entre les parents et les enseignants, favoriser l’individualisation des enseignements et stabiliser les équipes enseignantes au sein des quartiers. 
  • Proposition clé : généraliser le "dispositif petit-déjeuner gratuit" dans les accueils du matin du CP au CM2 en QPV.
    Coût de la mesure estimé : 110 millions d’euros annuels.
  • Proposition clé : généraliser et pérenniser les dispositifs "vacances apprenantes".
    Coût de la mesure estimé : 85 millions d’euros annuels.
  • Diligenter une étude sur l’absentéisme des élèves et des enseignants en zone d’éducation prioritaire.
"J’ai arrêté au niveau du bac, j’ai trouvé du travail à cette époque donc j’ai pas été jusqu’au bout j’ai même pas passé le bac, j’étais en bac pro plomberie. J’ai pas de regret car tous ceux de ma classe qui ont eu le bac, aucun n’est devenu plombier, c’est incroyable."

Jeune homme en quartier post-industriel


Voici un autre temps fort de la journée, celui où intervient la question de l’emploi sous toutes ses formes : l’orientation en milieu scolaire, le parcours d’insertion post bac, la recherche d’un premier contrat. Or l’accès à l’emploi demeure compliqué pour les habitants des QPV, notamment car il se heurte à trois grandes difficultés auxquelles nous proposons de remédier : 

  • en milieu scolaire, un dispositif global d’orientation qui ne répond pas suffisamment aux besoins des élèves et à ceux des entreprises ;
  • un déficit d’acculturation au monde professionnel chez les jeunes candidats et des discriminations à l’embauche qui demeurent ; 
  • une politique publique de l’emploi qui n’amène pas assez les entreprises à s’engager davantage en faveur du développement économique des quartiers et de l’insertion professionnelle de leurs habitants.
  • Proposition clé : multiplier les secteurs multi-collèges en favorisant la méthode la montée alternée et fermer les collèges où les indicateurs de ségrégation sont les plus élevés.
  • Proposition clé : dans le cadre d’un nouveau "Contrat de Solidarité Nationale", mettre en place un système de tutorat obligatoire permettant à chaque jeune issu d’un QPV d’être accompagné par un tuteur adulte. 
  • Expérimenter l’ouverture de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) dans les lycées des QPV.
    Coût de la mesure estimé : 15 millions d’euros annuels.
  • Élargir le champ des secteurs concernés par les clauses sociales à davantage de marchés publics et en généraliser la présence dans les contrats publics, et systématiser le recours aux facilitateurs des clauses sociales. 
  • Proposition clé : encourager et valoriser dans le rapport annuel de gestion soumis aux assemblées générales et dans le reporting extra-financier la communication d’informations relatives à la stratégie des entreprises à destination des quartiers pauvres et intégrer cette stratégie aux critères ESG.
  • Sur la base de données déjà disponibles (ex : lieu de résidence des salariés, lieu de naissance et de leurs ascendants, etc.), mesurer la diversité des entreprises, collectivités publiques, État, hôpitaux (pour les contrats de droit privé) à l’échelle de leur branche professionnelle.

L’heure du déjeuner est clé, et témoigne à nouveau des inégalités dans les QPV : si l’accès à la restauration scolaire s’est massifié, beaucoup d’enfants pauvres ne vont pas à la cantine, faute de moyens. L’action sur les tarifications sociales des services de restauration doit être amplifiée. Par ailleurs, au regard des problématiques sociales dans les QPV, le temps de la "cantine" pourrait faire l’objet de nouveaux moments de partage utiles à la socialisation des enfants. Cette démarche bénéficierait notamment aux jeunes en décrochage scolaire, par l’accueil d’étudiants, d’adultes, de professeurs ou encore de retraités à déjeuner avec les enfants.

  • Élargir le dispositif Cantine à 1€ et étudier la possibilité de proposer un tarif à 0,5€ pour les familles les plus pauvres.
    Coût de la mesure estimé : 367 millions d’euros annuels.
  • Proposition clé : repenser le temps du déjeuner à la cantine scolaire en l’ouvrant à de nouvelles socialisations bénéfiques pour les enfants des QPV, par l’accueil d’étudiants, retraités et adultes volontaires.
"On peut faire quoi pour améliorer l’aspect santé du quartier ?
Aller à la rencontre des gens peut-être car des gens ne veulent pas se faire soigner."

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain

14h, rendez-vous chez le médecin. Les questions de santé se posent avec une acuité particulière dans les QPV, où l’on remarque l’existence d’un lien fort entre précarité socio-économique et fragilités de santé, la prépondérance de maladies chroniques, l’exposition plus forte aux nuisances environnementales et un accès restreint aux offres de soin. Il est nécessaire de remédier aux inégalités sociales et territoriales de santé, en luttant contre le non recours aux prestations sociales et contre les déserts médicaux afin de faciliter l’accès aux soins.

  • Proposition clé : dans le prolongement de l’objectif du Gouvernement de doublement des maisons et centres de santé, encourager le développement de ces structures afin de faciliter l’accès aux soins pour les habitants des quartiers pauvres.
    Coût de la mesure estimé : au minimum entre 100 et 150 millions d’euros  (hors fonctionnement).

La tranche horaire 16h30 - 17h représente pour beaucoup d’élèves le moment où les enseignements et la vie dans l’établissement scolaire prennent fin. C’est aussi le moment de faire les devoirs. Pour les élèves des QPV, davantage exposés aux problématiques de retard ou de difficultés dans les apprentissages, des dispositifs de soutien sont nécessaires et doivent être encouragés.

  • Proposition clé : évaluer, renforcer et généraliser le suivi des devoirs pour les élèves du secondaire dans les QPV en augmentant de 40 millions d’euros par an sur cinq ans le budget du programme "Devoirs faits" à destination des collégiens résidant en QPV.
    Coût de la mesure estimé : 40 millions d’euros annuels.
"Le sport c’est ce qui aide les jeunes à s’en sortir, c’est ce qui leur permet de ne pas rester sans rien faire. Pour moi le sport ça empêche les gens de faire des bêtises justement. Dans certains quartiers où il n’y a pas de sport, les jeunes se mettent à fumer alors que si on se met au sport on ne va pas tomber là-dedans, on ne tombera pas dans la drogue. On reste loin de tout ça, ça protège".

Jeune homme en quartier post-industriel

Le sport peut être un puissant levier d’insertion et de remobilisation vers l’emploi pour les jeunes en QPV. Il convient de remédier au déficit d’infrastructures sportives, bien qu’en cours d’amélioration, et de renforcer les liens entre sport et insertion professionnelle.

"Moi j’ai ma carte mais sinon une place de cinéma c’est très cher, on ne peut pas y aller tous les jours. faudrait diminuer les prix. Un cinéma, c’est 13€, un spectacle entre 18 et 20€. C’est cher".

Retraité en quartier excentré

"La culture il n’y a rien, il faut prendre le tram au centre-ville".

Retraité en quartier excentré


L’accès à la culture et l’ouverture culturelle figurent au cœur des objectifs de la politique de la ville, c’est également une manière de remédier aux inégalités et ce dès le plus jeune âge, par des moyens financiers renforcés aux associations en charge des projets culturels et sportifs. Il nous semble important de : 

  • Encourager les actions permettant d’atteindre l’objectif, d’ici Paris 2024, d’accompagner 250 000 jeunes vers l’insertion par le sport, dans le cadre d’un Grenelle de l’éducation et de l’insertion par le sport, pour construire une politique ambitieuse du sport dans les quartiers.
  • Apporter un soutien financier renforcé aux associations porteuses de projets d’ouverture culturelle, intervenant en dehors du temps scolaire et surveiller la mobilisation des moyens annoncés. Ces associations feraient l’objet de conventions pluriannuelles d’objectifs.

La fin de journée est aussi, avec le week-end et les périodes de congés, un temps propice au bénévolat et à l’engagement associatif. L’action des associations dans les QPV est importante pour la cohésion sociale, à condition de pouvoir disposer de moyens financiers et humains suffisants et durables. Il est urgent de répondre à ce besoin de stabilité, tout en renforçant la professionnalisation du modèle associatif et le soutien aux petites associations et structures émergentes qui agissent au plus près des habitants. 
 

  • Proposition clé : systématiser les conventions pluriannuelles d’objectifs pour les associations en QPV, les assortir de volets incitatifs et de primes à la performance, et mobiliser les collectivités locales sur de l’ingénierie de pilotage de ces conventions.
"Je ne participe pas à la vie du quartier, je m’y intéresse mais je ne participe pas. Parce que je n'ai pas envie, je préfère rester chez moi. Quand je n'ai pas mes enfants je préfère aller ailleurs, voir des amis dans Paris ou partir en week-end".

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain

"Je participais aux réunions, c’était justement lors de ces réunions qu’ils parlaient des difficultés au niveau de la circulation pour les résidents, ils ont refait un rond-point, ils ont planté des arbres et des fleurs, ils ont végétalisé le quartier. Mais il y a eu un changement de président, donc ça s’était un peu arrêté, et j’ai un peu abandonné".

Retraité en quartier excentré


Pour celles et ceux qui sont engagés dans la vie citoyenne locale, le soir est souvent l’heure - avec les samedis - où se déroulent les réunions des Conseils Citoyens ; or l’impact de la participation citoyenne dans les quartiers est faible. Ces conseils n’ont pas permis d’embarquer la population au-delà d’un périmètre de citoyens déjà engagés et ils laissent les jeunes sur le quai, alors qu’ils sont les plus touchés par les difficultés des QPV. L’ambition est de faire des QPV un espace d’expérimentation, d’innovation et de liberté en matière de participation citoyenne, en favorisant d’autres formes d’expressions, afin de redonner la parole aux habitants.

  • Généraliser et aider à la mise en place des Tables de quartiers à chaque projet nécessitant la concertation des habitants.
"Je pense qu’il faudrait remettre un gardien pour faire régner l’ordre dans les résidences HLM, les poubelles, la saleté, le bruit. La Ville a annoncé dernièrement qu’ils allaient expulser les dealers des logements, ça ne va pas se faire d’un coup de baguette magique. Il y a trop de choses à faire. On a fait une sorte de visioconférence et chacun a dit ce qui n’allait pas, il y a eu une synthèse. Et moi je pense qu’on devrait remettre des gardiens. Ce serait bénéfique. Des gens l’ont demandé, avant il y en avait partout".

Retraité en quartier excentré.


20 heures. L’heure de rentrer chez soi après une journée bien remplie. Sur la question des lieux de vie, il ressort un besoin d’apaisement, de proximité et de dialogue renoué entre les bailleurs sociaux et les habitants. Le sujet de la mixité sociale dans des quartiers avec un grand nombre de logements sociaux se pose également, dans l’objectif de réduire la concentration de la pauvreté et des difficultés.

  • Systématiser la présence de gardiens et de médiateurs dans les logements sociaux.
  • Proposition clé : instaurer dans la loi un plafond de logements sociaux par commune fixé à 40 % tout en veillant à la bonne exécution des quotas de 20 ou 25 % prévus par la SRU.
"Depuis un an et demi, ça a changé. Il y a des jeunes qui se sont mis à traîner. Ils venaient d’ailleurs. Ils se sont mis à dégrader l’immeuble et l’image du quartier. C’était super tendu avec la police. Il y avait du deal, des colis ont été volés car ils avaient forcé les boîtes aux lettres. Ils avaient mis un canapé, tourné des clips, il y avait des chiens dangereux. Ils buvaient, ils parlaient forts, ils n’étaient pas respectueux des habitants. C’était très tendu, il y avait souvent la police, il y avait des jeunes dans l’immeuble, des chiens. Tout ce qu’on voit à la télé. On n’avait jamais connu ça avant. Je pense que la police a fait pas mal de choses, et puis il y avait pas mal d’embrouilles entre les habitants et les jeunes".

Jeune mère de famille monoparentale en quartier métropolitain


Lorsque vient la nuit se posent les questions liées à la sécurité, qui, sans être un problème spécifique aux QPV, se nourrit du cumul des difficultés vécues par les habitants de ces quartiers. Les quartiers sont confrontés à des taux de délinquance significativement supérieurs à la moyenne nationale, ce qui n’arrange pas l’image véhiculée dans l’opinion publique et perçue par les habitants. Nous proposons une série de mesures visant à répondre aux dysfonctionnements qui s’empilent et alimentent cette situation intenable.

  • Proposition clé : augmenter la présence policière sur le terrain dans les QPV. Coût de la mesure estimé : 540 millions.
  • Proposition clé : organiser, par le biais d’évolutions législatives, un détachement de magistrats aux seins des services de police et de gendarmerie pour décider de peines immédiates et mettre fin au sentiment d’impunité de certains délinquants.

Pour une gouvernance qui fasse confiance aux acteurs locaux

La panoplie de propositions formulées au fil de ce rapport en témoigne : en matière de politique de la ville, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la méthode qui fait défaut.

Si la politique en faveur des quartiers pauvres revêt des attributs d’exception compte tenu de l’investissement massif qu’elle requiert, ce rapport plaide plutôt pour un renforcement du droit commun que pour un énième chamboule-tout. De cette réflexion est née l’idée d’un "ANRU des habitants", qui, au-delà de la question institutionnelle, se nourrira d’abord d’une gouvernance renouvelée, associant habitants et pouvoirs publics. Tel doit être la finalité des réformes à venir.

  • Initier un recensement des normes législatives et réglementaires qui pourraient faire l’objet d’un droit à la différenciation au bénéfice des collectivités territoriales afin d’adapter l’action publique aux spécificités des quartiers pauvres.
  • Dès le début du quinquennat et sous le contrôle du Parlement, faire un état des lieux précis et territorialisé des moyens que la puissance publique consacre aux quartiers pauvres.
  • Accroître la dimension redistributrice des concours financiers de l'État en direction des quartiers pauvres et renforcer la péréquation entre les communes.
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