Aller au contenu principal
En ce moment
Exemple : Education, Europe, Santé
  • 2022-2027 :
    quelles perspectives pour
    les finances publiques ?

    Note - Janvier 2022
Auteurs
Vianney Bourquard et François Écalle

Vianney Bourquard est un spécialiste des finances publiques, il a exercé diverses fonctions au Ministère de l'Économie et des Finances, à la Cour des comptes et au Haut Conseil des finances publiques.

François Ecalle est ancien rapporteur général du rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques et président de l’association Fipeco.

La France fait désormais partie des pays endettés, voire très endettés de la zone euro : avec plus de 115 points de PIB de dette en 2020, le poids de sa dette dans le PIB dépasse nettement celles de l’Espagne (69,9 %), de l’Irlande (111 %), du Portugal (114,4 %) et de Chypre (65,9 %) avant la crise des souverains de 2011-2012.

À quelques mois de l’élection présidentielle de 2022, il est nécessaire de se pencher sur les perspectives des finances publiques françaises pour les années à venir afin d’évaluer les risques et scénarios existants mais aussi que les candidats en campagne prennent la mesure de ces enjeux.

Le programme budgétaire du Gouvernement actualisé

Par rapport aux prévisions du mois de septembre dernier, le Gouvernement a relevé la croissance du PIB pour 2021 de 0,25 % (de 6 à 6,25 % en volume). Par ailleurs, le montant des dépenses publiques a été revu à la baisse de 1 milliard d’euros pour 2021.

S’agissant de 2022, les dépenses publiques ont été révisées à la hausse, à hauteur de 5 milliards d’euros, notamment du fait des nouvelles mesures de soutien du pouvoir d’achat et des nouvelles dépenses d’intervention (France 2030, revenu d’engagement…).

En 2027, selon le scénario du gouvernement, sans nouvelle mesure fiscale, le déficit public représenterait 2,7 % du PIB et la dette 114 % du PIB, malgré une très faible croissance des dépenses publiques : 0,2 % en volume et en moyenne annuelle sur la période 2023-2027 (0,7 % hors mesures d’urgence et de relance, celles-ci étant supposées disparaître progressivement au début de cette période).

La trajectoire des finances publiques à politique inchangée, sans nouvelles mesures d’économie

Cette note présente une trajectoire des finances publiques reposant sur la croissance tendancielle des dépenses, c’est-à-dire sans mesures nouvelles d’économie. Cette tendance est difficile à estimer et donc potentiellement faillible. Un tel exercice est néanmoins nécessaire pour prendre la mesure des efforts à faire pour atteindre les objectifs d’évolution des dépenses publiques retenus dans la programmation budgétaire.

 

 

Alors que les dépenses publiques ont augmenté en moyenne de 27 Md€ par an (en euros de 2022) sur la période 2010-2019, elles augmentent d’environ 41 Md€ par an entre 2022 et 2027 dans ce scénario tendanciel, soit de 2,8 % en valeur et de 1,2 % en volume. Le déficit public serait encore proche de 5 % du PIB en 2027 et la dette serait supérieure à 120 % du PIB.

Pour ramener la croissance des dépenses publiques en volume à 0,2 % par an, conformément à la programmation du Gouvernement, il faudrait réaliser des économies pour un montant, inédit en France, de presque 15 Md€ par an et d’environ 70 Md€ sur l’ensemble du prochain quinquennat (en euros de 2022). Ce montant d’économie devrait croître en cas de choc économique négatif pour conserver les trajectoires de déficit et de dette présentées par le Gouvernement (de l’ordre de 15 Md€ par point de croissance perdue, toutes choses égales par ailleurs).

Pourquoi est-il aussi important de reprendre la maîtrise de nos finances publiques ?

La question des finances publiques est essentielle si la France veut dégager les marges de manœuvre nécessaires pour renforcer son système éducatif, ou faire face aux enjeux à venir du financement de son système de santé par exemple.

Si l’endettement public est nécessaire pour soutenir les ménages et les entreprises pendant la crise, il faut en garder le contrôle pour en assurer la soutenabilité. À défaut, les créanciers de l’État pourraient prendre peur et exiger des taux d’intérêt très élevés qui dégraderaient encore plus la soutenabilité de la dette, pouvant ainsi mener jusqu’à une crise des finances publiques de la France.

La France ne peut pas compter sur un soutien illimité de la Banque Centrale Européenne pour financer sa dette publique. La forte dégradation des finances publiques en Italie, en Espagne et en France pourrait faire renaître les tensions dans la zone euro. Les pays du nord de l’Europe ont accepté en 2020 que la BCE lance un programme exceptionnel d’achats de titres publics et que l’Union européenne emprunte pour aider les pays en difficulté parce qu’il s’agissait d’une crise exceptionnelle. Il n’est pas sûr que leur solidarité soit aussi grande lorsqu’il s’agira de soutenir un pays qui aura pris des mesures de politique économique irresponsables à leurs yeux. La France devra montrer qu’elle a le sens de ses responsabilités en maintenant sa dette publique sous contrôle.

Une maîtrise de la dette publique est donc nécessaire pour la souveraineté et la compétitivité de la France ainsi que la stabilité de la zone euro.

Téléchargements

Envoyer cette page par email

L'adresse email du destinataire n'est pas valide
Institut Montaigne
59, rue la Boétie 75008 Paris

© Institut Montaigne 2017