AccueilExpressions par MontaigneInde : le multi-alignement à l’heure des percées stratégiques du PakistanLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne Asie03/03/2026ImprimerPARTAGERInde : le multi-alignement à l’heure des percées stratégiques du PakistanAuteur Amaia Sánchez-Cacicedo Experte Associée - Asie, Inde Auteur Anuttama Banerji Chercheuse associée à la National Maritime Foundation de New Delhi 500 %, puis 18 % : les retournements de la politique douanière américaine à l'égard de l'Inde et le retour en grâce du Pakistan auprès de l'administration Trump obligent Delhi à réfléchir à sa stratégie de multi-alignement. Comment répondre à la montée en puissance d'Islamabad ? Comment se positionner comme partenaire indispensable en matière de minerais, de contreterrorisme et de vente d'armements ? Quelles adaptations dans la politique de multi-alignement régional et, plus largement, mondial ?L’Inde est à un tournant. L'imposition par les États-Unis (US) de 50 % de droits de douane sur l'Inde en août – dont 25 % étaient punitifs et directement liés à ses importations de pétrole russe – a marqué un virage dans les relations Inde-US. Cette menace a été aggravée avec l’approbation par le président Trump d’un projet de loi qui impose 500 % de droits de douane aux pays importateurs de pétrole russe et qui touche l’Inde. Elle a soulevé un débat sur le multi-alignement indien, qui s’assimile désormais davantage à un positionnement stratégique (strategic hedging).Washington et New Delhi ont sans surprise reconnu leurs dépendances mutuelles. Un nouveau cadre provisoire a réduit les tarifs douaniers à 10 % pour l'Inde, juste derrière le Pakistan et le Bangladesh. Pourtant, ce nouvel accord a soulevé des critiques en Inde, où l’on a souligné les concessions excessives faites aux États-Unis ; le déficit de confiance sera difficile à surmonter. C'est particulièrement vrai pour le secteur agricole sensible, ainsi que pour la sécurité énergétique et des données. Certaines révisions ont été apportées par les États-Unis pour satisfaire les intérêts indiens : la mention d’un "engagement" de l'Inde à acheter 500 milliards USD (425 milliards EUR) de biens et services américains au cours des cinq prochaines années a été remplacée par celle de son "intention" à le faire. L’incertitude générale qui plane désormais sur la politique commerciale américaine, après la décision de la Cour suprême sur l'International Emergency Economic Powers Act (IEEA) qui conteste la capacité du président à imposer des droits de douane mondiaux de grande envergure sans autorisation du Congrès et la riposte de l’administration Trump, qui a imposé des droits de douane généralisés de 10 %, affecte également l’Inde.Outre ces développements entre New Delhi et Washington, des variables inattendues sont entrées dans l'équation : le réexamen de la politique de Washington vis-à-vis du Pakistan. Outre ces développements entre New Delhi et Washington, une variable inattendue est entrée dans l'équation : le réexamen de la politique de Washington vis-à-vis du Pakistan et la déclaration de guerre contre l’Iran, qui vise à la fois à changer le régime et à rendre caduque toute possibilité pour l’Iran d’acquérir de nouvelles armes nucléaires. L’Inde a exprimé sa profonde inquiétude face à la tournure des événements et sa solidarité envers ses alliés de la région. Le Premier ministre Modi a aussi condamné les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Bahreïn. De plus, la saisie par l’Inde de trois navires iraniens sous sanctions américaines, MT Stellar Ruby, Asphalt Star, et Al Jafzia, et la récente visite du Premier ministre Modi en Israël ont renforcé l’idée que l’Inde se tourne de nouveau vers les États-Unis. Une des personnalités politiques de premier plan de l’opposition a publiquement exprimé ses inquiétudes concernant la crédibilité et la cohérence de la politique étrangère indienne.Malgré l'intention de New Delhi de détacher sa politique étrangère du Pakistan, l’alliance sino-pakistanaise, combinée au récent rapprochement entre les États-Unis et le Pakistan et à la guerre en Iran réduit inévitablement la marge de manœuvre de l'Inde dans la région et vis-à-vis des États-Unis. La guerre en cours en Iran, à laquelle s’ajoutent les combats du Pakistan contre les Talibans en Afghanistan, constituent un test décisif pour la stratégie de l’Inde en Asie du sud. Il en va de même pour le Pakistan. L’escalade militaire en cours et l’aggravation des incertitudes au Moyen-Orient ne peuvent être comparées qu’à la “Guerre contre la Terreur” menée par les États-Unis dans les années 2000. À cet égard, la bonne entente entre les États-Unis et l’Inde n'a pas entraîné un éloignement des États-Unis du Pakistan. Au contraire, l'administration Trump maintient des liens étroits à la fois avec l'Inde et le Pakistan, en priorisant l'intérêt national américain.Les États-Unis réalisent que l'Inde ne peut pas être un "fournisseur net de sécurité" fiable dans la région de l'océan Indien si son attention est accaparée par l'Himalaya, le long de la Ligne de Contrôle (LoC/frontière de facto indo-pakistanaise) et de la Ligne de contrôle réel (Line of Actual Control LAC), frontière de facto sino-indienne). Aux yeux de l'administration Trump, le Pakistan a désormais gagné en poids géopolitique non seulement vis-à-vis de l'Afghanistan, mais, plus important encore, en ce qui concerne l'Iran et le Moyen-Orient au sens large.Cette dernière année, Islamabad a réussi à relancer ses partenariats stratégiques. Cette influence renouvelée va au-delà des États-Unis. Le Pakistan a en outre réussi à établir des liens de sécurité plus étroits avec l'Arabie saoudite - une puissance de premier plan dans le complexe de sécurité du Golfe - tout en continuant de recevoir un soutien militaire crucial de Pékin et de la Turquie. La résistance étonnamment robuste du Pakistan à l'Opération Sindoor de l'Inde - nommée Opération Bunyan-Ul-Marsoos - en mai 2025 illustre la montée en puissance d’Islamabad et sa prise d’indépendance sur le plan militaire.Comment l'influence régionale et mondiale renouvelée du Pakistan s'est retournée contre la stratégie de diversification de New Delhi ? Quelles sont les conséquences de la négligence indienne à l’égard de son arrière-cour, en dépit de sa politique de "Voisinage d’abord" (Neighbourhood First) ? Comment New Delhi devrait-elle réagir à la "relance de la politique étrangère" du Pakistan, qui intervint alors qu’elle repositionne sa propre politique étrangère ?Décrypter l’"année de miracles" du PakistanAprès une période d'isolement diplomatique relatif et un abîme financier, Islamabad est désormais sur une trajectoire ascendante qui gagne en extension, tant au niveau régional que mondial. La signature historique de l'Accord de Défense Mutuelle Stratégique (SMDA) entre le Premier ministre pakistanais Shahbaz Sharif et le prince héritier et Premier ministre saoudien Mohammed ben Salmane, lors d'une visite d'État à Riyad en septembre 2025, illustre ce revirement. Cela témoigne également du rôle clé du Pakistan dans l'élaboration d'une nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient orchestrée par Washington avec l'acquiescement de Riyad. Bien qu'aucun des deux acteurs ne soit susceptible de signer les Accords d'Abraham, les États-Unis les recherchent et les considèrent comme des partenaires fiables au milieu d'un contexte renouvelé au Moyen-Orient.Cet accord historique fait suite à l'ouverture stratégique du Pakistan aux États-Unis. Islamabad a offert ses ressources minérales critiques à Washington sous la forme d'un accord de 500 millions USD avec la firme US Strategic Metals pour livrer du cuivre et de l'antimoine aux États-Unis. Les gisements pakistanais sont estimés à 370 000 kilomètres carrés. Dans ce qui est qualifié de plus grand investissement étranger de l'histoire du Pakistan, la Banque Asiatique de Développement (ADB) s'est en outre engagée à contribuer jusqu'à 300 millions USD de prêts à la Reko Diq Mining Company Private Limited (RDMC). Cela implique une participation de 50 % d’une société canadienne et une garantie de crédit partielle de 110 millions USD pour couvrir la composante de fonds propres du gouvernement du Baloutchistan [participation de 25 %]. De plus, l'Export Import Bank des États-Unis (EXIM) a engagé 1,3 milliard USD pour assurer la production de cuivre et d’or à la mine de Reko Diq. Le Pakistan et l'Inde ont tous deux participé à la Réunion ministérielle inaugurale de 2026 sur les minéraux critiques, ainsi qu'au lancement du Forum sur l'Engagement Géostratégique des Ressources (FORGE).Une fois entièrement achevée, Reko Diq devrait être la cinquième plus grande mine de cuivre au monde, si l'exploitation se concrétise. Cela reste à vérifier, compte tenu de la situation sécuritaire volatile au Baloutchistan : les Chinois en ont fait les frais dans leur quête pour développer le port de Gwadar, qui fait partie du Corridor Économique Chine-Pakistan (CPEC). En mars 2025, les Chinois ont déployé trois sociétés de sécurité privées chinoises pour contrôler la supervision par l'armée pakistanaise des projets de la phase II du CPEC, craignant des attaques terroristes contre environ 30 000 ressortissants chinois stationnés là-bas. De plus, le Pakistan a également offert l'accès au port de Pasni aux États-Unis pour expédier ses minéraux critiques. Ce port se trouve près de l'Iran et pourrait augmenter considérablement l'empreinte stratégique des États-Unis dans la région.Islamabad a également porté au crédit de Trump le cessez-le-feu entre le Pakistan et l'Inde en mai 2025, louant son rôle présumé et le proposant pour le Prix Nobel de la Paix. Or, pour New-Delhi, reconnaître l'implication d'une tierce partie dans la cessation des hostilités avec le Pakistan est une ligne rouge. L'Inde a toujours maintenu que les différends entre l'Inde et le Pakistan sont de nature bilatérale et doivent être résolus entre les parties concernées, sans aucune intervention de tiers. Au contraire, Islamabad a historiquement cherché à internationaliser le conflit sur le Cachemire.Après une période d'isolement diplomatique relatif et un abîme financier, Islamabad est désormais sur une trajectoire ascendante qui gagne en extension, tant au niveau régional que mondial.Ce malaise, combiné aux deux très médiatisées invitations à la Maison Blanche du chef d'état-major de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a soulevé des doutes à New Delhi. Le président Trump est même allé jusqu'à exprimer publiquement son admiration pour des figures d’"homme fort" telles que le maréchal Munir.Certes, le soutien du Pakistan à la capture de Mohammad Sharifullah, commandant de l'affilié de l'EIIL (ISIS) dans la province du Khorasan (ISKP) et cerveau des attentats à la bombe de l'aéroport de Kaboul en 2021, a joué un rôle important aux yeux de la nouvelle administration Trump. Cela s'ajoute à la collaboration de longue date entre les États-Unis et le Pakistan dans les opérations de contre-terrorisme, qui ne s'est pas toujours bien déroulée, en particulier lors des opérations de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) dirigées à l'origine par les États-Unis en Afghanistan.Dans le cadre de ce nouveau départ, l'administration Trump a en outre autorisé la vente de technologie militaire avancée et les mises à niveau des avions de chasse F-16 du Pakistan. Elles faisaient partie d'un accord conclu en 2022 que l'administration Biden avait été réticente à finaliser. Au cours des derniers mois, le Pakistan a également proposé le déploiement d'environ 3 500 soldats dans le cadre de la Force Internationale de Stabilisation (ISF) à Gaza. La mission a été autorisée au nom du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies (ONU), qui implique l'utilisation de "toutes les mesures nécessaires" au maintien de la paix mais elle dépasse ce cadre; Le Pakistan a également rejoint le "Conseil de la Paix" en soutien aux plans du président Trump pour Gaza. Un geste aussi audacieux d'Islamabad, malgré son opposition intérieure, démontre à quel point le Pakistan tient à montrer son alignement avec les États-Unis. Cela renforce en outre l'image du Pakistan en tant qu'État à majorité musulmane à la forte crédibilité dans le monde islamique.Les attaques menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, et la riposte qui s’en est suivie dans le Golfe, ont valu aux belligérants des deux parties une condamnation officielle du président du Pakistan, Asif Ali Zardari. Compte tenu du pacte de sécurité conclu entre Islamabad et Riyad, de nouvelles frappes contre le sol saoudien pourraient mettre le Pakistan en difficulté. De plus, la nouvelle de la mort de l’Ayatollah Ali Khamenei a déclenché des manifestations dans les rues du pays. Quelles seront les suites de ces événements pour les relations entre les deux pays ? Les prochains mois nous l’apprendront.Le Pakistan s'est également positionné comme un exportateur d'armes de premier plan au cours des derniers mois. Il a remporté sur ses 17 concurrents un accord pour vendre le JF-17 Thunder, un avion de combat polyvalent au Bangladesh. C’est un gain d’autant plus stratégique que la vente de fournitures militaires crée des dépendances à long terme et une influence durable. La concurrence est de plus en plus féroce parmi les fournisseurs d'armes aux États de la zone Océan Pacifique. Les données du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) sur les transferts d'armes montrent une forte concurrence entre la Chine, l'Inde et les États-Unis pour rester parmi les cinq premiers fournisseurs. Au cours de la période 2018-2023, la Chine était le fournisseur numéro un du Pakistan et de la Thaïlande ; l'Inde était le principal fournisseur des Maldives tandis que les États-Unis étaient les premiers fournisseurs de l'Indonésie, du Sri Lanka et des Émirats arabes unis. Comme le montrent les exportations indiennes de missile BrahMos, de patrouilleurs hauturiers (OPV) et d'autres équipements militaires, l’Inde reste un producteur et exportateur d'armes et de technologie militaire.La réponse de New Delhi à la politique étrangère renouvelée du PakistanPour répondre à l'influence pakistanaise renouvelée et croissante, à la fois d'un point de vue sécuritaire et géo-économique, l’Inde met plusieurs moyens en œuvre dans deux triangles stratégiques : le triangle États-Unis-Inde-Pakistan et le triangle Chine-Inde-Pakistan.En ce qui concerne les développements liés à la sécurité entre les États-Unis, l'Inde et le Pakistan, l'administration Trump semble encline à un engagement plus fort avec les deux acteurs comme moyen de garantir la stabilité en Asie du Sud. Les efforts renouvelés pour fournir une technologie militaire et des équipements mis à jour au Pakistan se sont accompagnés d'une pression supplémentaire sur New Delhi pour qu'elle augmente ses achats d'armes américaines. L'Inde a tenté de se conformer aux exigences américaines et a diversifié ses exportations d'armes ces dernières années, bien qu'elle dépende traditionnellement des armes et technologies russes telles que le système de défense S-400. C’est une gageure, étant donné que l'Inde se classe au 2e rang sur la liste des importateurs d'armes du SIPRI, juste derrière l'Ukraine pour 2020-2024. Ses principaux fournisseurs d'armes étaient la Russie (36 %), la France (33 %) et Israël (13 %) au cours de cette période.Néanmoins, les États-Unis et l'Inde ont renouvelé leur "Cadre pour le Partenariat de Défense Majeur US-Inde" pour dix années supplémentaires en octobre 2025. Cela a de fortes implications stratégiques en matière de coordination, de partage de renseignements et de collaboration technologique entre les deux partenaires. Cet approfondissement du partenariat concerne différents secteurs tels que la production industrielle de défense, l'énergie ainsi que la coopération maritime et navale.L'Inde s'est récemment engagée à acheter des projectiles Excalibur et des systèmes de missiles Javelin aux États-Unis via des ventes militaires étrangères (FMS). De plus, sur le front naval, l'Inde a également montré son intention d'acheter le logiciel SeaVision américain et d'autres équipements de formation connexes pour 131 millions de dollars supplémentaires afin de faire progresser ses capacités de Connaissance du Domaine Maritime (MDA) dans la région de l’Océan indien. L’Inde s’était déjà empressée d’acheter des drones MQ-9B ainsi que l'avion Poseidon 8 (Inde) pour améliorer les capacités indiennes de Renseignement, Surveillance et Reconnaissance (ISR) dans la région.La Marine indienne cherche à réaffirmer qu'elle est toujours le "fournisseur net de sécurité" et le "partenaire de sécurité préféré" de l’Océan indien, ce à quoi les acteurs extra-régionaux ont souscrit, pour la plupart.La Marine indienne cherche à réaffirmer qu'elle est toujours le "fournisseur net de sécurité" et le "partenaire de sécurité préféré" de l’Océan indien, ce à quoi les acteurs extra-régionaux ont souscrit, pour la plupart. L'adhésion complète de l'Inde aux Forces maritimes combinées (CMF) et sa direction inaugurale de la Force opérationnelle maritime combinée 154 au Moyen-Orient en témoignent. Les deux parties essaient également d'augmenter leur partenariat de sécurité dans la région en travaillant avec des partenaires régionaux tels que les Maldives et le Sri Lanka.Un investissement accru dans l'amélioration de la Connaissance du Domaine Maritime (MDA) semble être un domaine de coopération évident, tant au niveau bilatéral que minilatéral, par le biais d'initiatives telles que le QUAD. Dans ce qui constitue une première, l'Inde a récemment saisi trois pétroliers sanctionnés par les États-Unis au large de Mumbai, prétendument liés à la flotte fantôme de l'Iran.Enfin, les deux parties sont également convenues de co-développer des infrastructures sous-marines critiques dans le cadre de l'initiative TRUST. L'Inde et les États-Unis collaborent également à la protection des câbles sous-marins, faisant ainsi progresser la portée de la relation, de la "mer aux étoiles". Les deux partenaires ont lancé l'Indian Ocean Strategic Venture pour favoriser des investissements en faveur de leur connectivité économique et commerciale. Cela comprend l'annonce par Meta d'un investissement de plusieurs milliards de dollars sur plusieurs années dans un projet de câble sous-marin qui doit relier cinq continents et renforcer les autoroutes numériques mondiales dans la région et au-delà.L'Inde et les États-Unis ont également opérationnalisé leur partenariat énergétique stratégique, qui avait initialement permis aux deux parties de coopérer sur une opération et une maintenance des réserves stratégiques de pétrole, y compris concernant l'échange d'informations et de bonnes pratiques. À cet égard, les entreprises du secteur public (PSU) indiennes ont récemment conclu un contrat structuré d'un an pour importer environ 2,2 MTPA de gaz de pétrole liquéfié (GPL) de la côte américaine du Golfe. Les États-Unis ont également accepté de soutenir l'adhésion de l'Inde à l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), donnant un coup de pouce au partenariat énergétique.Par conséquent, la coopération en cours en matière de défense, de sécurité et d'énergie entre Washington et New Delhi rend le récent rapprochement de Washington avec le Pakistan d'autant plus surprenant. Une amélioration de plusieurs décennies du partenariat stratégique US-Inde a produit des résultats cruciaux pour New Delhi. Outre le pacte de défense renouvelé, des accords de défense fondamentaux cruciaux ont été signés et l'Inde a été désignée comme "Partenaire de Défense Majeur" par Washington en 2016. De plus, l'Inde est devenue le troisième pays asiatique, après le Japon et la Corée du Sud, à recevoir le statut d'Autorisation de Commerce Stratégique (STA-I) des États-Unis, ce qui lui a permis de recevoir des produits de haute technologie. L'Accord de Passation de Marchés de Défense Réciproque US-Inde n'a toujours pas été finalisé en raison des défis réglementaires liés à la réglementation sur le trafic international d'armes (ITAR) et au Comité sur l'investissement étranger aux États-Unis (CFIUS). Néanmoins, suite à la récente intervention américaine au Venezuela, l'Inde a choisi la retenue stratégique: elle a seulement "exprimé son inquiétude". Cela montre que lorsqu'il s'agit de sécurité, un lien stratégique demeure entre l'Inde et les États-Unis.Des progrès substantiels ont également été réalisés dans les initiatives stratégiques conjointes liées aux technologies critiques et émergentes (CET) comme l'illustre le lancement de l'Initiative sur les technologies critiques et émergentes (ICET) à partir de 2022, qui a été remplacée par l'initiative US-Inde Transformer la Relation en Utilisant la Technologie Stratégique (TRUST) annoncée lors de la visite du Premier ministre Modi aux États-Unis en février 2025. Cela s'est produit peu après l'entrée en fonction de la deuxième administration Trump. Le désir de faire progresser l'interopérabilité dans des domaines cruciaux à double usage semble perdurer. Dans l'espace, par exemple, l'Inde et les États-Unis ont approfondi leur coopération ces dernières années grâce à la formulation du Dialogue US-Inde sur les Domaines de Défense Avancés, une initiative de niche qui promeut l'utilisation sûre, stable et responsable de ces technologies.L'Inde était déjà devenue membre des Accords d'Artémis, un groupement dirigé par les États-Unis promouvant la coopération spatiale civile, dès 2023. Avant cela, elle avait signé un Accord de Connaissance de la Situation Spatiale en 2022 qui lui permet de partager des informations concernant les débris spatiaux et autres menaces spatiales avec les États-Unis. Dans ce cadre, l'Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO) a récemment lancé un satellite américain de nouvelle génération Blue-bird Black-2 à bord de son véhicule le plus lourd LVM3-M6 depuis l'Andhra Pradesh. Cela s'est produit à la suite du lancement du Radar à Synthèse d'Ouverture NASA-ISRO (NISAR) dirigé conjointement par l'Inde et les États-Unis pour étudier les caractéristiques du relief géographique de la Terre.En termes de géo-économie États-Unis-Inde-Pakistan, les États-Unis approfondissent leurs liens avec le Pakistan tout en sachant parfaitement à quel point Islamabad est proche de Pékin.En termes de géo-économie États-Unis-Inde-Pakistan, les États-Unis approfondissent leurs liens avec le Pakistan tout en sachant parfaitement à quel point Islamabad est proche de Pékin. Certains affirment qu'il s'agit d'un développement bienvenu pour parvenir à la stabilité en Asie du Sud, car le Pakistan ne souhaite pas être mis face à l’alternative binaire d’un choix entre la Chine et les États-Unis.Alors que personne n’ignore le soutien militaire de la Chine au Pakistan - plus de 80 % de ses fournitures d'armes au cours de la période 2020-2024 provenaient de la Chine -, cela n'a pas entravé la poursuite de l'aide financière des États-Unis et du Fonds Monétaire International (FMI). Pendant ce temps, le Pakistan s'est donné beaucoup de mal pour rassurer Washington sur le fait que son port en eau profonde à Gwadar, envisagé comme débouché du CPEC sur le monde, n'était pas destiné à devenir un port à double usage. La Chine a également veillé à ne pas contraindre Islamabad de choisir entre Pékin et Washington.Du point de vue indien, New Delhi compte toujours sur son statut de partenaire le plus fiable pour les acteurs extra-régionaux dans la lutte contre l'influence économique chinoise croissante à travers l'Indo-Pacifique. L'Inde s'est positionnée comme une puissance montante cruciale dans l'Indo-Pacifique qui aspire à devenir à la fois une économie développée d'ici 2047 et une puissance de premier plan. Son dividende démographique, sa situation géographique centrale dans la région pacifique et sa forte dépendance au commerce maritime - plus de 90 % en volume - ont certainement aidé l'Inde à cultiver un large éventail de partenariats stratégiques basés sur les intérêts partagés.Ceux-ci ont permis à New Delhi de s'engager dans de nombreuses initiatives de sécurité et de connectivité telles que le QUAD, le Corridor Économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) ou l'initiative Inde-Israël-US-EAU (I2U2). Ces partenariats illustrent en outre les gains significatifs de l'Inde au Moyen-Orient ces dernières années, en particulier vis-à-vis des pays du Golfe. L’ambition américaine d'amener tous les acteurs de l'I2U2 à soutenir les Accords d'Abraham a néanmoins été contre-productive. De plus, l'Inde n'a pas encore rejoint le "Conseil de la Paix". L'IMEC, pour sa part, reste latent depuis le déclenchement de la guerre à Gaza après octobre 2023, bien que sa branche orientale - des EAU à l'Inde - puisse probablement mener à sa revitalisation.New Delhi reste déterminée à augmenter ses investissements régionaux dans les infrastructures maritimes critiques, ainsi qu'à s'engager dans des exercices pour élargir la sécurité maritime dans la région. C’est conforme à sa politique maritime MAHASAGAR, et cela permet une mise à niveau de la politique maritime antérieure SAGAR. L'Inde mène régulièrement l'Exercice Malabar en conjonction avec les États-Unis, le Japon et l'Australie ainsi que l'exercice multinational phare Milan pour démontrer sa puissance navale croissante. L'Inde est donc bien en avance sur le Pakistan, malgré les percées d'Islamabad dans la réorchestration de l'architecture de sécurité au Moyen-Orient dirigée par les États-Unis. Le Pakistan mène également ses propres exercices navals multilatéraux, tels que l'Exercice Aman, qui bénéficie de la participation d'États régionaux (tels que l'Arabie saoudite), ainsi que de la Chine et de la Turquie et est un membre permanent du CMF (Combined Maritime Forces) tout comme l'Inde. Il a en outre mené des exercices navals combinés et des exercices de contre-terrorisme avec la Russie, approfondissant ainsi la coopération militaire.Alors que la friction commerciale a été un paramètre relativement constant dans les relations commerciales entre États-Unis et Inde, les États-Unis sont restés le plus grand partenaire commercial global de l'Inde depuis 2021-2022, avec un commerce bilatéral s'élevant à 132,2 milliards USD au cours de l'exercice 2024-2025. Les États-Unis sont également devenus une source principale d'Investissement Direct Étranger (IDE) sur les marchés indiens ces dernières années. De plus, l'Inde a récemment été invitée à faire partie de l'initiative Pax Silica dirigée par les États-Unis, qui vise à réduire les dépendances coercitives et à sécuriser les chaînes d'approvisionnement mondiales en technologies et en IA parmi un groupe de partenaires de confiance. Fait intéressant, l'Inde a été invitée à devenir membre de cette initiative après que la précédente administration Biden l'ait considérée comme un pays de niveau 2 dans le cadre du "Cadre pour la Diffusion de l'IA", une initiative visant à établir des contrôles à l'exportation sur l'IA. L'Inde cherche à obtenir un siège à la table des dirigeants du numérique et de la technologie, consciente de l'importance de garantir l'accès aux minéraux critiques et aux terres rares pour son développement technologique et son complexe industriel d'énergie propre. Elle est aussi membre du Partenariat pour la Sécurité des Minéraux (MSP), dirigé à l'origine par les États-Unis, converti en FORGE.En ce qui concerne le triangle de sécurité stratégique Chine-Inde-Pakistan, la réponse militaire robuste du Pakistan à l'Opération Sindoor de l'Inde a introduit une couche de complexité supplémentaire pour New Delhi en ce qui concerne la production industrielle de défense. Cela démontre l'approfondissement de la coopération militaire entre la Chine et le Pakistan et souligne l'interopérabilité entre les deux, combinée aux capacités militaires pakistanaises nationales croissantes, nuisibles aux intérêts indiens à long terme. Les craintes de l'Inde concernant la "Menace sur Deux Fronts" sont devenues plus palpables après le conflit armé de mai 2025. Alors que Pékin veut que l'Inde se résigne à l'idée d'une Asie du Sud dirigée par la Chine, celle-ci s’y refuse car elle a traditionnellement considéré la région comme la sienne. Les États-Unis soutiennent également une présence indienne prévalente dans la zone de l’Océan indien.Alors que Pékin veut que l'Inde se résigne à l'idée d'une Asie du Sud dirigée par la Chine, celle-ci s’y refuse car elle a traditionnellement considéré la région comme la sienne.En termes de géo-économie le long du triangle Chine-Inde-Pakistan, si le CPEC est finalisé et mis en œuvre avec succès, une forte influence chinoise sur deux ports pakistanais cruciaux - Gwadar et Karachi - fournira à Pékin une porte d'entrée régionale. Cela permettrait également à Pékin de contourner le "dilemme de Malacca" redouté - une vulnérabilité stratégique qui pourrait sérieusement limiter la capacité de la Chine à accéder aux ressources énergétiques critiques en cas de conflit naval.La question de savoir si Gwadar deviendra un port à double usage perdure. Cela réaliserait la pire prophétie de New Delhi, à savoir un "point d'appui stratégique" supplémentaire pour faire progresser la stratégie des "Cordons de Perles" de Pékin visant à encercler l'Inde. Un autre sujet d'inquiétude est le fait que New Delhi envisagerait maintenant de se retirer du port de Chabahar en raison des menaces répétées de Trump concernant l'augmentation des tarifs douaniers et la révocation d'une exemption antérieure qui permettait à l'Inde de contribuer à sa construction. Cela entraînerait un autre revers pour l'accès de l'Inde à l'Asie centrale via l'Afghanistan et à l'Eurasie via le Corridor International de Transport Nord-Sud (INSTC) qui se termine à Moscou. Alternativement, l'Inde pourrait choisir de s'appuyer sur le Corridor Maritime Oriental Chennai-Vladivostok pour transporter des conteneurs vers la Russie.New Delhi en quête de recalibrageLe Pakistan cherche à se positionner comme un partenaire fiable aux yeux des États-Unis et de la Chine, ainsi que vis-à-vis des acteurs clés du Moyen-Orient. Islamabad a réalisé que se conformer aux principes d'un ordre dirigé par les États-Unis, même s'il est de plus en plus transactionnel, lui assurera un parapluie géopolitique et géo-économique nécessaire.L'Inde, pour sa part, considère la présence américaine dans la région préférable à celle de la Chine, malgré son aversion pour l'ingérence extérieure dans son arrière-cour. New Delhi juge que Pékin a l'intention de devenir un hégémon bienveillant dans sa sphère d'influence - ce qui est accrédité par le protocole d'accord de l'Initiative la Ceinture et la Route (BRI) signé par tous ses voisins avec la Chine, à l'exception du Bhoutan. L'influence géopolitique et géo-économique croissante de Pékin dans la région de l’Océan indien a en outre poussé les États riverains et les petits États insulaires vers une "bascule" alors qu'ils naviguaient entre les deux puissances. C’est une source d'instabilité régionale pour New Delhi, susceptible d’entraver son développement économique.New Delhi ne s'attend pas non plus à ce que les États-Unis prennent son parti en cas de conflit avec le Pakistan et a intégré que le partenariat sino-pakistanais était là pour le long terme. Toutefois, l’engagement des États-Unis avec le Pakistan pourrait devenir profitable à l'Inde s'il permet de contenir indirectement la sphère d'influence croissante de Pékin ainsi que le programme nucléaire d'Islamabad. N'oublions pas que le Pakistan est un allié majeur Non-OTAN (MNNA) tel que désigné par le président George W. Bush en 2004. Cela justifie inévitablement les "freins et contrepoids" américains dans l'océan Indien.Washington érige en priorité la menace terroriste djihadiste dans la région. Il en va de même pour New Delhi. À cet égard, les intérêts indiens et américains s'alignent, même si le prix à payer est un rapprochement des États-Unis avec le Pakistan plus fort. Le risque principal, cependant, est que Washington utilise le risque terroriste comme un levier pour contraindre New Delhi à accepter des conditions commerciales ou géo-économiques qui lui sont préjudiciables, par exemple concernant les importations liées à l'énergie, à la technologie ou à l'armée.Dans de telles circonstances, il est peu probable que la politique étrangère de l'Inde s'éloigne du multi-alignement. New Delhi est également susceptible de tirer parti de ses partenariats régionaux clefs, comme avec les EAU, l'Arabie saoudite, Bahreïn et même l'Iran, pour éviter qu'ils ne se rangent du côté du Pakistan en cas de conflit ; Islamabad bénéficie d’une garantie de soutien militaire de la Chine et de la Turquie et Israël reste un fournisseur militaire fidèle pour New Delhi, en particulier en ce qui concerne la guerre hybride. L'Inde a en outre construit un partenariat solide avec l'Arabie saoudite et pourrait signer un accord de soutien logistique avec le Royaume, similaire à ce que l'Inde partage avec le QUAD, la France et le Royaume-Uni. Cette stratégie de diversification continue d'assurer à New Delhi un éventail plus large d'opportunités contre une incertitude mondiale accrue et en phase avec son aspiration à devenir une puissance de premier plan.L’engagement des États-Unis avec le Pakistan pourrait devenir profitable à l'Inde s'il permet de contenir indirectement la sphère d'influence croissante de Pékin ainsi que le programme nucléaire d'Islamabad.Les partenaires européens sont particulièrement désireux de combler le vide laissé par les États-Unis et d'approfondir leurs échanges commerciaux, leur défense et leur engagement stratégique global avec l'Inde. Aux yeux des Européens, New Delhi reste l'un des contrepoids les plus fiables à la Chine à travers l'Indo-Pacifique. La récente finalisation d'un Accord de Libre-Échange (ALE) Union Européenne-Inde en combinaison avec le lancement d'un Partenariat de Sécurité et de Défense est éloquente en soi. Des progrès considérables peuvent être réalisés dans la relation de sécurité suite à la signature d'un Accord de Sécurité de l'Information (SoIA) entre l'UE et l'Inde. Cela peut éventuellement ouvrir la porte du complexe militaro-industriel européen à l'approvisionnement conjoint et à la coopération technologique à double usage. New Delhi est également consciente qu’il y a des gains à attendre de certaines relations bilatérales avec différents États membres de l'UE dans des domaines spécifiques (la sécurité avec les Français, le commerce avec les Allemands, les questions maritimes avec les Européens du Sud ou l'énergie propre avec les Scandinaves)/Malgré un travail phénoménal pour diversifier et approfondir ses partenariats régionaux et au-delà, l'Inde doit faire plus pour éviter les ingérences extérieures indésirables dans son arrière-cour. Le Mécanisme Trilatéral Bangladesh-Chine-Pakistan récemment créé le rappelle. La triangulation entre l'Inde, ses partenaires occidentaux/asiatiques et ses voisins d'arrière-cour est la voie optimale à suivre.Copyright Jim WATSON / AFP Donald Trump et Narendra Modi à la Maison Blanche le 13 février 2025.ImprimerPARTAGERcontenus associés à la uneFévrier 2025[Scénarios] Inde : nouveaux défis Alors que la croissance économique indienne a atteint 8,4 % au dernier trimestre 2023, la relation économique Europe-Inde peine à tenir les promesses qu’elle suscite. Comment la France et l’Europe peuvent-elles tirer pleinement parti du "moment indien" que le 21e siècle est en train de vivre ?Consultez la Note d'éclairage 11/02/2026 Accord commercial UE-Inde : et après ? Du libre-échange à la défense et au ... Amaia Sánchez-Cacicedo