Bien entendu, aucun de ces "assouplissements" ne permet de faire travailler davantage les salariés sans accroître leur rémunération. Et c’est là que le bât blesse. En réalité, certains employeurs, notamment dans les TPE, souhaiteraient faire travailler davantage leurs salariés sans les payer davantage, ou du moins, pas à due proportion. J’en veux pour preuve que les allégements de charge très puissants mis en place sous le quinquennat Sarkozy et qui permettaient de neutraliser largement pour les employeurs le surcoût lié aux majorations pour heures supplémentaires n’ont pas permis d’accroître le nombre d’heures supplémentaires, car les employeurs n’étaient tout simplement pas demandeurs ! Bref, le vrai sujet aujourd’hui n’est plus d’"assouplir les 35 heures", mais plutôt de savoir si l’on s’engage dans la diminution du salaire horaire, notamment du SMIC. Je doute fort qu’il soit politiquement praticable de s’engager dans cette voie… Mais, en tout cas, c’est dans ces termes que le débat doit être posé aujourd’hui, faute de quoi nous tournons en rond.
Supprimer un jour férié, est-ce une bonne idée ?
La France a un jour férié de plus que la moyenne européenne : 11 jours fériés contre 10 en Allemagne, 7 au Royaume – Uni, 11 en Suède et 12 en Italie… Il est certain que l’accumulation de ces jours au mois de mai est fâcheuse, car elle désorganise quelque peu la production et qu’en supprimer un aurait du sens.
Mais personne n’imagine qu’une telle mesure ait un impact macro-économique notable, et je ne suis pas sûr qu’il faille mettre le pays sens dessus-dessous pour cela… ! Et puis, surtout, il faudrait dans ce cas éviter que la suppression de ce jour férié serve de prétexte à créer une taxe supplémentaire pour prélever le supplément de valeur ajoutée ainsi créée. Autrement dit, ne pas recommencer ce qui a été fait en 2004 avec la vraie-fausse suppression du lundi de Pentecôte comme jour férié et la vraie (!) création d’une "contribution de solidarité" pesant sur les salaires.
Comment sortir par le haut de cette polémique sur les "35 heures" ?
Il faudrait déjà arrêter de poser la question de la durée du travail dans les mêmes termes que dans les années 1960, l’époque de la civilisation de l’usine, avec ses pointeuses, son travail homogène et ses ouvriers interchangeables et usés à 50 ans !
Avec les nouvelles formes d’organisation productive, les nouvelles technologies et l’émergence d’une véritable société de la connaissance (où, la question de l’adaptation et du développement des compétences est un enjeu de survie professionnelle pour de plus en plus de salariés et d’entreprises), la question du temps de travail doit être posée autrement.
En fait, nous allons de plus en plus avoir à traiter de zones grises entre le travail effectif (en présentiel, sous l’autorité du chef) et le non-travail. On pense évidemment à l’épineuse question des temps de déconnections en dehors du temps et du lieu de travail. On pourrait également reposer la question du travail à domicile durant certains types d’arrêts-maladie ou d’ailleurs des abus de ces arrêts-maladie. Le télétravail fait, d’une certaine manière, partie du sujet : s’il est évidemment du temps de travail effectif, il comporte des zones grises (pas de pointeuse, pas de surveillance, possibilité de s’absenter pour aller chercher ses enfants à l’école…).
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