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Stockage de l'énergie : l’Europe parvient-elle à garder le rythme ?

Échanges avec Florence Lambert

INTERVIEW - 13 Novembre 2018

La Secrétaire d’Etat à la transition écologique, Emmanuelle Wargon, a récemment annoncé que le gouvernement remettrait sa copie de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) courant novembre. Les innovations et la baisse du coût de stockage ont ouvert de nouvelles perspectives pour le stockage des énergies renouvelables, caractérisées par leur intermittence. Qu’attendre de cette technologie ? Florence Lambert, directrice du CEA Liten, répond à nos questions.

Qu’attendre de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui devrait intervenir dans les prochains jours ?

La révision de la PPE par rapport à la vision directement issue de la loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTECV) doit être cohérente avec le constat que l’urgence climatique prend un poids croissant, comme en témoigne entre autres les dernières évaluations menées par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Dans ce contexte, un renforcement dans le sens "économie bas carbone" de la stratégie de l’Etat semble indispensable.

Si la consommation d’énergie globale baisse, la consommation électrique sera probablement soutenue par les besoins du transport.

En ce qui concerne la seule problématique de l’énergie, cela implique l’arrêt rapide et définitif des centrales utilisant l’énergie fossile. Par ailleurs, le mix français étant déjà l’un des plus décarbonés, le transport, fortement consommateur d’énergie fossile, est le prochain point dur. Le déploiement massif de son électrification devient une nécessité.

Si la consommation d’énergie globale baisse, la consommation électrique sera probablement soutenue par les besoins du transport ainsi que par les besoins croissants issus du numérique. L’avenir pourrait être marqué par un poids croissant de l’électricité dans la consommation globale et, de fait, la PPE devrait orienter la production vers un mix renouvelable/nucléaire dans des proportions respectant celles établies dans la LTECV.

Les progrès techniques et la baisse du coût de stockage de l’électricité ouvrent de nouvelles perspectives pour stocker l’énergie renouvelable, intermittente par nature. Quelles seront les conséquences de ces progrès pour les entreprises, les citoyens ou les collectivités ?

La croissance du marché du véhicule électrique et l’émergence des giga factories permettent d’anticiper une baisse du coût du stockage batterie. La barre des 100 dollars/kWh devrait être franchie en 2025 (aujourd’hui 200 dollars) et il est vrai que cela changera la donne à terme en donnant de la flexibilité au réseau. Pour autant, les mettre en œuvre avant d’avoir épuisé les ressources des autres solutions de flexibilité (entre autres, celle de l’effacement qu’utilisent déjà les industries électro-intensives) n’a pas de sens économique. Les énergéticiens considèrent que le stockage ne deviendra nécessaire qu’au-delà de 30 à 40 % d’insertion d’énergies renouvelables intermittentes. Dans les faits, la baisse du coût des batteries dues à l’électrification du transport pourrait converger avec l’augmentation du taux d’EnR (Enrichissement and reprocessing, techniques de production d’énergie dont la mise en œuvre n’entraîne pas l’épuisement de la ressource initiale) et fournir une solution économiquement soutenable pour la deuxième partie de la prochaine décennie. Il est aussi envisageable de réaliser le couplage des batteries de véhicule électrique au réseau, soit sous forme unidirectionnelle de smart charging sur signal tarifaire, ou sous forme bidirectionnelle de soutien au réseau. Dans ce cas en particulier, les consommateurs (au sens large du terme) deviendront des acteurs effectifs du système électrique. En cela, le stockage ne fera qu’étendre le fait déjà actuel que le consommateur, à travers le numérique, peut mieux maîtriser sa consommation.

Où en est l’Union européenne dans la course à la technologie de stockage d’énergie ? Que peut-elle faire pour concurrencer les géants chinois et américains ?

La crainte aujourd’hui est de voir se reproduire dans le domaine des batteries ce qui s’est produit dans le domaine photovoltaïque. Les choses sont différentes car le marché driver du stockage est le transport et l’Europe est très présente sur ce secteur avec un poids voisin que ceux des chinois et américains.

Les constructeurs automobiles figurent parmi les plus gros employeurs européens et sont des interlocuteurs majeurs des Etats. La question est de savoir si à l’instar de Tesla, ils s’orienteront vers une intégration verticale ou s’ils sourceront leur batteries auprès d’acteurs asiatiques.

La crainte aujourd’hui est de voir se reproduire dans le domaine des batteries ce qui s’est produit dans le domaine photovoltaïque.

Pour l’instant, les deux modèles existent. Par ailleurs, les acteurs asiatiques comme LG et Samsung viennent s’installer en Europe pour être plus près de leurs clients. Enfin, il existe au niveau de la Commission européenne la volonté forte du Président Maroš Šefčovič pour un Airbus des batteries (10 à 20 Giga factories).

Des industriels européens de forte taille sont déjà actifs, comme Umicore, qui a un projet de construction d’usine en Pologne, Solvay, qui va augmenter la production de son usine française et bien sûr SAFT, qui associé avec Solvay a un projet de 1 GWh.

 

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