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Ségur de la Santé : les patients d’abord

BLOG - 27 Mai 2020

À l’heure où les pouvoirs publics se penchent au chevet de l’hôpital pour préparer un plan d’action dès cet été, nous appelons de nos vœux à une réflexion large pour repenser notre système de santé autour de trois piliers : les patients comme boussole de la réflexion, la sortie des corporatismes et des silos, et la nécessaire transformation digitale du système de santé.

Le discours de Mulhouse d’Emmanuel Macron a donné aux acteurs du monde de la santé des raisons d’espérer. Si certains y ont entendu l’annonce d’un énième plan pour l’hôpital public, d’autres y ont vu une occasion de penser enfin la réforme systémique dont notre système de santé a tant besoin. Les conséquences de la crise sanitaire que nous traversons vont durablement bouleverser le fonctionnement de notre système de santé, même en l’absence d’une seconde vague. Cette crise a été un révélateur des faiblesses comme des forces d’une organisation des soins souvent critiquée pour son hospitalo-centrisme, sa bureaucratie excessive mais aussi saluée pour la qualité de sa médecine et l’engagement de ses soignants.

Les besoins des patients doivent guider la réflexion

Penser uniquement la réforme du système de santé par le prisme de l’hôpital public constituerait une grave erreur. C’est tout un système qui est à repenser, au cœur duquel les besoins des patients - et non des institutions - doivent guider la réforme. À titre d’exemple, la mise à distance au début de la pandémie des patients non Covid, notamment des patients atteints de maladies chroniques, a eu et aura des conséquences sanitaires graves. La faiblesse de la réflexion sur la médecine de ville et le réflexe du "tout hôpital" s’est fait au détriment de nombreux patients dont les soins ont été interrompus, soit par crainte desdits patients de se rendre chez leur médecin, soit du fait des injonctions faites aux professionnels de santé de concentrer tous leurs efforts sur la pandémie.

C’est tout un système qui est à repenser, au cœur duquel les besoins des patients - et non des institutions - doivent guider la réforme.

La communication parfois trouble autour des masques ou des tests tout comme le manque d’information sur la situation vécue par nos aînés dans les EHPAD ont également montré notre difficulté à mettre les patients au cœur du système. Autre exemple de cet impensé, l’absence de représentants des patients au sein du conseil scientifique mis en place pour accompagner la décision gouvernementale pendant la pandémie. À croire que la démocratie en santé, elle aussi, a été balayée par le confinement.

Sortir des corporatismes et des silos

Notre système de santé est encore trop souvent pensé autour de l’hôpital public. Une réforme de l’hôpital est bien entendue nécessaire pour revaloriser les salaires des personnels et redonner du sens en sortant d’une logique budgétaire et d’une tarification entièrement tournée autour de l’activité (T2A), pour valoriser la qualité, simplifier les statuts et l’organisation des missions de l’hôpital. Mais ce que cette crise a surtout révélé, c’est l’immense réactivité de toute une filière à réagir et à se mobiliser. Hôpitaux publics comme privés, médecine de ville, start-up, industriels, associations : les acteurs du monde de la santé ont montré avec force l’importance des alliances et de l’intelligence collective pour lutter contre la crise. La réflexion du Ségur de la santé doit porter sur cet écosystème d’alliances et sortir des logiques corporatistes qui opposent monde libéral et monde public, médecine de ville et hôpital, établissements de soins et monde du médico-social.

Ces logiques délétères qui se cristallisent chaque année au moment des discussions autour du projet de loi de financement de la sécurité sociale empêchent de penser un système co-construit avec tous les acteurs s’appuyant sur les patients et leurs besoins.

Faire le pari de l’innovation et du digital

Ce que cette crise a surtout révélé, c’est l’immense réactivité de toute une filière à réagir et à se mobiliser.

L’explosion de la télémédecine pendant la crise grâce à un déverrouillage des contraintes réglementaires qui entouraient cette pratique a montré que les professionnels comme les patients étaient prêts à s’emparer des nouvelles technologies. Cette transformation digitale d’une partie des parcours de soins devrait s’accompagner d’une digitalisation de l’ensemble du système de santé. Les exemples internationaux ont montré que la maîtrise des outils de pilotage par la donnée constituait un atout inestimable pour contrôler la diffusion de l’épidémie et gagner en agilité. Les données de santé, qu’elles proviennent des bases médico-administratives, de la génomique, de la recherche, des objets connectés ou des applications mobiles, constituent un bien collectif et doivent être mises au service du pilotage et de la réforme de notre système dans le respect des libertés individuelles de chacun. Ces données sont précieuses en cas d’épidémie, mais également en temps "normal" pour comprendre où sont les besoins, améliorer la qualité des soins, comprendre les attentes des patients comme des professionnels, définir des politiques de prévention ciblées ou encore favoriser les parcours coordonnés. Ces données sont encore trop peu utilisées, pour des raisons à la fois réglementaires, culturelles et techniques. Le numérique fait aujourd’hui l’objet d’une feuille de route ambitieuse qui repositionne l’État dans sa mission régalienne. Le Ségur de la santé doit s’inscrire dans cette réflexion et ne pas faire l’impasse sur la nécessaire digitalisation de notre système de santé au service des patients, à l’hôpital mais également en ville et dans le monde médico-social.

 

Copyright : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

 

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