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Rénover les bâtiments, une priorité du plan de relance ?

BLOG - 30 Septembre 2020

Le secteur du bâtiment représente 43 % de la consommation d’énergie finale en France et près d'un quart des émissions de gaz à effet de serre, en faisant le deuxième secteur le plus émetteur. La rénovation énergétique du parc immobilier existant est vite apparue aux autorités comme une solution majeure et nécessaire mais les résultats sont aujourd'hui peu satisfaisants. Le gouvernement semble vouloir en faire une priorité, au vu des annonces récentes faites dans le cadre du plan de relance. Qu’en est-il réellement ? Quels efforts restent encore à fournir ? Romain Bordier, rapporteur du rapport Rénovation énergétique : chantier accessible à tous de l’Institut Montaigne, répond à nos questions.

Quelle place le plan de relance accorde-t-il à la rénovation énergétique des bâtiments ? En quoi ces annonces sont-elles bienvenues ?

Le plan de relance fait la part belle à la rénovation énergétique des bâtiments. Avec 6,7 milliards d’euros mobilisés sur deux ans, c’est un effort totalement inédit auquel l’État consent et un doublement des aides financières.

Ce qui est également intéressant, c’est que ce n’est pas seulement l’État qui investit sur la rénovation énergétique via ce plan de relance mais également l’ensemble des épargnants français puisque la Caisse des Dépôts et Consignations (Banque des Territoires) va financer, par des prêts, la rénovation du parc de logements sociaux et de bâtiments publics. C’est une façon très astucieuse de mobiliser "l'épargne du confinement" placée sur les livrets A sans que cela ne coûte rien au contribuable.

Le bâtiment représente 43 % de la consommation d’énergie finale en France.

Comme rappelé dans le rapport rédigé par le groupe de travail de l’Institut Montaigne, le bâtiment représente 43 % de la consommation d’énergie finale en France. Il compte pour près du quart des émissions de GES, derrière les transports mais devant l’agriculture, l’industrie et la production d'électricité. Il est impératif d’agir sur ce secteur pour réussir la transition énergétique et atteindre nos objectifs de neutralité carbone en 2050.

Et surtout, la rénovation des bâtiments est un sujet qui fait l’objet d’un consensus politique assez rare, en particulier dans cette période post-confinement marquée par un désir d’améliorer son logement. C’est donc le bon moment pour accélérer.

Le plan de relance ne prévoit de financer ces mesures que sur une période de deux ans. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et dans quelle mesure des efforts restent encore à faire dans le domaine de l'efficacité énergétique des bâtiments (rénovation des bâtiments de l'État...) ?

En réalité, c’est un retour à la normale pour certains dispositifs : MaPrimeRenov (anciennement Crédit d’Impôt à la Transition Énergétique) qui est le dispositif d’aide pour les particuliers voit son budget renforcé et est de nouveau ouvert à tous les ménages et plus seulement aux ménages modestes. Cette aide a été rabotée pendant plusieurs années sans logique autre que celle des économies budgétaires.

Un point d’attention tout de même : pour l’instant le budget alloué ne vaut que pour les deux années qui viennent et il faut espérer que cette mesure importante sera préservée au-delà.

Les aides sont également étendues aux propriétaires bailleurs et aux copropriétés, c’est là-aussi une bonne chose.

Toutefois, et le rapport de l’Institut Montaigne publié l’an passé l’avait déjà pointé du doigt, il y a un risque que ces aides ne tapent dans le vide.

Il existe beaucoup d’offres pour procéder à une rénovation énergétique des bâtiments mais la demande n’augmente pas parce qu’il subsiste toujours des obstacles organisationnels que rencontrent les maîtres d’ouvrages : complexité de la prise de décision en copropriété, manque d’offres packagées/groupées, longueur du parcours administratif.

Il existe beaucoup d’offres pour procéder à une rénovation énergétique des bâtiments mais la demande n’augmente pas parce qu’il subsiste toujours des obstacles organisationnels.

L’État doit avoir l’honnêteté de se concentrer sur la construction des dispositifs d’aides - dans laquelle il excelle - et faire appel au secteur privé (énergéticiens, entreprises du bâtiments, opérateurs, AMO) pour packager des offres simples qui vont susciter la demande.

Il en va de même pour la rénovation des bâtiments vieillissants de l’État. L’État n’a pas suffisamment de moyens financiers mais surtout de compétences en ingénierie pour assurer leur rénovation et devrait la confier à des acteurs privés, sauf dans certains cas particuliers (universités notamment).

La précarité énergétique apparaît également comme un sujet majeur ; le plan de relance prévoit l'augmentation du budget qui lui est alloué. Cela vous semble-t-il suffisant ? Comment optimiser les aides déjà existantes ?

En 2019, l’Agence nationale de l’habitat (ANAH), qui est le fer de lance de la lutte contre la précarité énergétique, a permis la rénovation de plus de 155 000 logements, soit + 65 % par rapport à 2018 alors même que ses détracteurs prédisaient qu’elle n’arriverait jamais à atteindre l’objectif de 120 000 logements rénovés.

Il ne faut pas changer une équipe qui gagne : il faut donc, d’une part, assurer à l’ANAH la pérennité de ses moyens (ce que l’annualité des lois de finances ne permet pas), or le plan de relance est discret sur ce sujet. D’autre part, il faut tout faire pour que l’Agence ait un maximum de dossiers à traiter et que le parcours administratif soit le plus simple possible.

Pour l’identification des ménages éligibles, il faut se féliciter du vote dans la loi Énergie-Climat de la possibilité donnée aux CAF de transmettre des informations à l’ANAH et - plus récemment - de la mise en open data des DPE via l’ADEME. Ces nouveautés, prônées par l’Institut Montaigne en 2019, contribuent à une meilleure identification de la demande.

 

 

Copyright : Christophe ARCHAMBAULT / AFP

 

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