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Quel rôle pour les armées dans la crise du Covid-19 ?

BLOG - 26 Mars 2020

"Nous sommes en guerre" déclarait Emmanuel Macron le 16 mars dernier au cours d’une allocution télévisée. Devant l’ampleur de la crise du Covid-19, il annonçait alors la participation des armées à l’effort national de gestion de l’épidémie. Aujourd'hui, les armées du monde entier sont en première ligne dans la guerre contre le virus, sous différentes formes.

Les armées se mobilisent dans le monde entier

Un soutien logistique, d’abord. Les armées disposent d’au moins deux atouts majeurs, qu’elles mettent à la disposition du dispositif sanitaire civil : une capacité à monter d’importantes opérations logistiques en un temps record, et des médecins militaires habitués à opérer dans le chaos avec des infrastructures et des ressources insuffisantes. C’est ainsi qu’en Italie, des médecins et infirmières militaires prêtent main forte aux hôpitaux civils et les effectifs de l’armée sont déployés pour la construction de deux hôpitaux militaires de campagne à Piacenza et à Crema dans le Crémone. L’armée est également intervenue à Bergame, où le cimetière est saturé, pour transporter et répartir les corps des victimes de la pandémie dans 12 autres villes. En Espagne, 2 622 militaires ont été déployés dans 59 villes pour des missions de désinfection dans des ports, aéroports, tribunaux, hôpitaux et stations de trains. Au Royaume-Uni, l’armée est mobilisée pour apporter du matériel et notamment des masques au personnel soignant qui se plaint d’une pénurie sur le terrain. Aux États-Unis, Donald Trump a annoncé le déploiement des navires-hôpitaux Mercy et USNS Comfort à Los Angeles et New York pour désengorger les structures hospitalières saturées (sachant que l’emploi des forces armées sur le territoire, hors gardes nationales, est interdite par la Constitution).

Un soutien à la recherche médicale, ensuite. Les armées ont en effet tendance à innover rapidement. Ainsi, l’armée américaine collabore avec d’autres agences et des entreprises pour élaborer des vaccins. L’unité technologique du renseignement militaire israélien travaille à la conversion de simples appareils d’assistance respiratoires en ventilateurs plus avancés. Le laboratoire britannique des sciences et technologies de la défense, qui a une expertise dans les menaces biologiques, soutient le développement et les tests de vaccins, et la cartographie des cas de Covid-19.

Un soutien aux forces de l’ordre, enfin, pour faire respecter les mesures de confinement et inciter les citoyens à rester chez eux dans plusieurs pays tels que l’Italie, l’Espagne, le Maroc, le Pakistan, la Hongrie, le Liban, la Malaisie ou le Pérou.

Des moyens militaires français, certes limités, mis à contribution

Outre la contribution réelle à l’effort national, la mobilisation des armées constitue surtout un enjeu de communication, destiné à rassurer des citoyens angoissés par l’ampleur de la crise et en demande de protection.

Si les militaires français ne sont à ce jour pas mobilisés (hors Gendarmerie) pour faire respecter le confinement annoncé par Emmanuel Macron le 16 mars dernier - malgré de nombreuses rumeurs affirmant le contraire avant que le Président ne s’exprime -, la France ne fait pas exception. Le ministère des Armées, à travers son Agence de l’innovation de défense (AID), a en effet lancé un appel à projets de solutions innovantes dans plusieurs domaines pour lutter contre le Covid-19. Elle a également recours aux moyens militaires dans sa lutte contre la pandémie, en particulier en termes de ressources et de logistique, essentiellement pour combattre la surcharge de patients dans les hôpitaux.

Ainsi, à Mulhouse, l’armée joue un rôle clef pour désengorger l’hôpital de la ville, à travers l’installation d’un hôpital de campagne du Service de santé des armées (SSA), qui compte 30 lits de réanimation et une centaine de personnels soignants militaires. L’armée de l’air est également mise à contribution pour transporter des malades vers des zones moins saturées grâce au Module de réanimation pour patient à haute élongation d’évacuation, dit "Morphée", qui a habituellement pour mission de rapatrier des blessés de guerre dans le monde entier vers l’Hexagone. Des patients gravement atteints ont ainsi été transférés de Mulhouse vers Marseille, Toulon, puis vers l’Aquitaine. Dimanche 22 mars, un porte-hélicoptère disposant de l'hôpital embarqué le plus grand d'Europe a également déplacé une douzaine de patients, de Corse vers le continent. En outre, cinq hôpitaux militaires ont mis à disposition 117 lits, dont 40 de réanimation.

Le SSA avait déjà apporté son soutien dans des situations de crise sanitaire antérieures, à la suite des attentats de 2015 à Paris ou de 2016 à Nice par exemple. Outre la contribution réelle à l’effort national, la mobilisation des armées constitue surtout un enjeu de communication, destiné à rassurer des citoyens angoissés par l’ampleur de la crise et en demande de protection. C’est notamment l’objet du lancement de l’opération militaire baptisée "Résilience" annoncée ce mercredi par le Président Macron, "entièrement consacrée à l'aide et au soutien aux populations, ainsi qu'à l'appui aux services publics pour faire face à l'épidémie, en métropole et en Outre-mer", dont les contours sont encore flous mais qui ne paraît pas aller plus loin que ce qui était déjà à l’œuvre depuis le 16 mars.En réalité, la contribution d’une armée française déjà sursollicitée est limitée par les moyens dont elle dispose. Il convient d’une part d’assurer la continuité des nombreuses opérations dans lesquelles la France est engagée sur des théâtres extérieurs - même si elle vient d’annoncer le retrait de ses troupes d’Irak en raison de la pandémie -, sans compter l’opération Sentinelle lancée au lendemain des attentats de janvier 2015 pour faire face à la menace terroriste sur le territoire national. D’autre part, le SSA a connu d’importantes coupes budgétaires ces dernières années et ne compte désormais plus que pour 1 % de l’offre publique de soins, avec 2 500 médecins et 1 700 lits d’hôpital.

L’armée française ne dispose pas aujourd’hui d’hôpital de campagne au sens commun du terme, ni de navire-hôpital comme les États-Unis. La directrice du SSA, Marilyne Gygax-Genero, déclarait ainsi le 21 mars dans une interview au JDD : "Ma mission première est d’apporter le soutien médical à nos armées en opération et mes moyens ne sont pas illimités."

En réalité, la contribution d’une armée française déjà sursollicitée est limitée par les moyens dont elle dispose.

Quel rôle pour les armées au XXIe siècle ?

L’après-crise sera l’occasion d’examiner la question du budget des armées (y compris le SSA). Cela nécessitera sans doute de s’atteler au sujet plus large du rôle des armées dans un monde de plus en plus marqué par des menaces non militaires, qui défient la résilience de la Nation, remettant ainsi en cause la séparation traditionnelle entre sécurité extérieure et intérieure, civile et militaire – déjà en partie cassée, il est vrai, à la fin des années 2000 (Livre blanc de 2008 : notion de sécurité nationale, réformes du SGD(S)N et du Conseil de défense).

Nous notions déjà cette évolution dans notre rapport de septembre 2016, Refonder la sécurité nationale, après les attentats de 2015 survenus sur le territoire français, qui ont donné lieu au déploiement de l’opération "intérieure" Sentinelle. La France prenait alors la mesure d’une guerre à la fois intérieure et extérieure, bouleversant en profondeur sa démocratie, ses valeurs et ses institutions. Il en est de même des nouvelles menaces cyber et liées à la désinformation que nous connaissons depuis plusieurs années et qui heurtent, elles aussi, la continuité de la vie nationale politique, économique, sociale, culturelle, démocratique. La pandémie contre laquelle "nous sommes en guerre" aujourd’hui pose une nouvelle fois la question de l’articulation entre sécurité intérieure et extérieure, militaire et civile, et donc celle du rôle des armées pour endiguer ce type de crise.

 

 

Copyright : Mathieu CUGNOT / POOL / AFP

 

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