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Présidentielle 2022 : les retraites, un éternel sujet à réforme

ARTICLES - 20 Mars 2022

"Quand pourrai-je partir en retraite ?". Cette question a toujours agité la société française, et chaque campagne présidentielle ne manque pas de remettre ce sujet sur la table. L’élection d’avril prochain ne déroge pas à cette règle : la réforme des retraites reste d’ailleurs l’un des marqueurs fondamentaux entre la gauche et la droite.

Dans le cadre de son opération de décryptage Présidentielle 2022, l’Institut Montaigne a analysé et chiffré les propositions de l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle sur le sujet.

Un état des lieux nécessaire

La question des retraites est vitale tant elle touche au quotidien de nos concitoyens, mais aussi du fait de son importance pour les finances publiques françaises. Quelques chiffres permettent de mieux comprendre l’état de notre système de retraites :

Niveau de dépenses

La France se distingue par le niveau très élevé de ses dépenses en matière de retraites :

  • en 2019, le système de retraites représentait 327,9 milliards d’euros, soit environ 13,5 % du PIB, contre 8 % en moyenne pour l’OCDE ; 
     
  • en 2020, ces dépenses atteignaient 14,7 % de la richesse nationale (du fait de la crise sanitaire, le dénominateur - le PIB - était en baisse) ;
     
  • selon les différents scénarios retenus par le Conseil d’Orientation des retraites, cette part devrait ensuite diminuer et atteindre 11,3 à 13,0 % d’ici à 2070. 

Déficit

Le système de retraites français n’est aujourd’hui pas à l’équilibre, et les déficits s’accumulent depuis plusieurs années :

  • le déficit du système de retraites a atteint 2 milliards d’euros 2019 et 18 milliards d’euros en 2020 (soit 0,8 % du PIB) ;
     
  • le système des retraites ne devrait pas renouer avec les équilibres financiers avant le milieu des années 2030 ;
     
  • le solde varierait en 2070 entre - 0,7 % du PIB et + 2,1 % selon le scénario retenu (les scénarios dépendent notamment des gains de productivité du travail à long terme).

Démographie 

Notre système par répartition - les actifs d’aujourd’hui cotisent pour les retraités d’aujourd’hui - a bien des avantages, mais est aussi soumis aux évolutions démographiques à venir :

  • le ratio entre le nombre de personnes de 20 à 59 ans et celui des personnes de 60 ans et plus passerait de 1,9 en 2020 à 1,3 en 2070.

Paramètres du régime

Que ce soit en termes d’âge de départ, de temps passé à la retraite ou encore de taux de remplacement (pensions touchées au moment de l’entrée en retraite, relativement au dernier salaire touché), la France se distingue là encore de ses voisins européens :

  • l’âge effectif de départ à la retraite est l’un des plus bas de l’OCDE (autour de 60 ans, contre plus de 65 ans dans tous les grands pays industrialisés (y compris en France avant 1983), et 70 ans en Corée du Sud et au Japon), tandis que l’âge minimal de départ en retraite est aussi parmi les plus bas ;
     
  • cela se traduit par un temps passé à la retraite de cinq ans plus élevé en France (23 ans pour les hommes, 27,2 ans pour les femmes) que dans la moyenne des pays développés ;
     
  • le taux de remplacement de 60 % est l’un des plus élevés des pays de l’OCDE (moins de 50 % en moyenne, que ce soit au niveau du taux de remplacement brut ou net, c’est-à-dire en prenant en compte, ou non, les prélèvements obligatoires) ;
     
  • le taux de pauvreté des retraités français est l’un des plus bas de l’Union européenne (7,3 % contre 13,4 % en moyenne en zone euro). Il est deux fois moindre que la moyenne de la population française et près de trois fois moindre que le taux de pauvreté des enfants.

La réforme des retraites, un véritable serpent de mer

Depuis 25 ans, les différents gouvernements ont tour à tour proposé des réformes des retraites afin de répondre à l’enjeu de vieillissement de la population et de déséquilibre systémique. Les nombreuses réformes comme le plan Juppé (1995) ou la réforme Fillon (2003) ont à la fois permis de redresser les perspectives financières du régime, et souligné l’urgence de la situation face à un déficit en hausse. Celui-ci s’est aggravé de 18 milliards d’euros en 2020, notamment à cause de la crise sanitaire. La tentative avortée de réforme des retraites d’Emmanuel Macron en 2019 laisse donc place, à nouveau, au débat.

Ainsi, quelles sont les propositions formulées par les candidats pour garantir la viabilité de notre système de retraites et quel impact ces propositions auraient-elles sur les principaux concernés ? 

Que proposent les candidats ?

Si tous les candidats de l’échiquier politique se sont prononcés sur le sujet des retraites, certaines tendances se dessinent.

Age de départ et nombre de trimestres

La première consiste à agir sur l’âge légal de départ actuellement fixé à 62 ans (c’est-à-dire qu’une retraite à taux plein est possible à cet âge, sous réserve d’avoir cotisé pendant 166 trimestres) : soit en le maintenant à 62 ans (Anne Hidalgo et Yannick Jadot), soit en l’avancant à 60 ans (Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen) soit en le repoussant à 64, voire 65 ans (Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, Éric Zemmour). Cela peut aussi se faire par le biais du nombre de trimestres à cotiser pour prétendre à une retraite pleine.

Avancer l’âge de départ viendrait mécaniquement renforcer un déficit déjà important.

Ne pas faire évoluer ces paramètres ne changerait pas les perspectives financières du système - et ne permettrait pas d’assurer sa pérennité. Mais avancer l’âge de départ viendrait mécaniquement renforcer un déficit déjà important : ainsi, l’Institut Montaigne estime à 26 milliards d’euros par an le coût de la mesure formulée par Marine Le Pen, à 85,8 milliards d’euros par an celle de Jean-Luc Mélenchon, et à 88 milliards d’euros par an celle de Fabien Roussel.

La différence réside dans certains critères intégrés ou non dans les réformes proposées par les candidats : ainsi, Marine Le Pen revient sur l’âge de départ mais module celui-ci selon les tranches d’âge (la réforme proposée s’appliquera dans sa totalité pour les personnes entrant dans la vie avant 20 ans et ne s’appliquera pas pour celles débutant leur cotisation après 25 ans), ce qui réduit le coût de la réforme, et revalorise le minimum vieillesse à hauteur de 1000 euros. Jean-Luc Mélenchon applique ce nouvel âge de départ à l’ensemble des actifs qui auront cotisé 160 trimestres, revalorise le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté (1041 euros) et le MICO (minimum contributif) pour des carrières complètes à 1400 euros. Fabien Roussel accompagne sa mesure d’âge d’une revalorisation des pensions, désormais fixée à 75 % du revenu net d’activité sur la base des dix meilleures années, et prévoit également qu’aucune pension ne pourra être inférieure à 1200 euros net. 

Les candidats prônant un recul de l’âge légal de départ figurent à droite du spectre politique. 

Emmanuel Macron propose de relever l’âge de départ à la retraite à 65 ans progressivement en neuf ans, à horizon 2032, tout en mettant en place des exemptions afin de prendre en compte la pénibilité et les carrières longues. Sa réforme prévoit également une revalorisation des retraites les plus modestes à 1100 euros par une revalorisation importante du minimum contributif, permettant un minimum de retraite pour une carrière complète. Cette mesure prendrait également en compte les questions de travailleurs "victimes de l’usure professionnelle" afin qu’ils puissent partir à 62 ans, et les travailleurs handicapés à 55 ans. Enfin, les régimes spéciaux seraient supprimés uniquement pour les nouveaux entrants à partir de 2023. Une telle réforme permettrait d’économiser 18,0 milliards d'euros à l’horizon 2032, et environ 7,7 milliards d'euros par an en 2027.

Eric Zemmour envisage d’augmenter l'âge légal de la retraite à 64 ans progressivement d'ici à 2030 et d’aligner les différents régimes entre public et privé, avec un système de "bonus-malus" pour éviter les licenciements des seniors. Une telle mesure représenterait une économie de 10,7 milliards d’euros par an.

Valérie Pécresse souhaite repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans, avec des exemptions pour les situations de pénibilité et de carrières longues. Elle prévoit également une revalorisation des retraites les plus modestes au niveau du Smic net par une revalorisation importante du minimum contributif. Cette réforme représenterait un gain de 16,2 milliards d'euros par an en 2030, et d’environ 7,5 milliards d'euros en 2027.

À noter que le Conseil d’Orientation des Retraites estime qu’en 2030, l’âge moyen conjoncturel de départ sera déjà proche de 63,5 ans toutes choses égales par ailleurs, en raison de la hausse de la durée d’assurance requise pour le taux plein et du report de l’âge d’annulation de la décote (de 65 à 67 ans), conjuguée avec des entrées plus tardives sur le marché du travail pour les générations qui prendront leur retraite d’ici 2040.
 

Revaloriser les petites retraites, un consensus global

Une autre tendance à souligner, partagée par les candidats de tous bords, est celle de la revalorisation des pensions de retraite, et plus précisément celles des populations précaires. 

Ainsi, Marine Le Pen propose de réindexer les pensions de retraite sur l’inflation (coût supplémentaire de 11,2 milliards d’euros par an à horizon 2027) et de porter le minimum vieillesse à 1000 euros (coût de 0,53 milliard d’euros par an). Jean-Luc Mélenchon plaide pour porter à 1400 euros net minimum toutes les pensions pour une carrière complète (coût de 12,5 milliards d’euros par an) et revaloriser le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté (0,67 milliard d’euros par an).

Une autre tendance à souligner, partagée par les candidats de tous bords, est celle de la revalorisation des pensions de retraite.

Valérie Pécresse prévoit une revalorisation des retraites les plus modestes au niveau du Smic net et une revalorisation du minimum contributif à hauteur de 1230 euros (4 milliards d’euros par an). Emmanuel Macron vise un minimum contributif à 1100 euros. Anne Hidalgo souhaite porter le montant net du minimum vieillesse à 1000 euros et du minimum contributif à 1200 euros (une mesure dont le coût est estimé à 2,6 milliards d’euros par an). Ces mesures, au coût budgétaire élevé, témoignent de la nécessité, selon les candidats, d’une aide aux retraités modestes et créent un consensus clair. 

L’uniformisation des régimes, un gage de lisibilité

Enfin, et conformément aux recommandations portées par l’Institut Montaigne en 2016, la question de l’uniformisation des différents régimes figure aussi à l’agenda de plusieurs candidats. Avec 42 régimes différents, le système de retraites français est complexe, peu lisible pour les citoyens. Seuls 3 % des Français ne dépendent que d’un seul régime ; chacun comporte ses propres conditions de calcul, même pour des carrières qui pourraient être comparables au premier abord. C’était, en 2019, l’une des logiques inhérentes à la réforme des retraites portée (et finalement reportée) par Emmanuel Macron, qui reprend l’idée de supprimer les régimes spéciaux uniquement pour les nouveaux entrants à partir de 2023 ; Eric Zemmour, lui aussi, plaide pour un alignement des régimes public et privés.

 

Rédigé avec l’aide de César Bonnenfant et Félicité Schaeffer, assistants chargés d’études à l’Institut Montaigne.

Copyright  : Joël SAGET / AFP

 

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