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One Planet Summit : du "greenwashing" à la finance verte. L'analyse de Jean-Dominique Senard

BLOG - 11 Décembre 2017

Par Institut Montaigne

Deux ans après le succès de la COP21, Paris réunit à nouveaux les leaders internationaux et des citoyens engagés venus du monde entier. Ce sommet est d’autant plus important qu’il intervient après une COP23 qui a su souligner l’impératif de mobilisation accrue de la communauté internationale face à une situation climatique qui ne cesse de s’empirer. Si cette nouvelle mobilisation suscite l’intérêt, elle ne devrait pas être exempte de nouvelles initiatives en faveur du climat. Jean-Dominique Senard, Président de Michelin et Vice-Président de l'Institut Montaigne, nous donne son point de vue.

Le succès de la COP21 doit beaucoup à la participation de la société civile, et notamment des entreprises qui se sont mobilisées. Selon vous, cette mobilisation s’est-elle poursuivie dans le temps ?

La COP21 a cela d’inédit que, pour la première fois, société civile et gouvernements sont apparus côte à côte dans la dynamique qui a conduit au succès de la négociation. De grandes entreprises internationales ont, à la surprise d’un certain nombre d’acteurs, pris part à ce sommet. Leurs initiatives environnementales, souvent appréhendées comme du "greenwashing", relevant davantage d’une action de communication que d’une réelle intention écologiquement responsable, se sont avérées solides. La COP21 a ainsi révélé au grand jour l’implication des grandes entreprises pour faire face aux défis climatiques.

Grâce à l’Accord de Paris, la COP21 a donné un cadre à l’ensemble des parties prenantes, incluant aussi bien les entreprises que la société civile. Cette dernière n’est pas restée inactive depuis, loin de là ! Elle a continué à s’investir dans ce cadre et contribue notamment à démontrer que la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, dans l’état actuel des choses, est loin d’être assurée sans un effort accru.

Si la société civile se mobilise, les interactions entre les différentes parties prenantes sont de plus en plus fréquentes et productives. Elles démontrent un niveau de coopération vigoureuse entre la société civile, les entreprises et les pouvoirs publics dans la lutte contre le changement climatique.

Le One Planet Summit a pour principal objectif de mobiliser la finance mondiale pour la lutte contre le réchauffement climatique. Dans quelle mesure la finance peut-elle devenir verte et prendre part à l’effort collectif impulsé par l’Accord de Paris ?

La finance a commencé son "verdissement" depuis plusieurs années déjà. Cette finance verte a pour ambition de prendre en compte des impératifs de court et de moyen terme dans ses stratégies d’investissements. Elle ne peut omettre la prise en compte de l’impact présent et à venir du changement climatique. Le secteur des assurances en est, par exemple, particulièrement conscient quand on sait que la facture des catastrophes naturelles est en croissance constante. Elle devrait atteindre un montant record de 175 milliards de dollars (161 milliards d'euros) en 2017.

La finance, par son verdissement, participe également au changement d’esprit général et entraînera à coup sûr d’autres entreprises dans son mouvement. Seulement, l’action du secteur financier, si elle est louable, ne peut rester isolée. Le vrai changement d’esprit viendra d’un travail associant divers secteurs de l’économie.

La France a prouvé sa singularité dans ce domaine et ambitionne de faire de Paris la "capitale mondiale de la finance verte". Alors qu’elle accueillera le siège de l'Autorité bancaire européenne, conséquence directe du Brexit, il faut que la France se dote des outils nécessaires pour continuer d’améliorer l’attractivité de sa place financière.

Quels sont selon vous les mécanismes qui permettraient d’intensifier cette mobilisation ?

Les notations extra-financières (évaluant les entreprises et les Etats quant à leurs pratiques environnementales, sociales et de gouvernance, par opposition à la notation financière), si elles permettent de modifier les comportements des entreprises, devraient être davantage transparentes quant à leurs critères d’évaluation. De surcroît, ces notations portent bien souvent sur une trop grande multitude de thématiques, manquant ainsi de stabilité et les empêchant d’amplifier la mobilisation des entreprises vers des comportements plus vertueux.

Profitons du sommet de Paris du 12 décembre pour aborder la question de la taxation du CO2 ! C’est une solution qui baisserait durablement les émissions de gaz à effet de serre. Or aujourd’hui, le niveau de taxation reste trop faible (voire inexistant dans certains pays) pour être incitatif et ré-orienter durablement les investissements. La définition d’un prix du carbone qui soit relativement élevé et appliqué à une échelle suffisamment globale sera le plus à même de réorienter ces investissements vers des sources d’énergie plus respectueuses de l’environnement.

Enfin, si les financements verts (réalisés en faveur du climat) participent de ce mouvement général en injectant directement des fonds dans la transition écologique, force est de constater qu’ils ne constituent pas toujours, encore aujourd’hui, la meilleure des alternatives. Pour de mêmes projets verts (reforestation, dépollution, etc), il est parfois plus pertinent de recourir aux financements classiques qu’aux investissements verts, parfois plus coûteux. Dans la pratique, ces outils financiers manquent encore de visibilité, dans leurs structures comme dans les coûts induits. 
 

 

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