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Europe / Monde

Midterms 2018 - Y a-t-il du changement dans l’air ?

Trois questions à Stacy Meichtry et Meghan Milloy

INTERVIEW - 14 Novembre 2018

Le mardi 6 novembre, lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les Démocrates ont pris le contrôle de la Chambre des représentants tandis que les Républicains ont conservé leur majorité au Sénat. Meghan Milloy, co-fondatrice de Republican Women for Progress et actuellement Fellow de la Fondation Robert-Bosch, et Stacy Meichtry, chef du bureau parisien du Wall Street Journal, partagent leurs réactions sur les résultats de ce vote. Tous deux décryptent les conséquences, pour Donald Trump et son programme, d'un Congrès divisé et analysent dans quelle mesure ces élections ont pu insuffler un air changement dans la politique américaine.

Que signifie ce nouveau partage du pouvoir au Congrès pour la politique américaine pour les deux années à venir ?

Meghan Milloy
La nouvelle majorité à la Chambre des représentants confère désormais aux Démocrates la possibilité de bloquer le programme administratif du président Trump. Les Démocrates détiennent dès lors le pouvoir d'assignation à comparaître et peuvent présider des commissions (comme la Commission du renseignement) et mener des enquêtes sur Donald Trump et son administration (notamment sur les déclarations fiscales). Cependant, au cours des deux prochains mois, avant l’entrée en fonction des nouveaux parlementaires en janvier 2019, le gouvernement risque de muscler sa défense contre les procédures d'enquête qui doivent être lancées. L'enquête du procureur Mueller, par exemple, présente tout particulièrement ce risque d'être falsifiée par l'administration Trump d'ici janvier.

La question est de savoir si les Démocrates voudront travailler sur la base d’accords bipartites ou s'ils utiliseront simplement leur majorité pour endiguer l'agenda de Donald Trump.

En ce qui concerne les nouvelles lois à venir, peu sont susceptibles d'émerger à moins que les Démocrates et les Républicains ne tombent d’accord sur des sujets moins controversés que la santé ou le budget (les infrastructures par exemple). La question est de savoir si les Démocrates voudront travailler sur la base d’accords bipartites ou s'ils utiliseront simplement leur majorité pour endiguer l'agenda de Donald Trump. La dernière hypothèse semble, à ce jour, la plus probable.

Stacy Meichtry
Pour les Démocrates, le pouvoir d'assignation est à la fois une bénédiction et une malédiction. En effet, les Démocrates sont désormais habilités à ouvrir des enquêtes, mais s'ils vont trop loin, ils offriront à Donald Trump et aux Républicains de la matière à controverse qui leur servira en vue des prochaines élections présidentielles de 2020. 

En ce qui concerne la possibilité d'un impeachment, rappelons que la condamnation d’un Président implique qu’elle soit prononcée par une majorité au Sénat (⅔). Les Démocrates de la Chambre se devront de considérer cette voie avec prudence car ils ne souhaitent pas que l’histoire se répète, ayant en mémoire ce qui a pu se passer avec Bill Clinton (la Chambre des représentants avait alors initié la destitution de Bill Clinton en 1998, que le Sénat avait ensuite acquitté de toutes les charges qui pesaient contre lui).

Doit-on voir ces résultats comme une défaite pour Donald Trump ou comme un "immense succès", pour reprendre l’expression utilisée par le président sur Twitter le soir des résultats ?

Stacy Meichtry
Si Trump a un goût certain pour l’hyperbole, il est vrai c'est que ces élections de mi-mandat ont, assurément, démontré sa capacité à consolider son leadership et son contrôle du parti Républicain.

Ce dernier lui est en effet redevable parce que Donald Trump a lui-même fait campagne pour que ces sénateurs soient élus. C’est lui qui a contribué à accroître la majorité des Républicains au Sénat alors qu'en 2016, le doute était permis sur la façon dont les Républicains modérés approuveraient le programme de Trump, certains d'entre eux (comme Jeff Flake et John McCain en Arizona, ou Bob Corker au Tennessee) allant jusqu’à critiquer le président. Avec un Sénat républicain renforcé et revigoré, les résistances au sein du parti sont moins probables.

Ces élections de mi-mandat ont, assurément, démontré sa capacité à consolider son leadership et son contrôle du parti Républicain.

Meghan Milloy
Même s'il avait perdu les deux Chambres, Donald Trump aurait probablement trouvé un moyen de revendiquer sa victoire. Il a cependant raison : les Républicains ont gagné des sièges au Sénat, ce qui confère à Donald Trump le pouvoir de nommer et d’approuver les juges de la Cour suprême, entre autres fonctionnaires américains. En outre, la “vague bleue” prédite par les sondages ne s’est pas produite et c’est, en cela, une petite victoire pour le président Trump. 

Les démocrates devront jouer la carte de la sécurité avec le candidat qu'ils choisiront pour les élections présidentielles de 2020. Si un homme très à gauche comme Bernie Sanders est choisi, les Démocrates perdront probablement beaucoup de Républicains modérés qui éprouveront de la réticence à soutenir un tel candidat contre Trump, si ce dernier se présente pour un second mandat. Bien sûr, deux ans, c'est une éternité politique ! De nouvelles personnalités pourraient surgir, pourquoi pas quelqu'un qui se démarque vraiment du nouveau Congrès, qui exerce un grand rôle dans la présidence d'une commission, qui fouille dans les enquêtes...

Dans quelle mesure les élections de mi-mandat peuvent-elles marquer une inflexion dans la politique américaine ?

Meghan Milloy
La percée des femmes en politique a été le véritable point saillant de ces élections de mi-mandat. Le nombre record de femmes élues au Congrès dans les deux partis favorisera, espérons-le, la recherche de compromis et les accords bipartites. Par ailleurs, le grand nombre de candidats issus de minorités, qui se sont présentés pour la première fois à un tel scrutin, souligne un désir d'expression réel au sein des communautés opprimées. La Chambre des représentants a vu l’élection de la plus jeune candidate femme, de la première candidate amérindienne et des premiers candidats musulmans. Cette année sera cruciale pour le maintien de cette dynamique de changement au sein de la vie politique américaine. 

Bien qu'il faille éviter d'utiliser le mot "référendum" parce qu'il donne trop d'importance et de pouvoir à l'influence de Donald Trump sur le scrutin, le taux de participation exceptionnellement élevé a certainement montré la vitalité de la base électorale - et cette vitalité est en grande partie une conséquence directe de Trump lui-même. En fin de compte, les élections de mi-mandat se sont concentrées autour de la question de savoir si les candidats approuvaient ou non le président Trump.

Stacy Meichtry
Dans l'ensemble, les résultats des élections de mi-mandat ont été plus ou moins conformes aux prévisions. Un Congrès ainsi scindé souligne l’accroissement des divisions et de la polarisation  du système politique américain et réduit par là-même la propension à "tendre la main à l’opposition". Un Sénat qui reste aux mains des Républicains signifie également que Trump aura plus de facilité à faire approuver ceux qu’il destinera à la magistrature, et les choix de nomination qu’il fera alors sont susceptibles de marquer pour des décennies à venir les discussions autour des questions controversées de culture et d’identité. 

Il ne fait guère de doute que la base électorale des Démocrates poussera en faveur d’enquêtes contre Donald Trump voire même en faveur d’un impeachment mais le Sénat, redevable à M. Trump, demeurera décisif, car c'est le seul pouvoir habilité à mener le procès menant à une éventuelle destitution. Ces considérations permettent bien sûr de relativiser la probabilité de changements politiques notables dans les deux années à venir.

 

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