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Europe / Monde

Les premiers pas du gouvernement italien

BLOG - 7 Juin 2018

Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue auront finalement réussi à former un gouvernement en accord avec Sergio Mattarella, président de la République. Marc Lazar, contributeur sur les questions politiques et institutionnelles françaises et européennes, décrypte pour l’Institut Montaigne les premiers jours de ce nouveau gouvernement populiste.

Depuis le 4 mars dernier, l’Italie divise l’Europe. A l’Ouest du vieux continent, les responsables politiques et les décideurs économiques ne cachent pas leur stupeur et leur inquiétude. A l’inverse, nombre de pays d’Europe centrale et orientale - l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie - suivent avec intérêt et sympathie ce qui se passe dans la péninsule. Et partout, les populistes de droite jubilent. Car le gouvernement qui s’est installé à Rome leur convient, voire pourrait les inspirer.

Il a fallu près de trois mois pour que celui-ci se forme. Cela semblait improbable puisque la Ligue de Matteo Salvini était alliée à Forza Italia de Silvio Berlusconi, à Fratelli d’Italia, parti post-fasciste, et à un petit regroupement centriste, tandis que le Mouvement 5 étoiles se présentait de son côté. Beaucoup de choses les opposaient sur le plan programmatique. Et leurs leaders ne cachaient pas leurs rivalités. Au final, ils se sont mis d’accord sur un "contrat de gouvernement" et sont parvenus à composer un exécutif : huit ministres du Mouvement 5 étoiles, sept de la Ligue et trois experts. Le président du Conseil, Giuseppe Conte, un universitaire sans expérience de la politique, sans parti, sans parlementaires dévoués à sa personne, est flanqué de deux vice-présidents du Conseil, Luigi Di Maio, ministre du Développement économique et du Travail, et Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, ainsi que d’un sous-secrétaire à la présidence du Conseil, Giancarlo Giorgetti, membre de la Ligue, proche de Matteo Salvini, élu depuis 2013 à la Chambre des députés. Sa marge de manœuvre semble extrêmement étroite.

Cela s’est confirmé dans son discours devant le Sénat et la Chambre des députés dont il a obtenu la confiance. Il a repris l’essentiel du contrat de gouvernement en annonçant, par exemple, la flat tax qui devrait néanmoins ne pas entrer trop vite en application, le revenu de citoyenneté qui sera échelonné dans le temps, la fin du "business de l’immigration" selon sa formule, le rappel de l’appartenance à l’Alliance atlantique mais aussi de la détermination de l’Italie à s’ouvrir à la Russie et obtenir la levée des sanctions, une série de politiques sociales (mais aucune allusion au sujet épineux des retraites comme rien n’a été dit sur l’éducation et la culture), la volonté de lutter contre la corruption, de pourchasser la criminalité organisée et de résoudre les conflits d’intérêt, des mesures écologiques, la nécessité de changer complètement la politique européenne en matière économique et financière. A ceux qui l’accusent d’être populiste et "antisystème", il a répondu en inversant le stigmate et en assumant ces dénominations, puisqu’il écoute "les gens" et veut "supprimer les vieux privilèges et les incrustations de pouvoir".

"Ce gouvernement dispose toutefois de deux principaux atouts. Il bénéficie du soutien de l’opinion. Et les oppositions, Forza Italia et le Parti démocrate, sont quasiment inaudibles."

En attendant la réalisation de tous ces projets, les ministres se sont mis au travail. En particulier, Matteo Salvini, lequel a immédiatement occupé la scène publique et médiatique en virtuose de la communication. Il a dénoncé l’immigration, critiqué les associations d’aide et de solidarité, annoncé qu’avec Viktor Orbán il allait faire changer les règles européennes : c’est dire que le Conseil des chefs d’État et de gouvernement des 28 et 29 juin prochains sera tendu. Sur cette question de l’immigration, premier point à l’ordre du jour de ce sommet, l’Italie sera à l’offensive. Et elle espère avoir le soutien résolu de l’Autriche qui, à partir du 1er juillet, assure la présidence de l’Europe et du groupe de Visegrád.

Jusqu’où ira ce gouvernement populiste ? Telle est la grande question. Sur l’immigration, il agira de manière déterminée et ostentatoire, devant les caméras de télévision, même si sa politique d’arrestations, de regroupements et de rapatriements forcés de 500 000 immigrés clandestins qu’il prétend réaliser se heurtera à de nombreux obstacles. Sur le reste, ce gouvernement tente la quadrature du cercle : diminuer les impôts tout en dépensant plus. Giuseppe Conte a affirmé dans son discours : "L’Europe est notre maison". Mais cette déclaration n’est pas suivie de faits, puisque la politique économique italienne, si elle s’applique vraiment, suscitera de fortes tensions avec Bruxelles et les marchés financiers.

Ce gouvernement dispose toutefois de deux principaux atouts. Il bénéficie du soutien de l’opinion. Et les oppositions, Forza Italia et le Parti démocrate, sont quasiment inaudibles. Il peut donc agir, sachant qu’à un moment donné il risque de se heurter au mur du réel. Ce qui se passe en Italie ne constitue pas une anomalie. Au contraire, ce pays expérimente, une fois de plus dans son histoire, des phénomènes politiques inédits qui ensuite se répandent dans le reste de l’Europe.

 

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