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Le numérique durant la crise du Covid-19

Trois questions à Gilles Babinet

INTERVIEW - 17 Juin 2020

La note de l'Institut Montaigne L'action publique face à la crise du Covid-19 s’appuie sur des exemples étrangers afin de mettre en lumière le potentiel de la gestion et de l’analyse de données pour améliorer l’efficacité de l’État. En France, les débats sur le numérique ont été occupés par l’application de backtracking StopCovid. Pourtant, d’autres projets ont été menés. Gilles Babinet, conseiller numérique de l’Institut Montaigne, répond à nos questions.

Durant la crise du Covid-19, l'attention médiatique s'est beaucoup portée sur l'application de backtracking StopCovid. Quels ont été les autres projets initiés par le gouvernement faisant appel à une gestion intelligente des données ?

Beaucoup de projets numériques ont été initiés pendant cette crise. Un certain nombre spécifiquement dans le domaine de la santé, par exemple pour faciliter la remontée de données de santé publique depuis les Agences régionales de santé (ARS). D’autres pour aider à l’affectation des personnels de réserve de façon optimale dans le système de soin.

La grande découverte, qui continue d’étonner les intéressés, c’est qu’il a été souvent possible de faire marcher des projets sur lesquels on trébuchait depuis des années. Ces dispositifs rencontraient une difficulté à passer le stade du prototype ou étaient en butte à un excès de précaution, de nature juridique par exemple. On entend désormais souvent des agents dire qu’il est impératif de conserver ces acquis en matières de production et de développement, même si le naturel a tendance à revenir au galop.

Beaucoup de corrélations de jeux de données n’ont pas pu être faites à cause d’une trop grande hétérogénéité entre eux.

En termes de gestion avancée des données, il est clairement apparu que nous étions trop faiblement équipés. Beaucoup de corrélations de jeux de données n’ont pas pu être faites à cause d’une trop grande hétérogénéité entre eux. Il est vrai que le Health Data Hub devrait améliorer la situation, mais il n’est pas encore opérationnel (il s’en est fallu de quelques mois). Cela pousse à reconsidérer l’idée de recréer une vraie discipline en santé publique, comprenant des épidémiologistes formés au code et au big data.

La note de l'Institut Montaigne L'action publique face à la crise du Covid-19 fait état des enjeux de centralisation et de verticalité du gouvernement français dans la gestion de la crise, et dénonce la faible part qui a été donnée aux entreprises et à la société civile. Cela a-t-il été aussi le cas dans le numérique ?

À mon sens, trois choses inhibent la production de services numériques de qualité en France. Tout d’abord, un excès de précaution, qui veut que la première personne que l’on va rencontrer lorsque l’on souhaite lancer un projet d’innovation est le responsable juridique. Rien de plus efficace pour tuer un projet dans l’œuf ; il faut au contraire faire des démonstrateurs sans hésiter à franchir les lignes jaunes.

Ensuite, comme le remarque la note, une verticalité beaucoup trop importante, qui voit les agents fonctionner en silo et se battre les uns contre les autres, ce qui nécessite de remonter de façon chronique à un niveau de décision élevé pour remporter des arbitrages.

[Le personnel politique] ne comprend que rarement l’importance de ces enjeux.

Enfin, une incompétence - je ne trouve pas d’autre mot - du personnel politique. Celui-ci ne comprend que rarement l’importance de ces enjeux. Par ailleurs, il a malheureusement très exceptionnellement le réflexe d’accompagner de manière régulière des équipes projets.

Quelles leçons pouvons-nous en tirer pour l'avenir ?

Il faut réformer de façon radicale l’État. Ce modèle vertical et centralisé est pour ainsi dire unique au monde. Non seulement il est largement dysfonctionnel, mais il fait courir le risque de marginaliser l’État dans son ensemble par rapport au monde qui vient, où l’efficacité des systèmes numériques va s’immiscer partout avec les enjeux de désintermédiation et de souveraineté que l’on imagine.

Cette transformation passe par une réforme de la professionnalisation de la vie politique et par des recrutements plus ouverts faisant une moindre part aux profils juridiques et aux compétences exclusives d’administration publique. Malgré les concours, l’endogamie au sein de l’État est affolante, plus encore au sein du personnel politique.

 

Copyright : Thomas SAMSON / AFP

 

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