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La téléconsultation : un outil à pérenniser au-delà de l’urgence sanitaire liée au COVID-19

BLOG - 23 Mars 2020

Alors que l’épidémie de coronavirus gagne tous les jours du terrain en France, le gouvernement a publié mardi 10 mars un décret qui vise à assouplir les conditions d’accès à la téléconsultation jusqu’au 30 avril 2020. A partir de mercredi 18 mars, cette dernière sera prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie obligatoire. Mais au-delà de cette date, l’inconnue demeure sur la libéralisation de l’accès à la téléconsultation pour l’ensemble des patients sur le territoire. Il est important que celle-ci devienne une solution pérenne aux nombreux défis qui se posent à notre système de santé : gestion des épidémies, vieillissement de la population, dépendance, maintien à domicile, développement de médecine ambulatoire, explosion des maladies chroniques, etc. qui sont des phénomènes liés à l'évolution du système de soins et à la transition épidémiologique et s’inscrivent donc dans le temps. 

La téléconsultation essentielle dans la lutte contre l’épidémie du coronavirus 

Dans une situation d’épidémie comme celle que nous connaissons actuellement, le principal défi pour le système de santé est de pouvoir faire face à la surcharge dans les hôpitaux, provoquée par le COVID-19 et d’assurer la continuité des soins. En cas de symptômes, les directives du ministère de la santé sont très claires : “ne vous rendez pas chez votre médecin traitant ou aux urgences, pour éviter toute potentielle contamination”. Dès lors, la téléconsultation semble être le moyen le plus approprié pour désengorger les services hospitaliers en exerçant un premier tri entre les fausses alertes et les malades potentiels, soigner à distance en permettant de prendre en charge les personnes infectées par le coronavirus mais dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation et enfin éviter les contacts physiques en protégeant les plus vulnérables (personnes âgées, personnes atteintes de maladies chroniques) mais aussi en protégeant les soignants, afin de minimiser le risque d'infection. A la téléconsultation, s’ajoutent le télésuivi qui permet de suivre à domicile les cas les moins graves de coronavirus et la téléexpertise, qui offre aux professionnels de santé la possibilité de solliciter un second avis médical. 

Avec le décret du 10 mars, les contraintes réglementaires qui limitaient l’usage de la téléconsultation ont été levées pour permettre que toutes les téléconsultations soient remboursées dès la première consultation avec un médecin, qu’il s’agisse du médecin traitant ou non. Cependant, la Société française de santé digitale a interpellé les pouvoirs publics dans un communiqué de presse du 11 mars sur la nécessité “d’équiper au plus vite les professionnels et rendre accessible la téléconsultation avec des outils de visioconférence et dispositifs médicaux connectés interopérables afin de conduire des téléconsultations de qualité. Plusieurs entreprises se sont justement engagées à mettre gratuitement la téléconsultation à disposition des médecins qui le souhaitent. Doctolib promet par exemple de financer intégralement l’achat des équipements, la formation et la gestion du service. D’ores et déjà, l’entreprise annonce équiper 3 500 médecins qui pourront réaliser des téléconsultations sur son site. Depuis les débuts de l’épidémie et avec la disparition des barrières qui la freinaient, le nombre de téléconsultations augmente sur les plateformes : Doctolib a enregistré une hausse des demandes de 40 % tandis qu’elle atteint les 50 % pour Medadom et Livi.

Les contraintes réglementaires qui limitaient l’usage de la téléconsultation ont été levées pour permettre que toutes les téléconsultations soient remboursées dès la première consultation avec un médecin.

De son côté, l’AP-HP a mis en place une application de télésuivi à domicile, nommé Covidom, pour les patients atteints ou suspectés d’être infectés par le coronavirus mais qui ne présentent pas de signes de gravité. L’inscription sur l’application est effectuée par le médecin et le patient doit répondre à un questionnaire simple une à plusieurs fois par jour. L’application génère des alertes en cas de gêne respiratoire ou de fortes fièvres. A tout moment, les soignants peuvent prendre contact avec le patient pour modifier le suivi et adapter la prise en charge. 

Et à l’étranger ? Mardi 17 mars, l'administration Trump a annoncé une expansion sans précédent des services de télésanté pour les personnes âgées, un effort pour empêcher les Américains en bonne santé comme les malades de se rendre en personne dans les cabinets médicaux et de risquer de propager ou d'attraper le virus. Le Président américain a précisé que “les patients de Medicare peuvent désormais consulter n'importe quel médecin par téléphone ou par vidéoconférence sans frais supplémentaires, y compris avec des services couramment utilisés comme FaceTime et Skype". En Israël, dès début février, l'hôpital Sheba a mis au point le premier programme de télémédecine contre le coronavirus : il utilise un robot pouvant pénétrer dans la chambre du patient infecté et dont les données sont ensuite analysées par les médecins ou les infirmières à l'extérieur, pour protéger le personnel soignant. 

La téléconsultation est pourtant encore limitée en France

Au-delà du contexte de crise pandémique que nous connaissons actuellement, le développement de la téléconsultation doit être encouragé car celle-ci est particulièrement adaptée au suivi des patients depuis leur domicile, notamment les personnes atteintes de maladies chroniques et les patients dépendants. Elle permet aussi aux personnes vivant en zone de pénurie médicale d’avoir accès à un médecin rapidement sans se déplacer. Après une période d’expérimentation, la téléconsultation est entrée dans le droit commun, c’est-à-dire que depuis le 15 septembre 2018, une consultation à distance avec son médecin traitant est remboursée par l’Assurance maladie, au même titre qu’une consultation “physique”.  

En septembre 2019, l’Assurance maladie estimait à plus de 60 000 le nombre de téléconsultations alors que le gouvernement avait espéré 500 000 actes pour 2019. Le chiffre est encore plus anecdotique comparé aux 350 millions de consultations physiques réalisées chaque année chez les médecins libéraux. En cause, un certain nombre de verrous réglementaires qui ont été supprimés le 10 mars et qui limitaient son déploiement. En effet, avec l’avenant 6, le remboursement n’était possible que si la téléconsultation respectait le parcours de soins, c'est-à-dire qu'elle passait par le médecin traitant ou par un spécialiste vers lequel le médecin traitant aura orienté le patient. Par ailleurs, le médecin devait avoir vu le patient dans les 12 derniers mois sauf dérogations précises. Au-delà des obstacles réglementaires, il existe également des limites d’ordre technique, notamment dans les zones blanches sans réseaux ou avec un faible débit d’internet correspondant généralement aux déserts médicaux. 

60 % des personnes interrogées ont une bonne opinion globale de la télémédecine et 71 % de ceux qui l'ont réellement testée en sont satisfaits. Côté professionnels de santé, la téléconsultation est vécue comme une expérience positive par 86 % d’entre eux.

Qu’en est-il chez nos voisins européens ? 

A l’étranger, les barrières face au déploiement de la téléconsultation ont progressivement été levées. En Allemagne, avec le nouveau Digital Care Act (DVG) voté en novembre 2019, le Parlement allemand (Bundestag) a décidé d'ouvrir la voie à une large utilisation et au remboursement des applications de santé numériques, afin d'améliorer la numérisation du marché allemand des soins de santé. En vertu de la nouvelle législation, les médecins pourront prescrire aux patients des applications de santé numériques, qui pourront être remboursées par l'assurance maladie allemande. De plus, les médecins pourront recevoir des subventions s’ils proposent des consultations en ligne aux patients bénéficiant d'une assurance maladie obligatoire. Les médecins seront autorisés à fournir des informations sur les consultations vidéo et en ligne sur leurs sites internet, alors qu'auparavant ils ne pouvaient en discuter que dans le cadre de conversations privées.

En Suède, c’est avant tout pour lutter contre les déserts médicaux et les trop longs délais d'attente pour obtenir un rendez-vous que la télémédecine s’est développée. En 2016, le gouvernement suédois a lancé un plan stratégique afin de transformer le pays en "leader mondial de la health tech d'ici à 2025". Afin de généraliser la télémédecine, il a fallu trouver une solution nationale pour fixer les tarifs et conditions de remboursement des téléconsultations, qui sont normalement la prérogative de chacune des 21 régions du pays. L'ouverture du remboursement à l'échelle nationale a permis un réel développement de la télémédecine : à ce jour, près de 6 % des consultations de premier recours sont réalisées à distance en Suède, contre bien moins d’1 % en France. 

Pourquoi il faut garantir une libéralisation de l’accès à la télémédecine sur le long terme

L’intérêt de ces outils de suivi à distance des patients ne se limite pas au cas extrême d’une pandémie. La téléconsultation présente des avantages au-delà de cette situation. Conserver le régime actuel au-delà du 31 avril 2020, permettrait de continuer à soutenir l'accroissement de la télémédecine. En effet, les soignants sont en train de s’équiper et de nombreux patients vont se familiariser avec la téléconsultation, ce qui permettra sans doute d’augmenter l’accès aux soins, comme c’est le cas pour les patients vivants en zone de déserts médicaux

Il semble donc indéniable qu’une fois la crise sanitaire contenue, la télémédecine devrait s’installer durablement dans les habitudes des français. En effet, 60 % des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage Odoxa ont une bonne opinion globale de la télémédecine et 71 % de ceux qui l'ont réellement testée en sont satisfaits. Côté professionnels de santé, la téléconsultation est vécue comme une expérience positive par 86 % d’entre eux.

Enfin, la téléconsultation permettra sans doute à la France d’entamer le virage pour une médecine basée sur la prévention. En effet, dans un contexte de vieillissement de la population et d’explosion des maladies chroniques, le système de santé français va devoir orienter de plus en plus sa stratégie vers la prévention des maladies et l'accompagnement régulier des patients. Dans un tel contexte, la téléconsultation constitue un outil clé pour améliorer l’offre de soins et transformer le rôle et l’action des médecins, des infirmiers et plus largement de l’ensemble des professionnels de santé.

 

Copyright : STR / AFP

 

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