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La Chine vue par les Français : menace ou opportunité ?

BLOG - 4 Janvier 2019

Assaillis d’informations de toutes parts, notamment sur l’Europe (Brexit), les Etats-Unis (Donald Trump), le Moyen-Orient parfois, et la France souvent (situations politique, sécuritaire, économique et sociale), les Français n’en sont pas moins en train d’intégrer le phénomène de la montée en puissance de la Chine. Le sujet s’impose depuis quelques années, au fil d’une médiatisation démultipliée. Rarement les médias auront autant parlé de la Chine, pays fascinant et inquiétant à la fois.

L’enquête réalisée par Kantar Public pour l’Institut Montaigne auprès d’un échantillon représentatif de Français sur l’image de la Chine fournit des clés supplémentaires pour comprendre le rapport très particulier qu’entretiennent les Français avec ce pays. Ce rapport est fait de paradoxes, compréhensibles pour un pays qui nourrit tant de fantasmes.

La Chine, un pays perçu comme une puissance économique influente

Le domaine qui vient naturellement à l’esprit des Français lorsque l’on évoque la Chine est l’économie : 33 % des Français y font référence spontanément, avant les questions environnementales (24 %) et l’influence de la Chine dans le monde (23 %). Les images d’une puissance montante, dotée de taux de croissance élevés et engagée dans une stratégie de conquête, semblent désormais inscrites dans l’imaginaire français. Les Français ont visiblement compris le message des autorités chinoises sur un point : la Chine n’est plus un pays en développement, elle possède une économie puissante. Elle n’est plus le pays de la contrefaçon, des produits à bas prix. Ainsi, 6 % seulement des Français évoquent la Chine industrielle, celle de la sous-traitance ou de la qualité douteuse de ses produits. L’ex-Empire du Milieu n’est plus - seulement - l’usine du monde, mais est désormais une puissance politique, économique, technologique, scientifique.

47 % des Français estiment que la Chine est "influente" en France, 13 % "très influente"

Une grande majorité des Français a conscience de l’influence de la Chine. 81 % des personnes interrogées déclarent que la Chine est influente dans le monde : 28 % jugent l’influence chinoise "très forte" et 53 % "plutôt forte". Ceci est étonnant dans le contexte français, avec une opinion publique que l’on croyait peu préoccupée par les sujets géopolitiques : 47 % estiment que la Chine est "influente" en France, 13 % "très influente"

Face à une Chine conquérante, le coeur des Français balance. Pour gérer les relations économiques, celles qui comptent le plus, faut-il aborder Pékin au niveau européen ou au niveau national ? 44 % estiment que le niveau national est préférable "pour être plus près des intérêts français" alors que 38 % estiment que l’Europe est le bon niveau. Notons qu’en 2018, le déficit commercial Chine-UE a atteint 176 milliards d’euros en faveur de Pékin (dont 30 milliards de déficit pour la France, qui n’exporte que pour 19 milliards d’euros de marchandises vers la Chine). 

Sur cette question, une proportion non négligeable de personnes se déclarent "sans opinion" (18 %), preuve que la démarche paneuropéenne entreprise par la Commission européenne depuis 2017 à l’égard de certains investissements chinois dans les infrastructures ou la technologie doit être davantage expliquée aux citoyens, notamment français. Même si Bruxelles clame haut et fort ses revendications en matière de respect de la propriété intellectuelle, de réciprocité et de respect des règles internationales (OMC), le rôle prépondérant de l’Union européenne en matière commerciale ne semble pas suffisamment clair. Malgré les opérations de charme conduites par Pékin, y compris la visite de Xi Jinping à Bruxelles en 2014, les relations Chine-UE sont jugées par 47 % comme "déséquilibrées en faveur de la Chine". Seules 14 % des personnes interrogées estiment ces relations équilibrées, et 10 % "déséquilibrées en faveur de l’UE". Un plan d’action mêlant une approche nationale et européenne semble donc le plus adapté afin que les exportations européennes vers la Chine augmentent. 

Les Français : conscients des opportunités économiques offertes par la Chine...

Depuis une quinzaine d’années, les arrivées de touristes chinois se sont multipliées. Les Chinois ont ainsi été 2 millions à visiter la France en 2017, un chiffre en hausse par rapport à 2016 (ils n’étaient alors qu’1,8 million), année qui a subi le contrecoup des attentats terroristes en France. A l’instar des professionnels du tourisme, les Français interrogés dans notre enquête se satisfont à 78 % de cette contribution chinoise (53 % la jugent "plutôt positive", 25 % "très positive"). Il est vrai que les touristes chinois font désormais partie du paysage, surtout en Ile-de-France, et qu’ils sont parmi les visiteurs les plus dépensiers : 3 400 € par personne et par voyage en moyenne. 

À l’instar des professionnels du tourisme, les Français interrogés dans notre enquête se satisfont à 78 % de cette contribution chinoise - 53 % la jugent "plutôt positive", 25 % "très positive".

Les voyages en groupes, souvent organisés par des agences chinoises, la mise en place d’espaces dédiés à ces visiteurs grands consommateurs de produits de luxe – on pense aux Galeries Lafayette, au Printemps, à La Vallée Village (Marne-la-Vallée), ou aux boutiques de luxe Hermès ou Louis Vuitton à Paris qui emploient de nombreux vendeurs chinois – ne semblent pas avoir provoqué d’effet négatif sur le consommateur français. Notons néanmoins que cet enthousiasme n’est pas identique suivant les régions. En Ile-de-France, région que les Chinois visitent le plus (elle a accueilli 1,1 million de touristes chinois en 2017), 83,7 % des personnes jugent positivement leur contribution au secteur touristique. Dans le Sud-Ouest, où plusieurs centaines de vignobles ont été acquis par des investisseurs chinois, seulement 66,3 % jugent positivement le tourisme chinois. 

… mais méfiants face aux menaces qu’elle représente

Le sujet des investissements chinois en France provoque une réaction inverse à celui du tourisme : 50 % des personnes interrogées en ont une perception négative (17 % "très négative", 33 % "plutôt négative"). Il est difficile de savoir combien d’emplois les investisseurs chinois ont réellement créé en France. Entre les annonces tonitruantes d’ouvertures de centres de recherche, tels que le projet de l’équipementier en télécommunications ZTE au Futuroscope de Poitiers qui ne s’est jamais concrétisé, et de parcs industriels (Châteauroux, Lorraine…) jusqu’ici non suivies d’effets, et la réalité économique, les Français semblent faire la part des choses.

L’ambition économique chinoise ne fait pas de doute. A la question "Diriez-vous que la Chine constitue avant tout une menace ou une opportunité pour la France ?", les Français sont plus aptes à considérer la Chine comme une menace, que ce soit sur le plan économique – un avis partagé par 43 % des Français, et en particulier les plus âgés et les sympathisants de droite – ou sur le plan technologique (par 40 %).

Les Français perçoivent leur propre pays comme déjà dépassé dans les domaines technologique et numérique : selon 47 % des personnes interrogées, la Chine est "en avance sur la France".

Les Français perçoivent même leur propre pays comme déjà dépassé dans les domaines technologique et numérique : selon 47 % des personnes interrogées, la Chine est "en avance sur la France". Seuls 19 % pensent l’inverse. Là encore, la réponse neutre est forte : 29 % pensent "ni l’un, ni l’autre". On constate un écart générationnel important sur cette question. Ainsi, l’hypothèse d’une avance chinoise dans le domaine technologique est partagée par 55 % des moins de 35 ans ; ce chiffre grimpe même à 65,2 % parmi les 18-24 ans, que l’on sait grands consommateurs de numérique. 

Il est vrai que dans le secteur numérique, on cite de plus en plus les médias sociaux chinois WeChat (qui revendique 1 milliard d’abonnés, principalement en Chine), Weibo, Baidu ou encore Alibaba, JD et Tencent, grands groupes de commerce en ligne qui cherchent à se développer partout en Europe. Des personnalités chinoises comme Jack Ma (fondateur d’Alibaba), Pony Ma (patron de Tencent) ou Robin Li (co-fondateur de Baidu) commencent à se faire connaître en France. La publicité pour les marques chinoises devient visible. 

50 % des investissements mondiaux dans le secteur de l’intelligence artificielle sont effectués en Chine. Ce pays a également fait de la robotique l’une de ses priorités, comme le démontre le programme "made in China 2025", qui place également en son coeur les semi-conducteurs, la biotechnologie ou encore la voiture électrique. Le Président Xi Jinping lui-même a promis d’investir 150 milliards de dollars dans les "puces", au grand dam des Etats-Unis qui en gardent le monopole de fabrication. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’avenir s’écrira-t-il entre Chinois et Américains, les Européens restant simples spectateurs ? Les divisions intra-européennes ne facilitent pas l’émergence d’une technologie du futur et les ingénieurs français, parmi les meilleurs d’Europe, voient une partie de leur capital national s’échapper vers d’autres continents. Pour les futurs ingénieurs français, travailler avec la Chine est peut-être une chance pour l’avenir.

En fin de compte, les Français appréhendent la puissance chinoise avec une prudence qui ne leur ressemble pas sur d’autres sujets. Ils peinent à qualifier les relations franco-chinoises, hésitant entre la menace et l’opportunité que représente la Chine, comme en témoigne la tendance sur de nombreuses questions à privilégier les réponses "neutres" ("ne sait pas", "ni l’un ni l’autre"). Si la Chine est moins perçue comme un adversaire (31 % des réponses) que les Etats-Unis (35 %) ou la Russie (44 %), les Français interrogés sont entre 30 et 50 % selon les domaines (diplomatique, technologique, économique) à choisir une réponse "neutre" à la question de savoir si la Chine est avant tout une opportunité ou une menace pour notre pays.

La Chine est moins perçue comme un adversaire (31 % des réponses) que les Etats-Unis (35 %) ou la Russie ( 44 %)

Patriotes, ils veulent défendre les intérêts de leur pays en matière économique tout en bénéficiant des devises chinoises. Ils ne veulent pas pour autant négliger la relation bilatérale franco-chinoise. Face à la Chine, le poids d’une Union européenne à 28 pays-membres (ou à 27) n’est pas négligeable en matière commerciale notamment. Mais pour les Français, la relation bilatérale doit garder tout son poids, afin sans doute de ne pas insulter l’avenir.

 

Consulter les résultats du sondage en intégralité.

 

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