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Italie – vers la rupture avec l’Europe ?

BLOG - 11 Juin 2019

La Ligue de Matteo Salvini connaît une ascension qui semble irrésistible. Elle a obtenu 34,2 % des suffrages aux élections européennes (à comparer aux 6 % de 2014), ravi le même jour la région Piémont au Parti démocrate (centre gauche) et, au mois de juin, confirmé sa dynamique en gagnant nombre de communes, y compris des villes symboles de la gauche comme Forli et Ferrare, et des villes du Sud. Matteo Salvini a conforté ainsi sa position d’homme fort dans le pays et au sein du gouvernement.  

Sur cette lancée, il ne cesse de rappeler ses priorités - notamment la flat tax, la loi en faveur de l’autonomie des régions, vieille revendication de la Ligue du nord qu’exigent les présidents des régions de la Vénétie et de la Lombardie -, l’adoption d’un nouveau "décret sécurité" qui vise à restreindre encore plus nettement l’immigration, le déblocage de 600 chantiers publics ou encore l’ouverture des travaux pour la ligne TGV Lyon-Turin. Davantage, alors que la Commission européenne dénonce le creusement du déficit et de la dette publics et envisage une procédure d’infraction, Matteo Salvini adopte une attitude bravache et déclare que "l’Europe de l’austérité, de la précarité, du chômage, c’est fini". Il entend donc imposer sa politique.
     
D’abord, au Mouvement Cinq Étoiles qui va de défaite en défaite à chaque scrutin, local, régional ou européen. Le 26 mai, il a terminé en troisième position avec 17 % des voix contre plus de 21 % en 2014, et une perte de plus de 6 millions d’électeurs par rapport aux élections législatives du 4 mars 2018 où il était arrivé en tête avec 32,7 % des suffrages. Le parti est désormais divisé sur l’alliance qui l’a mené à gouverner avec la Ligue qui ne profite qu’à celle-ci et sur la stratégie à mener. Grâce à une consultation électronique, Luigi Di Maio, sans surprise, reste le chef du parti et envisage de changer l’organisation de celui-ci en tentant, par exemple, de se structurer sur le territoire et de modifier sa communication. Pour le moment, redoutant des élections anticipées qui pourraient lui être fortement préjudiciable, il préfère rester au pouvoir ; de ce fait, il est obligé d’accepter toutes les exigences de Matteo Salvini. Ce qui ne fait qu’accentuer son malaise interne. Le Mouvement Cinq Étoiles a une identité de moins en moins claire et, en outre, manque d’expérience politique à la différence de la Ligue.

Le ministre de l’économie, Giovanni Tria, et le président du Conseil, Giuseppe Conte, rejettent la création des minibot, et, fondamentalement, réaffirment l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne et à la zone euro.

Matteo Salvini doit ensuite faire fléchir trois personnages clefs de l’exécutif et des institutions : le ministre de l’économie, Giovanni Tria, le président du Conseil, Giuseppe Conte, et le président de la République, Sergio Mattarella. Avec les deux premiers, Salvini se fait presque menaçant, jouant sur le fait qu’ils sont très faibles et ne disposent ni de parti ni de parlementaires prêts à les suivre. Auprès du dernier, sachant la popularité dont il bénéficie auprès de l’opinion, essentiellement pour des raisons institutionnelles, il se montre plus prudent et respectueux. C’est surtout par rapport à l’Union européenne que la confrontation se joue.

Salvini veut que le gouvernement réfute durement les critiques venues de Bruxelles, entend imposer un homme de confiance comme commissaire européen et défend les minibot, ces bons du Trésor à court terme qui instaureraient une sorte de monnaie parallèle utilisée pour régler les arriérés des créanciers et des fournisseurs, et derrière lesquels se profile le spectre de la sortie de l’Italie de la zone euro. Giuseppe Conte et Giovanni Tria, pour leur part, encouragés en coulisses par le président de la République, considèrent qu’il leur revient à eux et à eux seuls d’engager la négociation avec la Commission sans basculer dans des polémiques inutiles et dangereuses. Ils rejettent la création des minibot, et, fondamentalement, réaffirment l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne et à la zone euro. Ils soulignent mezzo voce la complexité de la situation économique du pays avec un taux de croissance inférieure aux prévisions. En effet, les dépenses sociales engagées ou les mesures proposées par Matteo Salvini supposent de trouver des financements. À titre d’exemple, le coût de la flat tax est estimé à 30 milliards d’euros.

Il est difficile de prévoir ce qui va se passer dans les jours, les semaines ou les mois à venir. Matteo Salvini sera-t-il tenté de déclencher une crise gouvernementale afin de contraindre le président de la République à dissoudre la Chambre des députés et le Sénat ? Dans ce cas-là, cela se jouera très prochainement afin de pouvoir convoquer les électeurs pour la fin du mois de septembre. Et si cela se faisait, la Ligue serait en position de force mais sans doute pas en mesure de gagner à elle seule.
 

Elle devrait donc s’allier, à ses conditions, avec Forza Italia de Silvio Berlusconi, un parti mal en point, et Fratelli d’Italia, le parti post-fasciste qui progresse aussi électoralement. Le Parti démocrate est en convalescence mais ne paraît pas en mesure d’inverser la tendance. Il est en outre divisé, notamment sur la possibilité d’un éventuel accord avec le Mouvement Cinq Étoiles. L’autre hypothèse consisterait pour Matteo Salvini à continuer à gouverner avec le Mouvement Cinq Étoiles afin de continuer à l’affaiblir, asseoir encore plus fortement son influence dans le pays et attendre 2020 pour ouvrir la crise.

Le Parti démocrate est en convalescence mais ne paraît pas en mesure d’inverser la tendance. Il est en outre divisé, notamment sur la possibilité d’un éventuel accord avec le Mouvement Cinq Étoiles.

Dans tous les cas de figure, le moment de vérité pour la Ligue, et plus généralement pour l’Italie, sera l’adoption de la loi de finances à l’automne prochain. Comment concilier des promesses contradictoires ? Comment financer les dépenses envisagées et compenser une éventuelle baisse spectaculaire des impôts ? Enfin et surtout, comment négocier avec l’actuelle puis la future Commission européenne alors même que l’Italie se retrouve isolée en Europe ? En effet, l’écrasante majorité, voire tous les chefs d’État et de gouvernement condamneront la détérioration des comptes publics italiens. Quant aux élus populistes et souverainistes au Parlement européen, ils sont certes plus nombreux qu’en 2014 mais restent peu influents, et sont divisés y compris sur cette question-là.  
         
L’avenir de l’Italie est avant tout l’affaire des Italiens qui devront bien mesurer les conséquences politiques, économiques et sociales, jusque dans leur vie quotidienne, de l’action des partis pour lesquels ils votent. Mais le sort de l’Italie, troisième économie et deuxième puissance industrielle européenne, c’est aussi l’affaire de l’Union européenne. Donc de chacun de nous.

 

Copyright : ALBERTO PIZZOLI / AFP

 

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