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Harcèlement scolaire : la question est aussi cyber 

ARTICLES - 23 Juin 2021

Le Sénat a annoncé, le jeudi 27 mai 2021, la création d’une mission d’information sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement. Les conclusions de cette mission sont attendues à la rentrée 2021-2022. Dans cet article, Gilles Babinet et Thierry Jadot, co-présidents du dernier rapport de l’Institut Montaigne sur le rapport des jeunes à Internet (avril 2020) saluent l’initiative et encouragent à ne pas isoler le harcèlement scolaire du cyberharcèlement.

D’après une récente étude réalisée avec OpinionWay par l'Association e-Enfance et le Lab Heyme en 2020, un adolescent sur dix déclare avoir déjà été victime de violences en ligne. Ce phénomène semble avoir été d’autant plus important depuis la pandémie du Covid-19. L’association e-Enfance a constaté 30 % de signalements supplémentaires pour des faits de harcèlement, et elle a enregistré une hausse de 57 % des appels de cyberviolences entre 2019 et 2020. 

Dans le cadre de notre rapport de 2020, Internet : le péril jeune ?, nous observions nous-mêmes que 56 % des jeunes affirmaient avoir été victimes de cyberviolences, et 35 % à de multiples reprises. 13 % d’entre eux disaient avoir été victimes de rumeurs, 9 % de menaces, et 5 % disaient avoir déjà eu des images intimes d’eux mises en ligne sans leur consentement. 

Entre autres conclusions du rapport, nous appelions les pouvoirs publics à sensibiliser l’ensemble des acteurs concernés au phénomène de cyberharcèlement : enseignants, directeurs d’établissement, plateformes de contenus, parents…Seule une action coordonnée entre tous peut permettre d’endiguer rapidement le phénomène. 

Un an après la publication du rapport, et à l’occasion de la création de la mission d’information du Sénat sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement, nous revenons sur les messages de notre rapport. Nous défendons une idée centrale de notre réflexion : le harcèlement et le cyberharcèlement ne peuvent pas être traités isolément.

Le cyberharcèlement ne peut pas être décorrélé du harcèlement scolaire 

La nécessité de mieux comprendre la porosité entre harcèlement scolaire et cyberharcèlement est apparue d’autant plus forte durant la crise sanitaire, où les élèves ont côtoyé des salles de classe numériques. 

Le harcèlement et le cyberharcèlement ne peuvent pas être traités isolément.

Lors des focus groups réalisés dans le cadre de notre rapport, nous interrogions les mineurs victimes de cyberharcèlement et leurs parents sur l’identification des auteurs. Dans la plupart des cas, l’auteur des faits est un ami ou une connaissance de l’enfant ou de l’adolescent.

Les cyberviolences que subissent certains jeunes trouvent ainsi naissance dans les relations qu’ils entretiennent avec ceux qu’ils fréquentent à l’école ou dans leurs activités extrascolaires. 

Les violences qui ont lieu sur la toile se prolongent aussi très concrètement dans le monde "réel". L’une des principales observations de notre rapport est que les phénomènes de violences auxquels les jeunes sont confrontés en ligne ne se cantonnent pas à la sphère numérique : ils connaissent des prolongements dans le monde physique, notamment chez les jeunes filles qui, selon les résultats de notre enquête, sont particulièrement exposées : les filles sont davantage touchées que les garçons par pratiquement toutes les dimensions testées de la cyberviolence : que ce soit le fait d’être victimes d’insultes (20 %), de rumeurs (16 %) et de menaces (11 %).

Des solutions qui doivent être tout autant intriquées

Parmi les solutions, nous proposions de construire un guichet unique clairement identifié pour la prise en charge des jeunes victimes de violences, qu’elles aient lieu en ligne ou hors ligne. Nous proposions aussi que les chefs d’établissement et conseils de discipline puissent établir des mesures de sanctions dans le cas de cyberviolences qui se prolongent dans le cadre scolaire. 

Le code pénal et le code de l’éducation pourraient être liés davantage.

L’enjeu de la détection des cas est important et nous devons être collectivement attentifs aux signaux faibles dans le monde physique et dans le monde numérique. Dans notre rapport, nous proposions par exemple de mobiliser les acteurs de la société civile, y compris les parents, pour sensibiliser sur la réalité du phénomène en ligne comme hors ligne et sur l’étendue de ses victimes. Cette mobilisation pourrait passer par la création d’une "grande cause nationale". 

Enfin, le cadre légal en vigueur contribue à une segmentation entre harcèlement au sein de l’univers scolaire et harcèlement en dehors, notamment en ligne. Nous proposions donc d’harmoniser et de développer les textes qui concernent les (cyber)violences commises entre jeunes pour s’assurer qu’ils tiennent compte des liens entre violences scolaires et cyberviolences. Le code pénal et le code de l’éducation pourraient être liés davantage (renvoyer à l’article 222- 33-2-2 du code pénal dans l’article L. 511-3-1 du code de l’éducation) afin de rendre compte du continuum entre les mesures de responsabilisation qui relèvent du cadre éducatif et celles qui sont du ressort de la justice dans les cas les plus graves.

 

 

Copyright : Mladen ANTONOV / AFP

 

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