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Elections au Mali : “On parle assez peu d'autres enjeux que celui de la sécurité” pour Gilles Yabi

BLOG - 27 Juillet 2018

Par Institut Montaigne

Le 29 juillet prochain, les Maliens se rendront aux urnes pour élire leur nouveau Président. En plein  état d’urgence, le pays doit faire face à des violences djihadistes et à des conflits intercommunautaires qui auront une incidence sur le scrutin. Trois ans après la signature de l’accord d’Alger, qui peine à être mis en oeuvre, la question sécuritaire est omniprésente. Gilles Yabi, fondateur du think tank citoyen ouest-africain WATHI nous livre son analyse de ces enjeux. 

Plus de cinq ans après l’opération française au Mali, destinée à repousser une offensive des groupes armés islamistes au nord du pays et à restaurer la souveraineté du gouvernement central, quelle est la situation sécuritaire du Mali ? 

La situation sécuritaire est très préoccupante au Mali, cinq ans après l'intervention militaire française et internationale. Les formes et la géographie de l'insécurité et de la violence ont changé : l'opération Serval, puis Barkhane, le déploiement de l'opération des Nations unies et le redéploiement progressif des forces maliennes ont permis de reprendre le contrôle formel de l'essentiel du territoire. Les groupes armés estampillés terroristes ne pouvaient ainsi plus s'installer et occuper durablement une ville ou une bourgade. Les groupes armés qui ont intégré le processus de paix ont, quant à eux, conservé une forte présence sur leurs territoires respectifs d'ancrage local et collaborent plus ou moins à la mise en oeuvre de l'accord de paix issu du processus d'Alger. Mais les éléments des groupes armés qui se définissent comme djihadistes se sont éparpillés puis réorganisés et harcèlent les forces militaires par des attaques terroristes régulières. Ils n'ont pas hésité à attaquer récemment le quartier général de la force conjointe du G5 Sahel. 

Les attaques terroristes au cours des dernières années ont touché les pays voisins du Mali, et les zones frontalières avec le Burkina Faso et le Niger sont devenues plus dangereuses. La situation la plus grave est néanmoins celle du centre du pays, autour de Mopti, où les violences intercommunautaires ont pris une dimension très inquiétante. Dans un pays de grande diversité ethnoculturelle comme le Mali, ces violences sont de nature à casser encore davantage la cohésion sociale et à créer un terreau encore plus favorable à toutes les formes de criminalité. Les groupes djihadistes armés ont joué un rôle dans le déplacement de la violence du nord vers le centre du pays et profitent des tensions préexistantes entre différentes communautés généralement rivales pour l'accès aux ressources naturelles rares. La réponse à l'insécurité au Mali doit prendre des formes différentes en fonction des régions, et nulle part sur le territoire, elle ne peut se limiter à des interventions militaires. Nulle part, il n'y aura non plus de solutions à court terme et de solutions faciles.

Outre la question sécuritaire, dominante, quels sont les autres enjeux de cette élection ?

On parle assez peu d'autres enjeux que celui de la sécurité. Et il est vrai que dans les régions directement affectées par l'insécurité, l'amélioration des conditions de vie des populations ne peut s'imaginer sans la restauration d'un climat de sécurité, essentiel pour mener sereinement des activités économiques, se préoccuper de l'éducation des enfants, etc. D'autres enjeux sont pourtant fondamentaux pour l'avenir du pays : la gouvernance politique et économique ou la transformation de l’État dont la faillite a tout de même été un facteur essentiel de la crise généralisée en 2012. Cela passerait par des réformes institutionnelles et politiques - dont certaines sont même traitées par l'accord de paix -, mais aussi par des changements réels dans le fonctionnement de l'administration visant à la rendre plus utile pour les populations, et plus juste. L'enjeu de l'éducation et de la formation me semble également primordial. Néanmoins, si quelques candidats formulent des propositions intéressantes à ces sujets dans leurs programmes, tout cela est assez peu présent dans la campagne.

Plutôt que le Président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, ou son principal opposant, Soumaïla Cissé, l’abstention pourrait-elle remporter cette élection ?

L'abstention aux élections est traditionnellement forte au Mali, bien plus que dans la plupart des autres pays d'Afrique de l'Ouest. En 2013, le taux de participation au second tour était de 45,73  % et il était bien plus élevé que les 36,24 % de la présidentielle de 2007. Cette année, en ajoutant la situation d'insécurité dans certaines zones du pays, notamment au centre hors des villes, il y a des chances que l'abstention soit en effet la grande gagnante du scrutin. C'est pour cela qu'il faut déjà accélérer la distribution des nouvelles cartes d'électeur pendant les derniers jours, communiquer massivement sur l'importance du vote pour redonner de la légitimité aux futurs gouvernants. Il s’agira au moins de maintenir l'abstention à un niveau comparable aux précédentes élections présidentielles à défaut d'améliorer la participation dans un contexte de grande désillusion de beaucoup de Maliens quant à l'utilité du rituel électoral.

 

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