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Défense : le retour des puissances militaires

ARTICLES - 14 Juin 2021

Alors que se tient ce lundi 14 juin un sommet de l’OTAN, le premier auquel participera le Président américain Joe Biden, qu’en sera-t-il de la question épineuse - et chère à son prédécesseur Donald Trump - des fameux "2 %", correspondant à l’objectif, pour les pays européens, de consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses de défense ? Si la crise du Covid-19 et la baisse du PIB qu’elle a engendrée dans la plupart des pays ont rendu cet objectif obsolète (certains pays, dont la France, dépassant désormais les 2 % uniquement par effet mécanique de baisse du PIB), la demande américaine à ses alliés européens de contribuer davantage à leur sécurité est plus que jamais d’actualité - et légitime -, compte tenu du contexte stratégique. 

Le retour de la puissance 

Celui-ci est en effet marqué par un retour de la puissance militaire, comme le démontrent les chiffres des dépenses militaires mondiales pour l’année 2020, dévoilés fin avril par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Malgré la crise économique due à la pandémie, l’année 2020 enregistre une augmentation des dépenses militaires de 2,6 % par rapport à la précédente, portant le montant mondial à près de 2 000 milliards de dollars. Il s’agit de la cinquième année de hausse consécutive, certes moins élevée qu’en 2019 (+3,7 % par rapport à 2018). Au total, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 9,5 % depuis 2010, et de 91,7 % depuis 2000. 

On assiste en particulier à la montée en puissance militaire d’États qui remettent en cause le statu quo international établi depuis la fin de la Guerre froide. C’est en premier lieu le cas de la Chine, qui occupe depuis 2010 la deuxième place, après les États-Unis, du classement des pays par dépenses militaires. Selon le SIPRI, les dépenses militaires chinoises en 2020 ont atteint près de 245 milliards de dollars, contre 208 milliards de dollars selon Pékin - qui a omis "deux postes pourtant cruciaux pour les équilibres régionaux : les dépenses publiques de recherche et de développement pour l’industrie d’armement, et la Police armée du peuple et son corps des garde-côtes" comme le note Mathieu Duchâtel. Pour la 26ème année consécutive, ces dépenses sont en hausse : de 1,9 % par rapport à 2019 et de près de 500 % depuis 2000.

On assiste en particulier à la montée en puissance militaire d’États qui remettent en cause le statu quo international établi depuis la fin de la Guerre froide.

Autre facteur de détérioration de l’environnement stratégique ces dernières années : l’agressivité renouvelée de la Russie, facilitée par la restauration de sa puissance militaire. Ainsi, selon le SIPRI, Moscou, qui occupe la quatrième place du classement des dépenses militaires mondiales derrière l’Inde, consacrait 67 milliards de dollars à son armée en 2020, soit 2,5 % de plus que l’année précédente et une hausse de 183 % sur les vingt dernières années.

Enfin, l’implication croissante de la Turquie dans son voisinage constitue également une menace pour l’équilibre mondial, et en particulier pour l’Europe, notamment en Méditerranée orientale. Afin de se positionner en tant que puissance régionale, Ankara s’est aussi appuyée sur une augmentation importante de ses dépenses militaires (qui demeurent néanmoins bien inférieures à celles des pays précédemment cités) : malgré une baisse de 5 % entre 2019 et 2020, celles-ci ont connu une hausse de 65 % entre 2000 et 2019. À titre de comparaison, les dépenses militaires françaises n’ont augmenté que de 14,5 % depuis 2000. 
 
Face à ce contexte marqué par le retour de la puissance militaire, il s’agit pour l’Europe, et notamment pour la France, d'investir davantage dans sa sécurité. Si le cap symbolique des 2 % - que la France atteint cette année grâce à la baisse de son PIB due à la pandémie - a peu de sens, cela passe néanmoins par la consécration de moyens importants à la défense. 

Ne pas baisser la garde

Au lendemain de la Guerre froide, la menace semblait diminuer et les gouvernements successifs ont alors décidé de réduire progressivement l’effort national consacré à la défense. À partir de 2015 néanmoins, une nette dégradation de l’environnement stratégique, le durcissement des opérations militaires extérieures et la nécessaire protection sur le territoire national à la suite des attentats ont souligné le besoin de renforcer notre effort de défense. Cela a conduit à une actualisation à la hausse du budget de la défense, avec 3,8 milliards d’euros supplémentaires en 2015 par rapport à la trajectoire initiale, et 2,2 milliards d’euros en 2016.

La Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, qui vise à établir une programmation pluriannuelle des dépenses de l’État consacrées à la défense, s’inscrit dans cette trajectoire initiée depuis 2015. Elle prévoit une augmentation du budget de 1,7 milliards d’euros par an entre 2019 et 2022, puis de 3 milliards d’euros à partir de 2023. Si elle est pour l’instant respectée depuis 2019, l’expérience nous enseigne que c’est généralement le cas dans les premières années, sans que cela ne représente une garantie pour les années suivantes. 

Face à ce contexte marqué par le retour de la puissance militaire, il s’agit pour l’Europe, et notamment pour la France, d'investir davantage dans sa sécurité.

D’autant que deux points d’attention appellent particulièrement à la prudence. D’une part, la trajectoire de la LPM fait reposer sur le prochain quinquennat l’effort budgétaire le plus important (les plus fortes augmentations ne sont prévues qu’à partir de 2023). Par ailleurs, les engagements de la LPM 2019-2025 prévoient de consacrer 295 milliards d’euros à la défense sur l’ensemble de la période. Il s’agit d’un effort très conséquent pour la Nation : le deuxième poste budgétaire de l’État derrière l’Éducation nationale. Or, la situation des finances publiques françaises se trouve fortement dégradée en raison de la crise sanitaire : selon l’Insee, la dette publique a atteint 115,7 % du PIB en 2020 (contre 98,1 % avant la crise, en 2019). 

Malgré ce contexte économique difficile, il est important de sécuriser la LPM actuelle jusqu’en 2025, comme nous l’appelions de nos vœux dans notre récent rapport, Repenser la défense face aux crises du XXIème siècle. Elle est en effet nécessaire pour faire face aux enjeux qui se posent à nous, dans un monde marqué par le retour de la puissance militaire. Si les questions de défense semblent assez éloignées des préoccupations quotidiennes des Français, celles-ci sont néanmoins étroitement liées aux enjeux de sécurité, qui devraient animer la campagne pour l’élection présidentielle française de 2022. Il serait donc contre productif de réduire l’effort dans ce domaine : au contraire, la sensibilisation des citoyens aux enjeux de défense permettrait de justifier des sommes en jeu en ne négligeant pas cet aspect clé de la politique régalienne de l’État.

 

 

Copyright : Armend NIMANI / AFP

 

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