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Comment la culture pop peut-elle nous aider à mieux comprendre les troubles psychiques ?

Trois questions au docteur Jean-Victor Blanc

INTERVIEW - 28 Mai 2020

Les maladies psychiatriques sont des maladies comme les autres : elles peuvent se prévenir et se guérir. Pourtant, dans l'ouvrage Psychiatrie : l'état d'urgence (Fayard, 2018) l’Institut Montaigne faisait le constat que ces maladies sont toujours mal connues, stigmatisées, alors qu'elles touchent un Français sur cinq. Les professionnels de santé ne sont pas épargnés par cette stigmatisation : la profession de psychiatre figure au rang des professions mal aimées, en témoignent notamment les choix des étudiants en médecine aux épreuves classantes nationales. Pour lutter contre cette stigmatisation, le Docteur Jean-Victor Blanc, médecin-psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris et enseignant à Sorbonne Université, a mené un important travail de recherche et de pédagogie auprès du grand public. Il est ainsi l’auteur de Pop & Psy (Éditions Plon, 2019) qui décode les troubles psychiques à l’aide de films, séries et déclarations de célébrités issues de la culture pop. Nous lui avons posé trois questions en ce sens.

Pourquoi les maladies psychiatriques font-elles encore l'objet de tant de stigmatisation ? En quoi l'approche par la pop culture permet-elle de changer le regard notamment auprès des jeunes ?

La stigmatisation repose sur un manque de connaissances, et les troubles psychiques sont encore très mal compris dans notre société. Les idées reçues sur la dépression, les addictions ou la schizophrénie sont légion. Des stéréotypes dépréciatifs sont attribués aux personnes ayant un trouble psychique : qu’elles sont dangereuses, peu fiables et inaccessible à un rétablissement par exemple. Bien que ces maladies concernent une personne sur cinq (OMS), il existe un grand manque d’éducation à ce sujet.

Les idées reçues sur la dépression, les addictions ou la schizophrénie sont légion.

Pourtant, la fascination induite par les troubles psychiques trouve d’innombrables exemples. La "folie" a été une des premières choses représentée à l’écran lors de la naissance du cinéma. Beaucoup d’œuvres étaient largement pessimistes sur le sujet, comme Vol au dessus d’un nid de coucou (1975).

On assiste actuellement à un changement de paradigme. La culture pop, à travers films, séries ou prises de paroles de célébrités donne aujourd’hui une visibilité inédite à la santé mentale. Des fictions, comme le film Happiness Therapy (2012) ou la série Netflix 13 Reasons Why (2017) s’appuie sur un travail de recherche conséquent qui témoigne d’une volonté de s’éloigner des clichés stigmatisant. Elles symbolisent cette nouvelle manière d’aborder les troubles psychiques. Par ailleurs, les célébrités Selena Gomez, Mariah Carey ou Kanye West ont évoqué à la première personne la maladie psychiatrique dont ils sont atteints - et pour laquelle ils se soignent. Cet effet de role model, venant de personnalités publiques adulées pour leur succès, a un effet salvateur sur les représentations négatives de la santé mentale. Ces messages permettent, d’apporter une vision de la maladie psychique plus juste, et positive, notamment auprès des millenials. Pour cela, avec le cycle de conférence Culture Pop et Psychiatrie, réalisé en partenariat avec les cinémas Mk2, et le livre Pop & Psy (Plon) j’utilise des références de la culture pop afin de décoder de manière ludique, en restant rigoureux, ma discipline, la psychiatrie.

En quoi cette stigmatisation a-t-elle des effets néfastes sur le diagnostic puis la prise en charge et le rétablissement des patients ?

La stigmatisation peut en effet retarder toutes les étapes de l’accès aux soins. Le manque de connaissances envers les maladies psychiques empêchent leur repérage précoce, la compréhension et l’aide à apporter. Ceci est vrai chez la personne concernée et parmi son entourage, privé comme professionnel. Ensuite, par capillarité, le stigma s’étend à la prise en charge. Aller voir un professionnel de santé, comme un psychiatre, est encore trop souvent envisagé comme un échec. Un traitement antidépresseur a peu de chance d’être accepté, si on considère que la dépression n’est pas une maladie mais un manque de volonté.

Aller voir un professionnel de santé, comme un psychiatre, est encore trop souvent envisagé comme un échec. Un traitement antidépresseur a peu de chance d’être accepté, si on considère que la dépression n’est pas une maladie mais un manque de volonté. Or, comme toutes les maladies, plus tard est la prise en charge et moins le rétablissement est aisé. D’où l’intérêt de faire avancer les connaissances parmi le grand public, mais aussi le monde de l’entreprise, en utilisant des moyens différenciant et moins anxiogène, comme la pop culture.

Cet effet de role model, venant de personnalités publiques adulées pour leur succès, a un effet salvateur sur les représentations négatives de la santé mentale.

Quelles devraient être selon vous, les actions prioritaires à mener en matière de politiques publiques, pour lutter contre la stigmatisation ?

J’en formulerai trois. Tout d’abord, favoriser l’accès à l’éducation à la santé mentale, en ciblant la scolarité mais aussi les entreprises. Le savoir et sa diffusion sont une arme puissante contre les stéréotypes. Or, alors qu’il y a une vraie appétence sur le sujet, notre société a moins de connaissance sur les troubles psychiques que sur d’autres sphères de leur santé.

Ensuite, le soutien aux infrastructures de soins, mais aussi de recherche. C’est indispensable au développement de la psychiatrie. Pourtant, les idées reçues s’étendent dans tous les milieux, et notre discipline est malheureusement le parent pauvre des investissements, tant publics que privés.

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Enfin, et c’est peut être la mesure la plus facilement applicable médico-économiquement : favoriser le coming out des personnes concernées, c’est-à-dire parler de sa maladie, dire qu’on est atteint par tel pathologie et ainsi briser le tabou qui l’entoure. On sait qu’un certain nombre de valeurs sont transmises par les pairs, et aussi le rôle d’exemplarité transmis par la voie hiérarchique. Des stars hollywoodiennes ont réussi à changer l’image d’une maladie comme le trouble bipolaire. Je suis persuadé que la prise de parole d’acteurs de la vie politique et monde des affaires concernés par les troubles psychiques aurait un effet positif, notamment quant aux capacités de rétablissement. Ce serait un message fort, dont je conçois l’avant-gardisme !

 

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