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Brexit : qu’en pensent les entreprises ?

Trois questions à Arnaud Vaissié

INTERVIEW - 20 Mars 2019

Alors que le Royaume-Uni semble plonger dans un grand marasme politique, les entreprises britanniques et européennes continuent à s’interroger sur l’issue finale du Brexit. Arnaud Vaissié, président directeur général-d’International SOS, co-président du Cercle d’outre-Manche et président du groupe de travail ETI : taille intermédiaire, gros potentiel décrypte pour nous les conséquences économiques d’un possible "no-deal".

L'incertitude sur la finalité du Brexit se faisant de plus en plus forte, quel est actuellement l'état d'esprit dans les entreprises britanniques ?

À moins de deux semaines de la date butoir initiale du 29 mars, le parlement britannique reste profondément divisé sur la manière de quitter l’Union européenne, créant une situation particulièrement chaotique et anxiogène. Les inquiétudes sont aujourd’hui évidemment de plus en plus vives notamment dans les milieux économiques et patronaux. The Institute of Directors, qui est l’organisation patronale britannique regroupant directeurs généraux et cadres exécutifs d’entreprises, a conduit il y a quelques semaines un sondage auprès de ses membres. Sur 1 200 entreprises britanniques interrogées, près d'un tiers sont prêtes à déplacer des activités hors du Royaume-Uni en raison des risques liés au Brexit.

Sur 1 200 entreprises britanniques, près d'un tiers sont prêtes à déplacer des activités hors du Royaume-Uni en raison des risques liés au Brexit.

Il s’agit là d’un principe de précaution afin de limiter le plus possible les conséquences d’une sortie de l'UE aux contours toujours très incertains. Un fait nouveau depuis le début de l’année : de plus en plus de grandes entreprises et de tout secteur annoncent leurs intentions de réduire leurs activités ou de fermer des usines en partie ou en totalité au Royaume-Uni.

L’industrie automobile britannique, par exemple, risque de disparaître alors qu’il s’agit de l’un des fleurons du pays. Honda, Nissan, Ford, Jaguar Land Rover et BMW sont aujourd’hui sur le point de partir. Les Britanniques commencent à voir la réalité économique et sociale du Brexit. En cas de "no deal", le pays devrait bientôt être rattrapé par les conséquences concrètes de son choix.

Les acteurs économiques sont-ils prêts à faire face aux conséquences d'un "no deal" ?

Il y a aujourd’hui 30 000 entreprises françaises qui exportent au Royaume-Uni et 3 400 entreprises qui y sont implantées. Le Royaume-Uni est le premier excédent commercial de la France. Une étude de l’assureur-crédit Euler Hermes évalue à 3 milliards d’euros la perte en valeur pour les entreprises françaises en cas de "no deal", d’où l’importance de s’y préparer.

Je dirais que les grands groupes ou les secteurs très exposés comme les laboratoires pharmaceutiques ont, pour la plupart, mis en place des plans B en diversifiant leur voie d’approvisionnement par exemple. En revanche, cela est plus difficile pour les PME qui n’ont pas forcément les ressources nécessaires pour appréhender et faire face aux conséquences d’un "hard Brexit".

Une étude évalue à 3 milliards d’euros la perte en valeur pour les entreprises françaises en cas de "no deal".

D’une manière générale, personne ne peut dire aujourd’hui qu’il est parfaitement préparé en cas de "no deal". Je pense qu’il faudra malheureusement attendre d’y être confronté pour mesurer véritablement la nature du choc. D’ailleurs, je salue l’excellente initiative du gouvernement français qui vient de mettre en place un portail d’information Brexit très utile pour les entreprises et les particuliers: https://brexit.gouv.fr

Comment percevez-vous l'impact actuel du Brexit sur les décisions d'investissement des entreprises ?

Le Brexit génère une forte insécurité juridique et les entreprises redoutent l’incertitude. Par conséquent, l’impact est important sur les investissements au Royaume-Uni. Je co-préside "Le Cercle d’outre-Manche", ce think-tank économique basé à Londres qui rassemble 50 patrons français issus de tout secteur d’activité. Nous avons mené un récent sondage dans lequel plus de 40 % de nos membres indiquent que le Brexit a eu un impact sur leurs décisions d’investissement au Royaume-Uni au cours de ces 30 derniers mois. Un grand nombre d’entreprises ont soit repoussé, soit annulé, les investissements qu’elles avaient prévus de faire avant le vote en faveur du Brexit. Le manque d’investissement sur une période donnée ne se rattrape pas. Il n’est donc pas surprenant que les investissements directs étrangers (IDE) au Royaume-Uni aient enregistré en 2018 leur plus bas niveau depuis près de 10 ans.

 

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