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Brexit : le Royaume-Uni dans l'impasse ?

Trois Questions à Georgina Wright

INTERVIEW - 19 Décembre 2018

L'imbroglio autour du Brexit ne semble pas près de prendre fin. La semaine du 10 décembre, en particulier, a été riche en événements pour Theresa May : elle a reporté le vote de l'accord de sortie à la Chambre des communes, le mercredi 12 elle a été confrontée à un vote de défiance au sein de son propre parti, et elle était jeudi 13 à Bruxelles pour le Conseil européen. Georgina Wright, research associate à Chatham House jusqu'en décembre 2018, nous éclaire sur la situation politique actuelle au Royaume-Uni et sur les implications qu'elle pourrait avoir pour le Brexit.

Vu de France, la situation politique au Royaume-Uni semble relativement compliquée. Pourriez-vous nous en expliquer les principales composantes ?

L'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne (UE) a toujours suscité de nombreuses divisions au sein du pays, et le référendum de juin 2016, qui a vu l’option du Brexit l’emporter par une faible majorité de 52 %, est l’événement qui l’a vraisemblablement le plus reflété.

Il n'y a pas de consensus sur ce que veut le Royaume-Uni : c'est bien là tout le défi.

Il n'y a pas de consensus sur ce que veut le Royaume-Uni : c'est bien là tout le défi. Pendant des mois, le gouvernement lui-même a été divisé sur le type de relation que le Royaume-Uni souhaitait entretenir avec l'UE. C’est pour cette raison que, quel que soit l'accord de sortie qui était conclu entre le Royaume-Uni et l'UE, il n'allait jamais satisfaire tout le monde.

Il y a deux semaines, cependant, il est devenu clair que la Chambre des communes allait probablement rejeter l'accord de sortie, et c'est pourquoi Theresa May a décidé de retarder le vote. Elle espérait décrocher plus de garanties de la part du Conseil de l'UE - qui se tenait les 13 et 14 décembre derniers - afin de convaincre suffisamment de députés de soutenir son projet d’accord. Cette stratégie n’a pas fonctionné. 

Aujourd’hui, Theresa May manque de temps. Le Royaume-Uni n'a plus que quelques mois pour adopter un accord de sortie s'il veut éviter un "no deal" en mars 2019.

Dans quelle situation se trouve Theresa May aujourd’hui ? Pensez-vous qu'elle pourra obtenir un vote favorable de la Chambre des communes concernant l’accord de sortie ?

Du point de vue de son leadership, elle est, pour l'instant, en sécurité.

Theresa May a fait face à un vote de défiance au sein de son parti la semaine dernière alors que plus de 48 députés conservateurs estimaient qu'elle n'était plus la bonne personne pour diriger le parti des conservateurs et le gouvernement. Elle a remporté le vote, ce qui signifie que les membres de son parti ne pourront plus contester sa position, et ce pendant un an (bien que le parti travailliste puisse encore demander un vote de défiance).

Du point de vue du Brexit, la situation est plus précaire.

L'une des raisons pour lesquelles elle a reporté le vote parlementaire sur l'accord de sortie était qu'elle espérait obtenir davantage de garanties de la part du Conseil de l'UE, par exemple sur le "backstop" irlandais. Le backstop agit comme une politique d'assurance : si aucune option (technologique ou juridique) n'était trouvée d'ici la fin des négociations commerciales avec l'UE pour empêcher le retour d'une frontière dure entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, alors le backstop entrerait en vigueur.

Du point de vue de son leadership, elle est, pour l'instant, en sécurité [...] Du point de vue du Brexit, la situation est plus précaire.

Cela maintiendrait en réalité l'ensemble du Royaume-Uni dans le cadre d'un accord douanier avec l'UE, mais soumettrait l'Irlande du Nord à davantage de règles communautaires que le reste du Royaume-Uni. Cette perspective a indigné de nombreux députés qui estiment qu’un tel accord porte atteinte à l'intégrité constitutionnelle du Royaume-Uni.

Mais il est peu probable que la stratégie d’apaisement menée par Theresa May fonctionne. Plusieurs députés s'opposent à l'accord de sortie, ce pour différentes raisons. Certains croient que s'opposer à l’accord augmenterait les chances d'un deuxième référendum, d'autres que cela mènerait à des élections générales anticipées. D'autres préfèreraient même ne pas conclure d'accord. Il est vraiment difficile de savoir ce qu’il va se passer.

Face à cette situation, pensez-vous que la position de l’UE puisse changer ?

Non, pas vraiment.

La position des 27 a toujours été claire : l'accord de sortie actuellement sur la table est le résultat de négociations longues, complexes et plutôt fastidieuses. Les deux parties ont fait des compromis et, comme Theresa May, les États membres estiment que l'accord actuel est le meilleur et le seul possible.

Les deux parties ont fait des compromis et, comme Theresa May, les États membres estiment que l'accord actuel est le meilleur et le seul possible.

Bien sûr, l'UE préférerait qu’un accord soit trouvé et comprend les pressions auxquelles Theresa May est confrontée, de sorte que les 27 pourraient accepter de petits changements sémantiques à l’accord de sortie. Mais il faudrait, pour cela, que le Royaume-Uni soit clair sur les modifications de l’accord qu'il souhaite et s'assure que ces dernières puissent réellement fonctionner dans la pratique. Il faudrait également que Theresa May réussisse à convaincre l’UE que ces modifications seront adoptées par le Parlement britannique.

Les États membres de l'UE s'opposeront à tout changement substantiel car cela pourrait ouvrir la porte à d'autres États membres, comme l'Espagne ou la France, pour exiger de nouvelles concessions dans l'accord de sortie. En rompant l'équilibre, on risquerait un échec total de l’accord.

Enfin, il convient de rappeler que les débats ne portent pour le moment que sur les termes de la procédure de retrait : les discussions sur l’accord de libre échange et un partenariat de sécurité n'ont pas encore commencé. Ces négociations, à condition d'y parvenir, seront beaucoup plus compliquées que celles auxquelles nous avons assisté jusqu'à présent.

 

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