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Aix-la-Chapelle : un traité pour l’Europe ?

Entretien avec Bernard de Montferrand

INTERVIEW - 24 Janvier 2019

Plus d’un demi-siècle après le Traité de l’Elysée, la France et l’Allemagne ont signé le 22 janvier 2019 un nouveau traité d’amitié et de coopération à Aix-la-Chapelle. Que signifie cet engagement international pour le futur de l’Europe ? Où en est véritablement la relation franco-allemande ? Bernard de Montferrand, ancien ambassadeur de France en Allemagne et Senior Advisor chez Roland Berger, nous livre son analyse de la relation politique entre Paris et Berlin et des conséquences de celles-ci pour l’Europe. 

Ce nouveau traité de coopération et d'amitié entre la France et l'Allemagne aura-t-il un véritable impact sur la relation franco-allemande ? 

La vision stratégique du Traité de l'Elysée avait été modifiée par le préambule qu'y avaient ajouté les Allemands. Cela n'avait pas empêché la procédure de consultations systématiques qu'il organisait de faire progresser de façon spectaculaire la relation franco-allemande. Cette fois-ci, les analyses stratégiques se sont rapprochées et cela devrait faciliter des avancées dans plusieurs des domaines qui ont été définis comme prioritaires. C'est le cas du sujet capital de la défense mais aussi du digital, de l'intelligence artificielle ou encore de celui de l'espace. Cela concerne également de façon très concrète tout ce qui concerne la coopération transfrontalière qui est en quelque sorte un laboratoire de ce que pourraient être à l'avenir les relations futures entres citoyens et sociétés civiles à l'intérieur de l'Europe.

Ce traité franco-allemand devrait faciliter des avancées dans plusieurs des domaines qui ont été définis comme prioritaires. C'est le cas du sujet capital de la défense mais aussi du digital, de l'intelligence artificielle ou encore de celui de l'espace.

Pourtant, construire au jour le jour restera difficile compte tenu des rivalités et des intérêts industriels et scientifiques comme, par exemple, dans le domaine de l'espace. Chacun, et c'est encore plus vrai au niveau des entreprises, veut toujours être le premier alors qu'il faut l'être ensemble. Il faudra aussi mettre des moyens considérables pour atteindre les buts fixés et que ceux ci soient relativement équilibrés entre les deux pays. Il faut enfin dépasser des différences de culture profondément ancrées dans nos mentalités comme en matière de défense et d'économie. Il faudra donc une volonté politique de tous les instants pour remplir le cadre fixé par le traité. C'est aux actes qu'il devra être jugé. Au moins avons nous des priorités précises.

Pensez-vous possible le fait que l'Allemagne devienne un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies ? La France agira-t-elle vraiment en ce sens ?

Nous n'avons pas seuls la clé du changement et, pour le moment, la situation a été bloquée par plusieurs pays concurrents. Mais cela fait de nombreuses années que la France soutient avec vigueur une réforme des Nations Unies pour les adapter à un monde profondément différent de ce qu'il était en 1945 et par conséquent un élargissement du Conseil de sécurité à plusieurs pays dont l'Allemagne. Le système multilatéral, si attaqué aujourd'hui, sera d'autant plus fort qu'il sera légitime et reflétera le monde du XXIème siècle. Le traité réaffirme cette volonté. En attendant, on ne souligne pas assez la coopération extrêmement étroite et quasi-unique entre les délégations française et allemande à l'ONU qui les amène à prendre des positions le plus souvent identiques même s'il arrive dans de rares cas que les votes différent.

En matière diplomatique et stratégique ainsi que s'agissant des sujets européens, la France et Allemagne parviendront-elles à rapprocher leurs positions ?

Le traité intervient à un moment où nous vivons une révolution stratégique avec l'imprévisibilité radicale des Etats-Unis, la posture systématiquement agressive des Russes, l'ambition farouche de la Chine et le comportement bien peu "multilatéral" de nombreux acteurs, ceci alors que le Brexit est un défi pour l'Europe mais surtout où le monde bascule vers l'Asie au détriment des classe moyennes occidentales. Cette nouvelle donne met en évidence les intérêts propres des Européens et rend illusoire tout "cavalier seul" ou "Alleingang" de l'un d'entre eux, quel que soit sa taille. Autrefois, on savait qu'il ne fallait jamais demander aux Allemands de choisir entre l'Europe et les Etats-Unis. Aujourd'hui, il y a une conscience très forte qu'il faut combiner une véritable autonomie européenne avec l'alliance américaine. Bien sûr, le danger en pousse certains à rester exclusivement sous l'aile américaine, même si c'est pour y recevoir de méchants coups de bec, mais les choses changent.

Cette évolution ouvre de vraies perspectives pour définir des positions communes et en particulier pour doter l'Europe de capacités de défense. S'y ajoute la nécessité. C'est le cas du développement de l'Afrique. Jusqu'ici, nous agissions trop peu en commun. Le défi migratoire et les risques de crise nous y contraignent.

S'agissant de l'Europe, la caractéristique de ce traité est qu'elle est constamment citée. Il s’agit véritablement de mettre la coopération franco-allemande au service de l'Europe. Mais le traité, par tous les sujets qu'il met en exergue, souligne en creux la faiblesse des initiatives européennes pour donner une nouvelle dynamique à notre projet commun, alors même que le Brexit aurait du susciter de la part des institutions de Bruxelles des propositions vigoureuses. 

Ce rapprochement sera fructueux si l’on regarde avant tout les réalités et si l’on garde un lien étroit avec les opinions.

Sur le fond, les approches "fédéralistes" et "de l'Europe de Nations" qui étaient la marque de l'Allemagne et de la France se sont beaucoup rapprochées dans les faits, malgré parfois des "postures" différentes. Ce rapprochement sera fructueux si l’on regarde avant tout les réalités et si l’on garde un lien étroit avec les opinions. La mise en place, parallèlement au traité, d'une assemblée commune au Bundestag et à l'Assemblée nationale paraît un rappel salutaire de la légitimité irremplaçable et de la proximité des représentations nationales.

 

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