Aller au contenu principal
Exemple : Education, Europe, Santé

Crise grecque : du plan de sauvetage au sauvetage du plan

BLOG - 1 Août 2011


Tribune de Claude Bébéar et Frédéric Bonnevay parue dans Le Figaro du 1er août 2011 - Les auteurs préconisent des mesures pour renforcer le plan européen.

L'annonce d'un deuxième plan de sauvetage grec fut suivie d'un immense soulagement au sein de la communauté internationale. Les négociations auraient tout a fait pu ne pas aboutir tant les contraintes imposées par Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Trichet semblaient inconciliables. Cette heureuse conclusion témoigne du réalisme et de la détermination qui animent les dirigeants européens : en cela, l'accord du 21 juillet constitue un succès diplomatique certain.

Forte de près de 160 milliards d'euros, cette nouvelle aide devrait couvrir les besoins financiers d'Athènes "pour dix ans", suivant les propos d'Evangelos Venizelos, ministre des Finances grec, et atténuer les craintes des investisseurs. L'élargissement du rôle joué par le Fonds européen de stabilisation financière (FESF), désormais capable d'intervenir sur les marchés de capitaux et de soutenir les banques en difficulté, dote l'Union européenne d'un instrument incisif et polyvalent.

Malgré tous ces efforts, l'architecture du plan reste bancale. La solution proposée, fruit de compromis et de demi mesures, souffre de sérieuses carences. Premièrement, l'Europe présente un programme excessivement complexe, là où les investisseurs attendaient une feuille de route claire.

Deuxièmement, le plan affiche une efficacité financière limitée. L'enveloppe allouée à la Grèce équivaut en volume, à près de 50% de sa dette - ou 80% en incluant les prêts de 2010, mais se traduit par un allégement réel (en valeur nette actualisée) de 20% seulement qui plus est assorti d'un "défaut sélectif". Pareille disproportion a de quoi surprendre.

Troisièmement, sa portée demeure essentiellement locale réduite au seul cas grec. Or, c'est du traitement réservé à Lisbonne, Madrid et Rome que dépend l'avenir de la zone euro : l'importance du plan de sauvetage grec tient d'abord à ce qu'il préfigure. La fiction économique en temps de crise est une monnaie qui n'a pas cours. Regretter l'irrésolution des autorités européennes, déplorer leurs hésitations et leurs retards, est un exercice vain aussi facile qu'inutile. Il faut, au contraire, prendre les choses où elles en sont.

Trois initiatives clefs peuvent corriger ses lacunes et prévenir toute grave erreur dans son exécution. La première initiative consiste à immuniser les titres souverains de la zone euro contre l'arbitraire de la notation. Si les procédures utilisées par les grandes agences ont gagné en transparence, la chaîne intempestive des dégradations est un facteur profondément déstabilisant. Sans attendre un nouvel encadrement réglementaire de la profession, les pouvoirs publics doivent rendre aux agences de notation leur juste place dans le circuit financier mondial. Il revient notamment à la Banque centrale européenne de déterminer seule les obligations d'État qu'elle accepte en garantie. En décrétant la recevabilité inconditionnelle des titres de tous les pays membres de la zone euro, Francfort éteindrait par anticipation de nombreux départs d'incendie.

Clef de voûte du dispositif, à l'extension du mandat du Fonds de stabilisation au rachat de dette sur le marché secondaire doit correspondre une réactivité accrue. Conditionnée pour l'heure à un accord unanime des pays participants, l'action du fonds risque d'être beaucoup trop lente. Il est donc urgent de lui confier d'avantage d'autonomie.

Enfin, tout doit être mis en œuvre pour que la participation du secteur privé ne soit pas synonyme de défaut. Des trois options proposées aux créanciers d'Athènes - échange immédiat contre des titres plus faiblement rémunérés, échange à terme ou rachat simple -, la dernière pourrait avoir de lourdes conséquences, bien au-delà des 12 milliards d'euros prévus. Un défaut grec dissuaderait les investisseurs de financer des Etats européens actuellement en difficulté. Ce faisant, il aggraverait leur situation par tarissement de liquidité.

Le deuxième plan de sauvetage grec est avant tout un succès diplomatique. Encore incomplet et limité au seul cas d'Athènes, il offre un nouveau répit à l'union monétaire mais n'apporte pas de solution de fond à la crise des endettements souverains. Il est du devoir des dirigeants français et allemands de profiter de ce délai de grâce pour élaborer un mécanisme de sauvetage européen crédible et définitif.

Références :
- Claude Bébéar, président de l'Institut Montaigne.
- Frédéric Bonnevay, macro-économiste, expert associé à l'Institut Montaigne.

Crise financière : les propositions de l'Institut Montaigne :
- Pour un Eurobond - Une stratégie coordonnée pour sortir de la crise
- Entre G2 et G20, l'Europe face à la crise financière
- Reconstruire la finance pour relancer l’économie

Vers un nouveau "miracle grec" : Tribune de Claude Bébéar et Frédéric Bonnevay parue dans Le Figaro du 8 juillet 2011 - Les auteurs proposent une solution alternative au plan de sauvetage actuellement à l'étude par la communauté internationale.

 

Commentaires
dim 18/09/2011 - 23:53 Par Vallombrey

GRECE : CHOIX TRAGIQUE DE L'ABANDON DE CREANCE OU CERCLE VERTEUX DU MAITIEN DES OBLIGATIONS ...COUVERTIBLES ?

A l'heure où l'on évoque sans sourciller la possible nationalisation des banques françaises exposées au risque de la dette souveraine grecque, mais où on refuse, à juste titre, les garanties liquides et unilatérales que pourrait prendre un Etat (comme la Finlande l'a proposé récemment ), pourquoi ne pas envisager au profit de l'ensemble des états et institutions européens prêteurs un schéma - très connu dans le secteur bancaire privé - qui serait la CONVERSION DE LA CREANCE GRECQUE DE L'EUROPE EN PART DANS LES SOCIETES NATIONALES GRECQUES ( Poste,énergie, transports etc..).

Cette conversion de créances non -remboursables en créances sur des actifs permettrait d'alléger le service de la dettes de ce pays, sans appauvrir les actifs des prêteurs ou tout au moins de les associer au retour à meilleur fortune.

De plus, cette emprise des états européens permettrait d'éviter que des pays tiers comme la Chine ne prennent la main sur ces actifs à la hâte et dans les pires conditions pour ce pays.

A terme, lorsque la Grèce retrouverait la capacité de rembourser la dette en cash, cette emprise des états européens créanciers s'allégerait d'autant au sein des sociétés nationales de ce pays.

De surcroît, il est possible d'espérer que cette participation européenne au capital des sociétés nationales puisse être un moyen pour l'Europe d'imposer un certain de réforme structurelle, faute d'avoir pu obtenir du gouvernement grec ces mêmes réformes.

L'état stratège c'est bien, l'Europe stratège c'est mieux !


Ajouter un commentaire

Commentaire

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type='1 A I'> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id='jump-*'> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Seules les images hébergées sur ce site peuvent être placées dans une balise <img>.

Envoyer cette page par email

L'adresse email du destinataire n'est pas valide
Institut Montaigne
59, rue la Boétie 75008 Paris

© Institut Montaigne 2017