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Quels effets du coronavirus sur le secteur de l’énergie et les émissions mondiales ?

Analyses - 8 Avril 2020

L’épidémie de Covid-19 a vu une baisse drastique de l’activité mondiale, entraînant à son tour une baisse de la consommation énergétique. Quelles en sont les implications, à la fois pour la France et pour le monde ? Réponse de notre Senior Fellow Énergie & Climat, Benjamin Fremaux.

La pandémie mondiale et son impact sur le marché de l’énergie et la consommation énergétique mondiale

Une des conséquences non négligeables de la pandémie du coronavirus est la baisse de la demande mondiale de pétrole brut, étant donné le recul mondial de l’activité et le confinement de près de 4 milliards d’habitants. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, la demande globale devrait baisser de 350 000 barils par jour en 2020.

La logique économique aurait dû être une baisse de l’offre mondiale. Or, l’Arabie saoudite et la Russie mènent depuis quelques semaines une guerre des prix (la Russie ayant refusé la proposition de l’Arabie saoudite aux pays de l’OPEP de réduire l’offre). Une guerre des prix qui ne manque pas d’avoir un impact sur la production de gaz de schiste aux États-Unis, qui pourrait diminuer de façon significative dans l’année à venir. Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain, a ainsi échangé, le 24 mars, avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour lui demander de "rassurer les marchés énergétiques et financiers". Il est néanmoins encore trop tôt pour dire si cette intervention américaine portera ses fruits.

Parallèlement, le prix du gaz, corrélé avec celui du pétrole, connaît une baisse drastique. C’est le cas aussi de l’électricité : depuis la fin février, le prix du mégawattheure (MWh) a décroché d'environ 40 %, en France, sur la Bourse européenne de l'électricité (Epex Spot).

En France, la consommation d’électricité est, depuis la mise en place des mesures de confinement le mardi 17 mars, de 15 % inférieure en moyenne au niveau habituellement constaté à cette période de l’année.

La consommation d’électricité, en lien avec l’activité économique, a fortement ralenti. L'augmentation exponentielle du télétravail en cette période de confinement, et donc le recours au numérique, ne compense évidemment pas cette baisse. En Italie, par exemple, un des pays le plus fortement touché par l’épidémie de Covid-19, la demande en énergie a baissé de 18 % à la mi-mars. En France, la consommation d’électricité est, depuis la mise en place des mesures de confinement le mardi 17 mars, de 15 % inférieure en moyenne au niveau habituellement constaté à cette période de l’année. Quant au gaz, la demande en France connaît également une baisse de 10 à 15 %.

En France, quelle continuité des activités ?

Les infrastructures énergétiques – de production, distribution et transport – fonctionnement pour l’instant presque normalement. Au début de la crise sanitaire, la Ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, a rassemblé les acteurs du secteur afin de rappeler l’importance de maintenir leurs activités tout en assurant la santé des salariés. Le télétravail a ainsi été généralisé pour les salariés dont les missions peuvent être réalisées à distance, tandis que les opérations indispensables au bon fonctionnement des réseaux d’électricité et de gaz, de chaleur notamment, sont maintenues tout en faisant respecter les mesures sanitaires aux employés sur le terrain.

Par ailleurs, les entreprises réduisent leurs activités, seules les opérations urgentes étant réalisées. Cela entraîne des difficultés pour les services énergétiques, les travaux liés à la maintenance des infrastructures étant, eux, à l’arrêt.

Ainsi, tout comme d’autres secteurs d’activité, celui de l’énergie fait pour l’instant le dos rond durant cette période de crise, et les mesures de chômage partiel doivent permettre, comme partout ailleurs, d’amortir le choc. Cela sans oublier qu’il a été demandé aux fournisseurs d'électricité et de gaz, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat le 22 mars, de suspendre les paiements des très petites entreprises (TPE) en difficulté – celles qui sont éligibles au fonds de solidarité de 2 milliards d'euros mis en place par le gouvernement. Élisabeth Borne leur a également demandé de faire preuve de souplesse vis-à-vis des petites et moyennes entreprises.

Une aubaine pour les émissions de carbone ?

Le bilan carbone est en demi-teinte. Il est vrai qu’en période de pandémie mondiale, avec une activité économique fortement ralentie, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) ainsi que la pollution sont amenés à baisser. En effet, les sources d'énergie à base de combustibles fossiles prédominent aujourd’hui dans le monde. Ce lien entre la baisse de l’activité économique et la baisse des émissions de CO2 et de dioxyde d’azote (NO2) a été démontré par plusieurs études qui se sont penchées sur le cas de la Chine, premier pays touché par la pandémie.

Selon les images de ses propres satellites et de ceux de l’Agence spatiale européenne, la NASA montre qu’une baisse significative de concentration de NO2 a d'abord été remarquée près de Wuhan, l'épicentre de l'épidémie, mais s'est peu à peu étendue à d'autres régions de Chine. D’autres études confirment, quant à elles, que les émissions de CO2 ont effectivement beaucoup baissé en Chine en janvier et février 2020 : les mesures prises pour contenir le coronavirus ont permis de réduire de 15 à 40 % la production dans les principaux secteurs industriels. Il est donc probable que ces mesures aient permis d'éliminer un quart ou plus des émissions de CO2 du pays entre la mi-janvier et la mi-février, période pendant laquelle l'activité aurait normalement repris après les vacances du nouvel an chinois.

Il est probable que nous assistions au contraire à une baisse des investissements dans les infrastructures liées à la transition énergétique (solaire, éolien, biomasse, etc.) en période de sortie de crise.

Néanmoins, il n’est pas dit que les émissions ne repartiront pas à la hausse lorsque l’activité économique reprendra une fois que la crise sanitaire aura pris fin dans les pays les plus émetteurs et fortement touchés par le coronavirus (les États-Unis, l’Europe, la Chine notamment). Ce sont de vrais changements structurels qui doivent être entrepris pour espérer atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris, à savoir contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.

Or, il est probable que nous assistions au contraire à une baisse des investissements dans les infrastructures liées à la transition énergétique (solaire, éolien, biomasse, etc.) en période de sortie de crise. C’est même certain si l’on ne procède pas à une hausse de la taxe carbone puisque les prix du pétrole et du gaz bas annihilent toute concurrence des énergies renouvelables.

 

Copyright : MIGUEL MEDINA / AFP

 

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