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La fermeture de Fessenheim enclenchée : quelle est la suite ?

Trois questions à Benjamin Fremaux

INTERVIEW - 24 Février 2020

Dans la nuit du 21 au 22 février, le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim - qui avait été mise en activité en 1977 - a été arrêté ; le second réacteur le sera le 30 juin prochain. Avec Benjamin Fremaux, notre Senior Fellow Énergie et Climat, nous revenons sur les raisons de cette fermeture et sur les implications qu’elle a sur la politique énergétique française.

Pouvez-vous nous rappeler en quoi la fermeture de cette centrale est un symbole et ce qu’elle veut dire de la stratégie énergétique française ?

La fermeture de la plus vieille et la première centrale commerciale nucléaire française est un très grand symbole et la fin d’un long feuilleton. Cette décision a été prise pendant la campagne présidentielle de 2012 par François Hollande qui cherchait alors un accord avec les Verts. Ce dernier a donc annoncé, après son élection, la fermeture de cette centrale, mais il aura fallu huit ans pour qu’elle ait lieu, après de longues discussions autour des conditions de fermeture.

Comme indiqué par Matignon, cette fermeture est une "première étape dans la stratégie énergétique de la France". En effet, les choix du gouvernement concernant le mix électrique français ont été clairement énoncés dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), comme le rappelait l’Institut Montaigne dans le rapportPour réussir la transition énergétique (juin 2019) : 14 des 58 réacteurs français fermeront d’ici 2035 afin de réduire la part du nucléaire dans le mix de 70 % à 50 %. Cela risque d’être très long, étant donné la durée qu’il aura fallu pour fermer Fessenheim.

14 des 58 réacteurs français fermeront d’ici 2035 afin de réduire la part du nucléaire dans le mix de 70 % à 50 %.

Par ailleurs, l’une des conditions pour que la fermeture de Fessenheim ait lieu était la mise en service de l’EPR de Flamanville, réacteur de nouvelle génération, l’année dernière. Or, sa mise en route a été retardée à fin 2022, sans garantie que les délais soient tenus et sans savoir quels en seront les surcoûts. EDF doit régler des problèmes techniques, notamment de soudures à l’intérieur du réacteur.

La date de mise en service de ce premier réacteur de nouvelle génération reste donc encore très hypothétique.

Comment pourrons-nous compenser la fermeture future des 14 réacteurs nucléaires ?

L’ambition du gouvernement détaillée dans la PPE est d’investir dans les énergies renouvelables, qu’elles soient électriques (éolien, photovoltaïque, etc.) mais aussi thermiques. Il faut avoir en tête que l’électricité fait partie d’un mix énergétique plus large et permet à la fois de s’éclairer mais aussi de se chauffer. La difficulté, c’est que la plupart des énergies électriques sur lesquelles mise le gouvernement sont intermittentes et que l’impasse est faite sur une autre énergie, le gaz, qui pour l’instant est un réel absent de l’équation.

Si donc il est vrai que le coût des énergies renouvelables a beaucoup baissé ces dernières années, notamment pour l’éolien offshore, des moyens financiers et industriels énormes vont devoir être mis en œuvre pour compenser la fermeture de 14 réacteurs. Des décisions vont devoir être prises, une programmation figée et les industriels devront être fortement encouragés à agir.

Enfin, une fois que la part du nucléaire dans le mix électrique atteindra 50 %, il sera nécessaire de se poser la question de la fermeture des autres réacteurs, qui eux aussi atteindront 40 ans à l’horizon 2035, et de la reconstruction ou non de nouveaux réacteurs. Il y a encore beaucoup de non-dits à ce sujet.

Est-ce que le parc nucléaire français restera le deuxième après les États-Unis ?

Il faut avoir en tête que l’électricité fait partie d’un mix énergétique plus large et permet à la fois de s’éclairer mais aussi de se chauffer.

Étant donné que la Chine construit aujourd’hui beaucoup de centrales nucléaires, il est fort possible que l’État chinois dépasse la France en nombre de réacteurs dans les dix prochaines années. Néanmoins, ce n’est pas tant d’avoir moins de réacteurs que d’autres États qui doit inquiéter la France, car il n’y a pas de lien direct avec son poids sur la scène internationale, mais plutôt sa capacité à exporter son expertise à l’international. En effet, lorsqu’on annonce que l’on veut se désengager d’une technologie, il est plus difficile d’aller la vendre à l’étranger. Et de fait, depuis la vente d’un réacteur par Areva en Finlande et un autre en Angleterre par EDF, il n’y a pas eu de nouveaux contrats signés à l’export.

 

Copyright : SEBASTIEN BOZON / AFP

 

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