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Exemple : Education, Europe, Santé
  • Du risque à la résilience :
    s’adapter collectivement

    Rapport - Octobre 2022

Présidents du rapport

  • Sébastien Daziano, président du groupe de travail
  • Antoine Jourdain, président du groupe de travail

Groupe de travail

  • Arnaud Aymé, rapporteur, associé, Sia Partners
  • Hugues Bernard, chargé d’études Énergie & Environnement à l’Institut Montaigne
  • Arthur Commins, rapporteur, chargé d’études à l’Institut Montaigne
  • Antoine Guillemin Puteaux, rapporteur, consultant, Sia Partners
  • Charlotte Maggi, rapporteure, manager, Sia Partners
  • Pierre Maurin, directeur de projet au sein de la direction stratégie & innovation, Veolia
  • Oriane Pellegrin, rapporteure




La notion de résilience est au cœur des défis de ces dernières années. De la crise Covid-19 à la guerre en Ukraine, en passant par les difficultés d’approvisionnement énergétique, notre capacité à nous adapter à un contexte empreint d’instabilité est devenue un enjeu stratégique de souveraineté, au regard de l’augmentation de la fréquence, de l’intensité et du coût de ces différentes crises.

L’évolution moderne de nos sociétés nous a rendu davantage vulnérable aux crises systémiques. Avec l’augmentation des flux et l’accélération de la numérisation, les entreprises, de secteurs et pays différents, sont de plus en plus interconnectées et donc interdépendantes. Si ces interconnexions sont un atout lorsqu’elles permettent de partager les risques et d’assurer l’autonomie de la France et de ses voisins européens, elles peuvent aussi être source de fragilités face à des risques sanitaires, naturels, cybers ou encore économiques. 

En abordant la résilience de façon holistique, l’Institut Montaigne formule 10 recommandations articulées autour de trois piliers - la gouvernance de la résilience, son financement et sa culture - afin d’actionner les leviers pour accélérer le développement d’une approche systémique de la résilience. Agir en faveur de la résilience est un enjeu collectif qui nécessite un passage d’une culture du risque - savoir répondre ponctuellement à des risques identifiés - à une culture de la résilience - faire face à des crises systémiques faites de risques encore méconnus.

Ce rapport s’inscrit comme une première réflexion de l’Institut Montaigne sur la place de la résilience en France. Une deuxième séquence de réflexion, réunissant différents acteurs de la résilience en groupes de travail sectoriels, sera organisée pour approfondir les recommandations proposées et créer un cycle autour de la résilience.

Renforcer la gouvernance et le pilotage de la résilience

Face à des enjeux d’ordre désormais systémiques, dont les causes s’imbriquent pour démultiplier les effets, il est nécessaire de proposer des réponses bâties sur une vision transversale et intégrée, favorisant la coordination des acteurs privés et publics.

Proposition 1 : Associer à une fréquence régulière aux réunions de la structure interministérielle en charge de la résilience les opérateurs d’infrastructures et les acteurs économiques avec lesquels ils présentent des situations d’interdépendance, pour coordonner et suivre les avancées des filières en matière de résilience. Cette structure pourrait s’appuyer sur un document de politique transversal, qui associerait les objectifs de cette politique à un budget dédié.

De la même manière, le rôle des acteurs locaux dans le suivi de la résilience doit être repensé. Compte tenu de la proximité des élus avec leur territoire et de la connaissance de leurs spécificités, l’approche territoriale semble la plus à même d’établir des stratégies adaptées.

Proposition 2 : Généraliser l’attribution de la compétence de la résilience à un élu, a minima dans les plus grandes collectivités, qui soit en charge du suivi transversal du renforcement de la résilience sur les différentes politiques gérées par celles-ci. 

Proposition 3 : Généraliser l’introduction de clauses visant à renforcer la résilience des services dans les contrats de commandes publiques, en accentuant notamment les moyens devant être disponibles et mobilisables en cas de crise (logique "capacitaire").

Développer des mécanismes de financement et d’incitation à la résilience

La multiplication des crises pose un enjeu économique majeur : la soutenabilité financière de l’offre assurantielle. Alors que les assureurs auront de plus en plus de difficultés à financer l’ensemble des risques, et qu’il n’est pas garanti que les assurés pourront soutenir une hausse de leur coût d’assurance dans la durée, les assurances pourraient se désengager progressivement de certaines activités ou de certains territoires. Dès lors, l’enjeu est de conserver la durabilité de l’offre assurantielle - en maintenant des tarifs d’assurance à des niveaux accessibles - pour assurer la continuité de notre activité économique.

Proposition 4 : Afin de garantir la pérennité de l'offre assurantielle, renforcer les incitations visant les assurés à internaliser le coût de la résilience.

Dans le même temps, la résilience implique des investissements relativement élevés et dont la rentabilité s’observe sur le long terme. À ce jour, les investissements en faveur de la résilience, qu’ils soient publics ou privés, sont encore insuffisants et ce, malgré les récentes crises que nous avons connues. Ces investissements devront à la fois porter sur la mise en place de nouvelles infrastructures pour mieux résister aux risques à venir, mais également sur le renouvellement ou la modernisation des infrastructures vieillissantes.

Proposition 5 : Revaloriser l’enveloppe allouée au Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs, en y affectant une part des accises de l’énergie perçue sur les produits énergétiques, et en l’associant à un périmètre élargi de dépenses et de bénéficiaires éligibles. 

Proposition 6 : Faciliter le financement des dépenses spécifiques d’infrastructures pour les institutions publiques, en développant la logique d’emprunts auprès d’institutions publiques compétentes comme la Banque européenne d’investissements.

Favoriser une approche systémique de la résilience

Si le relatif retard français en matière de culture de la résilience par rapport à d’autres pays se résorbe au gré des crises successives, il semble nécessaire d'accroître ces efforts de diffusion. Une prise de conscience plus élargie de la population aux enjeux de la résilience permettrait d'accroître notre agilité face aux crises et de mieux anticiper l’émergence de nouveaux risques. Dès lors, la propagation de la culture de résilience suppose un important travail partagé entre les institutions publiques et les entreprises à destination de l’ensemble des salariés, des consommateurs et, plus largement, des citoyens.

La sensibilisation de tous les acteurs est essentielle à l'amélioration de la culture de la résilience française. Les entreprises d’une même chaîne d'interdépendance doivent accroître le partage de connaissances et d’expériences. Au sein de l’entreprise, le travail de diffusion d’un esprit de résilience à l’ensemble des salariés se révèle particulièrement judicieux pour améliorer notre capacité de résistance.

Proposition 7 : Systématiser le partage de scénarios de projections entre les administrations et les entreprises, d’une méthodologie commune d’identification des vulnérabilités croisées entre les acteurs économiques, et des retours d’expérience sur les exercices et la gestion de crises, dans le cadre de la structure interministérielle en charge de la résilience.

Proposition 8 : Intégrer dès les exercices préparatoires à la gestion de crises l'ensemble des acteurs et personnes qui seront impliqués dans une crise d'envergure, pour diffuser les bonnes pratiques et réactions et favoriser un esprit de résilience partagé et éprouvé. Plus généralement, associer l’ensemble des salariés des entreprises, et non plus seulement les référents, aux réflexions et aux entraînements sur la résilience, notamment en matière de cyber sécurité.

Dans un même temps, la formation professionnelle et universitaire aux nouveaux enjeux de la résilience constituent des enjeux majeurs pour appuyer les entreprises dans leurs stratégies de résilience. À plus long terme, la fidélisation des compétences dans la durée doit encore s'améliorer.

Proposition 9: Dans le cas d’infrastructures dont les durées de fonctionnement prévisionnelles peuvent dépasser le siècle, penser à la pérennité des compétences dans le long ou très long terme, en encourageant la structuration de filières de formation dédiées, et en associant davantage les anciens des secteurs dans la transmission des savoir-faire techniques.

Enfin, l’acquisition d’une culture renforcée de la résilience doit permettre d’augmenter l’acceptabilité des efforts qui peuvent être demandés aux citoyens. Au regard des débats sur la sobriété énergétique, les évolutions de consommations contribuent également à rendre nos systèmes d’infrastructures plus résilients.

Proposition 10 : Diffuser la connaissance d’outils simples et pédagogiques auprès des clients particuliers et des entreprises pour réduire leurs consommations de biens essentiels, et en particulier d'énergie.

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