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01/02/2024

[Sondage] - Réarmement démographique, qu'en pensent les Français ?

[Sondage] - Réarmement démographique, qu'en pensent les Français ?
 Institut Montaigne
Auteur
Institut Montaigne
 Maxime Sbaihi
Auteur
Expert Associé - Économie & Démographie

Tous les mois, l'Institut Elabe interroge les Français pour Les Échos et l'Institut Montaigne. Ce mois-ci, la question posée porte sur les Français et les perspectives économiques.

Le sondage en quelques mots : Les enjeux démographiques reviennent en force dans le débat public suite au net recul des naissances (-7 %) annoncé pour 2023, qui accélère une tendance baissière enclenchée dès 2011. Parmi les très nombreux éléments qui influencent la fécondité, il n’est pas étonnant de constater que ce sont les facteurs socio-économiques qui ressortent ici en premier. Les difficultés économiques, principalement liées à l’inflation et au logement, combinées aux inquiétudes croissantes sur la crise climatique forment un mauvais cocktail qui pèse fortement sur les projets familiaux des jeunes ménages dont les intentions évoluent en fonction d'un contexte contraint. Cette nouvelle donne va profondément modifier la trajectoire démographique de la France, avec des conséquences économiques majeures qui placent la politique publique face à des choix impactants, tel qu'expliqué dans une récente note publiée en août 2023.

Baisse de la natalité : 6 Français sur 10 considèrent que c’est un problème pour la France

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Alors qu’en 2023 le nombre naissance a continué de baisser, 60 % des Français estiment qu’il s’agit d’un problème pour le pays dont 20 % tout à fait et 40 % plutôt. Au contraire, 40 % ne considèrent pas cela comme un problème dont 31 % pas vraiment et 9 % pas du tout.

Ce constat pessimiste est majoritairement partagé par l’ensemble des catégories de population et croit particulièrement avec l’âge : minoritaire chez les plus jeunes (46 % des 18-24 ans) il atteint les 70 % chez les 65 ans et plus.

Par ailleurs, les parents apparaissent plus inquiets que la moyenne des Français (pour 65 % il s’agit d’un problème contre seulement 53 % des personnes n’ayant pas d’enfants).

D’un point de vue politique, les électeurs de V. Pécresse (81 %) et E. Macron (76 %) ont davantage le sentiment qu’il s’agit d’un problème que les électeurs de M. Le Pen (56 % problème, 44 % pas un problème) et de J-L. Mélenchon plus divisés à ce sujet (53 %, 47 %).

Pour l’opinion, cette baisse s’explique principalement par la crise du pouvoir d’achat et la difficulté à se projeter dans un monde en crise(s)

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Pour expliquer les raisons de la baisse du nombre d’enfant par femme, les Français pointent notamment du doigt les difficultés économiques et la crise du pouvoir d’achat (54 %, 2 réponses parmi 9 items) juste devant le fait de ne pas avoir envie de faire grandir un enfant dans le monde actuel (écologie, guerres, Covid, etc.) et le futur qui s'annonce (51 %).

Derrière ce duo nettement en tête, moins de 2 Français sur 10 citent :

  • le changement des normes sociales et du modèle de la famille (17 %)
  • les difficultés à trouver des solutions de garde pour les enfants en bas âge (15 %)
  • les difficultés à trouver un logement adapté à une famille (14 %)
  • la hausse de l'infertilité (13 %)
  • l’augmentation de la part des femmes qui travaillent dans la population (13 %)
  • l’allongement du temps passé dans les études (11 %)
  • la modification de la politique familiale en 2014 (7 %)

D’un point de vue sociodémographique, les difficultés économiques sont davantage citées par les populations plus exposées économiquement : les catégories populaires (59 %) et les personnes devant se restreindre pour boucler leurs fins de mois (58 %). C’est également la raison principale évoquée par les parents (58 %).

Pour relancer la natalité, le "congé de naissance" et l’examen de fertilité sont majoritairement approuvés mais ne convainquent pas totalement

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Les principales mesures évoquées pour enclencher la relance de la natalité rencontrent une adhésion plutôt relative au sein de la population :

  • 63 % des Français sont favorables à la création d'un "congé de naissance" en remplacement du congé parental actuel (dont seuls 15 % tout à fait)
  • 55 % à la généralisation d'un examen de fertilité à 25 ans pris en charge par la Sécurité Sociale (dont seuls 17 % tout à fait)

Le "congé de naissance" est particulièrement bien accueilli par les 65 ans et plus (70 %) et les personnes qui ne doivent pas se restreindre pour boucler leurs fins de mois (67 %). Au contraire, les catégories populaires (56 %) et les personnes se restreignant pour boucler leurs fins de mois (57 %) sont moins convaincues.

D’un point de vue politique, les électeurs d’E. Macron et V. Pécresse adhèrent particulièrement (respectivement 74 % et 73 %) et dans une moindre mesure ceux de J-L. Mélenchon (58 %), tandis que les électeurs de M. Le Pen sont plus divisés (54 % favorables, 45 % opposés).

La généralisation d’un examen de fertilité à 25 ans emporte une adhésion relative et moyenne au sein de toutes les catégories de population. Seuls les électeurs d’E. Macron (64 %) et de V. Pécresse (60 %) y sont plus favorables que les autres. Au contraire, ceux qui expliquent la baisse de la natalité par la difficulté à se projeter face aux crises y sont majoritairement opposés (59 %).

Mais de manière générale, une majorité de Français rejette l’injonction de l’État

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63 % des Français considèrent en effet que ce n'est pas le rôle de l'État de donner une injonction à avoir des enfants, chacun fait ce qu'il veut tandis que 36 % ne sont pas dérangés et considèrent que c'est normal que l'État cherche à relancer la natalité et encourage à avoir des enfants.

Le rejet est majoritaire dans toutes les catégories de population, et plus particulièrement chez les femmes (71 %, contre 55 % des hommes) et chez les personnes devant se restreindre pour boucler les fins de mois (68 %, contre 59 % sans se restreindre).

D’un point de vue politique, deux camps s’opposent entre d’un côté, les électeurs d’E. Macron (53 %) et de V. Pécresse (60 %) jugeant que l’État est dans son rôle et de l’autre, une nette majorité des électeurs de J-L. Mélenchon (75 %) et M. Le Pen (71 %) déclarant le contraire.

Par ailleurs, l’accueil des mesures évoquées par le gouvernement pour relancer la natalité est aussi lié au rôle que l'on attribue à l'État : parmi ceux qui estiment que l’État est dans son rôle, 74 % sont favorables au congé parental et 69 % au test de fertilité (contre seulement 57 % et 47 % chez ceux qui rejettent l’action de l’État sur ce domaine).

[Sondage] - Les Français et la natalité (20 pages)Télécharger
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