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[Paroles de candidats] - Mélenchon, celui qui était révolutionnaire mais se voulait rassembleur

[Paroles de candidats] - Mélenchon, celui qui était révolutionnaire mais se voulait rassembleur
 Bruno Cautrès
Auteur
Expert Associé - Sociologie politique et Institutions

C'est en rassembleur, en humaniste et en héritier de l'Histoire longue, mais aussi en révolutionnaire, que s'est posé Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'Élysée pour la 4e fois. Le leader des Insoumis lançait sa campagne dans son bastion électoral, Saint-Denis, le 7 juin, avec un discours inaugural dense, articulé autour du concept de "Nouvelle France" et des thèmes de souveraineté populaire, de justice sociale et de refondation républicaine. Deuxième épisode d’une série d’analyses logométriques sur les discours des candidats à la présidentielle.

S’il est un candidat dont les discours politiques en général et plus particulièrement les discours de campagnes présidentielles sont riches pour l’analyse des données textuelles, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. Dans son analyse des discours de l’élection présidentielle de 2017, la linguiste Cécile Alduy brossait ainsi le portrait oratoire du leader des Insoumis : "tribun hors pair, écrivain prolifique, Mélenchon est un homme de mots : homme de la critique des mots des autres et du "système", du brassage des idées qu’il puise aux quatre coins du monde et dans toutes les disciplines, d’une rhétorique de conviction et de persuasion qu’il manie avec brio (…) Syncrétisme entre esprit révolutionnaire et lutte non-violente, altermondialisme et écologie politique, le tout couché dans un idiome marxisant, le discours de Jean-Luc Mélenchon pose plus que d’autres la question de la communication politique, au plan non pas d’un plan médiatique sous-jacent mais des données fondamentales de la relation d’échange entre émetteur et récepteur du discours".

Près de dix ans après, cette analyse reste pleinement d’actualité. Car c’est bien plus qu’un simple discours de campagne présidentielle qu’a livré Jean-Luc Mélenchon le 7 juin. On ne peut rentrer directement dans l’analyse textuelle sans parler dans un premier temps de sa dimension sémiotique. Le choix de Saint-Denis comme lieu de ce premier rassemblement de campagne ne devait sans doute rien au hasard. Il s’agit d’un bastion du vote pour Jean-Luc Mélenchon : dès sa première candidature en 2012, le leader de la France insoumise (qui n’existait pas encore) doublait son score national à Saint-Denis avec 21,7 % des exprimés. Mais c’est à partir de 2017 que le département de Seine Saint-Denis et la commune de Saint-Denis deviennent une véritable forteresse électorale de la France insoumise. En 2017, le vote Mélenchon atteint 34 % dans le département et 43,4 % dans la commune ; en 2022 il se situe à des niveaux exceptionnels : 49 % dans le département et 61,1 % dans la commune. Ces scores, spectaculaires, de Jean-Luc Mélenchon dans la commune ou le département de Seine Saint-Denis se sont répercutés aux législatives : en 2022 et 2024, la Seine Saint-Denis a envoyé 8 députés insoumis sur 12 circonscriptions (ou dissidents insoumis comme Alexis Corbières et Clémentine Autain en 2024). L’ancrage de la France insoumise à Saint-Denis s’est prolongé lors des élections municipales de 2026 où Bally Bagayoko fut élu dès le premier tour (50,8 % des inscrits).

Analyse sémiotique : la mise en scène de Saint-Denis comme discours avant le discours

Au-delà de la géographie électorale impressionnante de la France insoumise dans le département et la ville de Saint-Denis, il s’agissait pour Jean-Luc Mélenchon de transformer un discours de campagne électorale en construction mentale plus marquante et plus profonde. Tel était bien l’objectif de la France insoumise lors de ce rassemblement : que de la scène de Saint-Denis et des images qu’elle produisait ressorte un Jean-Luc Mélenchon familier aux électeurs, celui des campagnes de 2017 et de 2022, du candidat qui peut transformer un rassemblement électoral classique en événement politique autant que médiatique. Après les hologrammes de 2017 ou les rassemblements "immersifs" de 2022, Saint-Denis rejouait ainsi une séquence désormais bien connue : celle d’un Jean-Luc Mélenchon capable de produire des images que ses concurrents peinent à égaler. Un coup d’avance sur les autres dans la mise en scène de la campagne présidentielle, en quelque sorte.

À cet égard, Saint-Denis constituait un lieu riche en symboles, un lieu aux multiples facettes que la scène du rassemblement (entre la basilique et l’hôtel de ville) symbolisait pleinement : la France "éternelle" et sacrée, la France conquise par la gauche radicale, la France populaire et métissée. Comme l’a fait remarquer Dominique Maingueneau, le locuteur politique ne parle jamais depuis un lieu neutre : il choisit et construit la scène d’où il s’exprime comme une ressource rhétorique à part entière. À Saint-Denis, la cathédrale royale (nécropole des rois de France), la mairie conquise par LFI, le maire Bally Bagayoko, la foule venue nombreuse : la scénographie précédait le discours. Le 7 juin, Jean-Luc Mélenchon n'avait pas à dire qu'il voulait parler au nom du peuple et de l'histoire, le lieu le disait à sa place. En en disait encore plus long : une tentative de faire se rencontrer deux imaginaires du politique en France, le récit national (la basilique, les rois, l'histoire de France) et le récit social (la banlieue populaire, l'immigration, les classes populaires).

Le 7 juin, Jean-Luc Mélenchon n'avait pas à dire qu'il voulait parler au nom du peuple et de l'histoire, le lieu le disait à sa place.

La "démonstration de force" de la France insoumise avait d’autres objectifs, plus tactiques en termes de dynamique électorale : préempter toute concurrence à gauche, imposer aux autres candidats de gauche un rapport de force et, in fine, rendre définitivement caduque l'hypothèse d'une primaire. Le rassemblement de Saint-Denis ne s'est pas ouvert directement sur le discours de Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a été précédé par plusieurs prises de parole, notamment celles de l'écrivaine Annie Ernaux et du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, deux présences à forte dimension symbolique.

Lexicométrie et lisibilité : un discours dense au service de la "Nouvelle France"

Long de près de 5 000 mots, ce discours repose sur une "densité lexicale" soutenue : environ un mot sur trois est différent. Si l’on retire les "mots vides" (les "stop words", les mots qui n’apportent pas de sens mais sont des mots de liaison, des prépositions ou des articles) ce sont 1 845 mots qui ont été prononcés, dont 1 231 mots différents (près de 67 % de mots différents, un pourcentage particulièrement élevé). La richesse du vocabulaire peut être, comme nous l’avons fait précédemment pour le discours de Gabriel Attal du 30 mai, appréciée sous l’angle de ce que les spécialistes d’analyse du discours appellent sa "lisibilité". Comme Gabriel Attal le 30 mai, Jean-Luc Mélenchon lisait en fait un discours préalablement rédigé, comme il l’a lui-même souligné, en justifiant ainsi son désir de mieux maîtriser son temps de parole (52 minutes). Nous avons à nouveau choisi l’indice de Coleman et Liau pour mesurer la "lisibilité" du discours : pour Jean-Luc Mélenchon, cet indice statistique prend une valeur de 11,4 sur l’ensemble du texte, ce qui correspond à un niveau de complexité déjà soutenu. L’échelle des valeurs possibles de cet indice (pour le cas de la langue française) classe le texte du discours de Jean-Luc Mélenchon entre un texte de niveau fin de lycée et un texte début de cycle universitaire. La densité lexicale du texte du discours renvoie donc également à une densité argumentative relativement soutenue, ce que confirme le nombre moyen de mots par phrases (un peu plus de 19 mots en moyenne). Les valeurs de ces indices statistiques sont assez proches de celles que nous avions observées pour le discours de Gabriel Attal (10,4) et montrent que les discours de campagne sont des textes assez denses.

Le nuage des mots, malgré les limites de ce type de visualisation des données textuelles, permet de dégager les premières lignes de force du discours (figure 1).
 

Nuage de mots : Cartographie lexicale du discours mélanchoniste

Nuage de mots : Cartographie lexicale du discours mélanchoniste

On remarque tout d’abord que le discours de Jean-Luc Mélenchon s’organise autour d’une constellation de mots les plus fréquents, renvoyant à la fois au "peuple", à la République, au "social". Au centre du nuage apparaissent les termes les plus fréquents : "peuple", "politique", "social", "France", "nouveau", "droit", "République" ou encore "principe". Le mot "nouveau" (placé à côté de "France") est particulièrement important : il s’agit du thème de la "nouvelle France" développé de manière soutenue dans le discours et que nous retrouverons plus loin. Autour de ce noyau central plusieurs autres thèmes se dégagent. En haut à gauche, on observe la présence de mots comme "sécurité", "écologique", "changement", "humanité" ou "numérique", qui renvoient aux grandes transformations sociétales fréquemment évoquées dans le discours mélenchoniste : les révolutions technologiques doivent s’accompagner d’une révolution politique pour avoir une portée émancipatrice.

Le mot "humanité" est particulièrement révélateur du registre discursif de Jean-Luc Mélenchon en campagne présidentielle, ce que Damon Mayaffre avait déjà identifié dès 2017 : le linguiste observait, dans les discours de campagne de Jean-Luc Mélenchon, que "cette façon de s’adresser avec une telle récurrence à l’humain ou à l’humanité qui sommeille chez l’électeur (…) permet à Jean-Luc Mélenchon de construire un ethos humaniste essentiel que l’on retrouve par exemple dans un pacifisme intransigeant (…) dans sa défense éthique et fondamentale de la cause "animale" (…) encore dans sa réflexion sur le "suicide assisté" (…). C’est par ce biais néo-humaniste que Jean-Luc Mélenchon file la comparaison avec les Lumières et la Révolution émancipatrice".

En bas à gauche apparaissent des mots comme "économie", "campagne", "international", "population", "autonomie" ou "rassemblement". C’est surtout le triptyque " population "/" autonomie"/"rassemblement" qu’il faut ici retenir. Si le mot "rassemblement" n’est utilisé qu’à quatre reprises (et une fois pour parler du RN), il encadre tout le discours : prononcé dès le début, pour dédier le " rassemblement " aux " peuples qui résistent ", ce mot clôture le discours. C’est tout autant l’image d’un " rassemblement " de militants unis derrière leur leader, que l’image d’un projet politique qui se veut rassembleur dont il est question, un projet visant l’autonomie des populations, notamment les populations empêchées (la jeunesse) ou les populations dominées par un "système" qui exclut et ne reconnaît pas le droit à l’autonomie (les Corses, les Kanaks).

En bas à droite se concentrent des mots associés à l’action politique et à la mobilisation électorale : "proposer", "appeler", "comprendre", "référendum", "européen" ou encore "présidentiel". Enfin, en haut à droite figurent des mots comme "liberté", "possible", "travail", "projet", "territoire" ou "jeune", qui manifestent la volonté de donner un horizon politique et social désirable.

 Contrairement à d’autres discours de campagne davantage centrés sur les propositions programmatiques, celui-ci mobilise fortement un vocabulaire de la conflictualité et des crises contemporaines

Cette première visualisation met donc en évidence plusieurs thèmes classiques mais centraux du discours mélenchoniste : le vocabulaire du collectif occupe une place centrale, avec les mots "peuple", "humain", "gens", "population" ou "rassemblement" ; le registre institutionnel et républicain est également particulièrement présent à travers les termes "République", "droit", "principe", "loi", "référendum" et "élection". Enfin, contrairement à d’autres discours de campagne davantage centrés sur les propositions programmatiques, celui-ci mobilise fortement un vocabulaire de la conflictualité et des crises contemporaines : "guerre", "crime", "sécurité", "rupture", "refus" ou encore "menace". Cette première lecture du nuage de mots suggère ainsi un discours qui cherche moins à dire comment gérer le pays qu’à proposer un profond projet de transformation politique articulant souveraineté populaire, justice sociale et refondation républicaine. 

L’analyse logométrique rejoint très largement les premières conclusions tirées du nuage de mots, ce dernier n’étant qu’une visualisation élégante des fréquences lexicales. Si l’on ne retient que les mots présents au moins dix fois dans le discours, il n’est dès lors pas surprenant de constater la liste suivante : " France " (31 citations), " nouvelle " (18) -7 occurrences dans le segment " Nouvelle France" -, " peuple " (17), " temps " (15), " " pays " (10), " droit " (10), " politique " (10). Si on élargit la liste aux mots présents entre six et neuf fois, on retrouve tout d’abord des mots caractéristiques du discours mélenchoniste : " République " (8 citations), " présent " (8), " exemple " (8), " sociale " (8), " monde " (7), " grand " (7), " débat " (6), " 1958 " (6), " guerre " (6), " humaine " (6), " écologique " (6), " Macron " (6). La date de 1958 est un très important marqueur du discours du 7 juin. Jean-Luc Mélenchon utilise la référence aux débuts de la Ve République à la fois pour montrer que les " temps " ont changé, qu’il est " temps " de passer à la VIe République, mais aussi pour donner à son propos une forme de profondeur sociologique et historique. C’est un message de refondation de la République qu’il adresse dans le même temps qu’il veut hisser sa candidature et son projet à la même hauteur que la rupture de 1958. Un segment du discours est particulièrement révélateur ici et mérite d’être cité in extenso : "La France est nouvelle comparée à celle de 1958, quand a été créée la Ve République. Depuis, tout a changé, sauf la Constitution. Les gens, surtout les gens, ont tellement changé. Regardez vos filles et vos garçons, les plus anciens. Nous ne sommes plus les mêmes. Nous vivons, aimons, pensons tellement autrement, parce que les femmes ont gagné de larges pans de liberté, et que ce n'est pas fini. Dans la France de 1958, il leur fallait l'autorisation d'un homme pour ouvrir un compte bancaire, sans contraception, ni droit à l'IVG. Leurs aptitudes biologiques devenaient un destin social ". Ce passage illustre l’un des puissants ressorts du discours mélenchoniste de campagne présidentielle : le leader insoumis se veut analyste, presque sociologue, pour ancrer son discours de rupture politique dans une analyse des grandes transformations culturelles et sociétales, une manière de l’objectiver. 

L’analyse des hapax : ce que les mots rares disent de l’écologie, des outre-mer et des ennemis désignés

Nous avons analysé les mots les plus fréquents et leurs sens. Mais qu’en est-il des mots rares dans le discours du 7 juin ? Il est assez habituel que des textes ou des discours comprennent un nombre très important de mots qui n’apparaissent qu’une seule fois, ce que l’on appelle des "hapax". Ces mots sont souvent mis de côté et non analysés car on ne peut fonder d’analyse statistique sur des fréquences si faibles. Le risque est grand de surinterpréter ce que l’on appelle du "bruit" statistique. Mais il n’est pas inintéressant, sous réserve que certains hapax soient révélateurs, d’en tenir compte pour enrichir l’analyse par un biais plus qualitatif : les "hapax" peuvent alors permettre d'identifier certaines singularités lexicales. Le discours de Jean-Luc Mélenchon comporte 937 hapax, soit environ 76 % des mots distincts du discours. Une telle proportion est classique dans les discours politiques : cela témoigne d'une forte diversité lexicale 

Même si l’analyse de ces mots très rares doit être conduite avec prudence, plusieurs "hapax" apparaissent particulièrement révélateurs. Dans le registre écologique et sanitaire, des termes comme "glyphosate", "chlordécone", "cadmium", "zoonoses", "infertilité" ou " biomimétisme " témoignent de la volonté d'inscrire les enjeux environnementaux dans une réflexion plus large sur la santé humaine. Dans le registre territorial, " Kanaky ", " Guyane ", " Antilles " ou " Réunion " illustrent l'importance accordée aux outre-mer et aux questions postcoloniales dans le discours sur la " nouvelle France ". D'autres termes comme " trumpisme ", " Bolloré ", " Netanyahou " ou " ArcelorMittal " désignent explicitement les principaux adversaires ou contre-modèles mobilisés dans le discours comme autant de repoussoirs qui désignent les ennemis du "peuple ". 

Si les " hapax " ne constituent pas les thèmes centraux du discours, ils en révèlent des ressorts importants : la protection et la sauvegarde de la biodiversité, la santé (citée seulement deux fois mais en fait très présente à travers les hapax qui citent les nouveaux enjeux épidémiques et les maladies liées à l’exploitation de la nature et des hommes), la dimension postcoloniale de la " Nouvelle France ", l’humanité en danger à cause des guerres et de l’exploitation des ressources et des hommes par quelques prédateurs. Un segment du discours, très révélateur, mérite également d’être cité in extenso ici : " le libre-marché mondial, la concurrence libre et non faussée, tout cela a été rayé de la carte par ceux-là mêmes qui en profitaient et en abusaient (…) Car dans ce chaos naissant, un nouveau projet politique germe dans les guerres du Moyen-Orient et du trumpisme. Voici ce qu'il faut appeler le suprémacisme, c'est-à-dire une volonté de hiérarchisation humaine pour dominer les peuples en les divisant en ethnies et en religions ".

Une cartographie des cooccurrences lexicales : le dessous des cartes du discours mélenchoniste

L’analyse logométrique nous a déjà livré l’essentiel du discours de Jean-Luc Mélenchon. On peut aller un peu plus loin et visualiser de manière plus solide au plan statistique que le nuage de mots les co-occurrences des principaux termes du discours du 7 juin. Pour cela, on peut recourir à une technique dénommée "t-sne" (figure 2). Notons, par précaution méthodologique, que d’importantes limites existent avec le t-sne : la visualisation dépend beaucoup du paramétrage de la méthode, et relancer l'algorithme sur les mêmes données peut produire une carte à l'allure différente. Ce qui est stable et interprétable, ce sont donc les regroupements de mots entre eux, pas leur position exacte ni leur orientation sur la carte. Précisons aussi que, contrairement à une analyse factorielle classique, les axes de la carte n'ont aucune signification interprétable en eux-mêmes (on ne peut pas dire que l'axe horizontal "représente" telle dimension du discours) : c'est le retour au texte, à la lecture qualitative des mots regroupés, qui permet d'interpréter chaque groupe de mots.

L’algorithme utilisé avec le "t-sne"produit une autre manière de regarder le même discours, une carte des cooccurrences de mots : alors que le nuage de mots ne montrait que la fréquence des mots, cette carte tient compte de leur voisinage, les mots souvent employés dans les mêmes phrases se retrouvent placés près les uns des autres, ceux qui n’ont rien en commun s’éloignent. Nous avons travaillé sur les 82 mots cités au moins quatre fois par Jean-Luc Mélenchon. Sur la carte de leurs cooccurrences, chaque mot est indiqué par un point dont la taille et la couleur indique la fréquence : les points les plus gros et de couleur rouge ou dégradé de rouge sont les plus fréquents.

Carte des cooccurrences lexicales du discours de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis (méthode t-sne, mots cités au moins quatre fois)

Carte des cooccurrences lexicales du discours de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis (méthode t-sne, mots cités au moins quatre fois)

Au centre, les mots les plus employés forment un bloc compact : "France", "peuple", "nouveau", "politique", "temps", "droit" et "pays". C’est le socle du discours, son vocabulaire de base que nous avons déjà identifié par les analyses purement fréquentielles des mots.

Autour de ce centre se dessinent plusieurs zones distinctes. L’une évoque l’histoire et les institutions ("république", "élection", "révolution", "histoire"). Une autre, à gauche, rassemble la sécurité et la loi ("crime", "loi", "liberté", "sécurité"). Une troisième, en bas, associe étroitement " macron ", "social ", "retraite " et "français " : un signe que Jean-Luc Mélenchon évoque Emmanuel Macron presque uniquement à propos des retraites et des conséquences sociales du macronisme (" la France est un champ de ruines sociales depuis Macron. Le macronisme restera la régression sociale et la misère pour le plus grand nombre par l'accumulation des richesses dans quelques mains"). Enfin, à droite, se retrouvent regroupés " population ", " autonomie ", " territoire " et " rassemblement ", confirmant ce que nous avions déjà identifié dans le nuage de mots. Un résultat plus surprenant apparaît : des mots qu’on aurait pu croire proches ("écologique", " numérique ", " sécurité ") se trouvent en réalité éloignés les uns des autres sur la carte. Cela montre que, même s’ils relèvent d’un même grand thème, Jean-Luc Mélenchon ne les emploie pas dans les mêmes phrases. La carte vient ainsi nuancer la première lecture faite à partir du nuage de mots.

Conclusion

Au terme de cette analyse, le discours de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis confirme, près de dix ans après le portrait dressé par Cécile Alduy, la permanence d’une rhétorique de conviction indissociable d’un sens affirmé de la mise en scène. La scénographie du lieu, la densité lexicale soutenue, le poids des hapax et la cartographie des co-occurrences convergent  : le 7 juin, Jean-Luc Mélenchon n’a pas tant voulu dévoiler un programme pour gérer le pays que ancrer, par les mots autant que par l’image, sa "Nouvelle France" dans un univers sémantique mêlant souveraineté populaire, justice sociale et refondation républicaine. Les outils quantitatifs mobilisés ici (indices de lisibilité, analyse des hapax, cartographie t-SNE), n’ont de sens que mis au service d’une lecture qualitative tant le discours mélenchoniste repose sur une construction idéologique profonde.

Le discours de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis confirme [...] la permanence d’une rhétorique de conviction indissociable d’un sens affirmé de la mise en scène.

Après l’analyse du discours prononcé par Gabriel Attal le 30 mai, l’analyse du discours livré par Jean-Luc Mélenchon le 7 juin confirme que la campagne présidentielle de 2027 se joue en partie en ce moment très particulier du tout début. La bataille des mots engagée par les principales " têtes d’affiche " s’est prolongée le week-end dernier avec le discours de Raphaël Glucksmann, prochaine étape de nos analyses…


Copyright image : Stéphane DE SAKUTIN / AFP

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