AccueilExpressions par MontaigneMunicipales : une drôle de campagne, en-dessous de la mêléeLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne Cohésion sociale06/03/2026ImprimerPARTAGERMunicipales : une drôle de campagne, en-dessous de la mêléeAuteur Blanche Leridon Directrice des études France de l’Institut Montaigne, spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles Découvreznotre série [Le référendum, une question populaire]À quelques jours des municipales, les questions de mobilité ou d'impôts locaux peinent à se frayer un passage dans une actualité surchargée. Quels sont les raisons et les risques de ce désintérêt ? Cette analyse, fondée sur des données de Magic Lemp, montre que la concurrence d'une actualité internationale frénétique n'est pas seule en cause : la pauvreté des débats de fond, et la lassitude des Français pour une vie politique difficilement lisible, ont aussi une grande part de responsabilité.À quelques jours du premier tour, la campagne des municipales a-t-elle réellement commencé ? On peut légitimement se poser la question, tant l’actualité de ces dernières semaines est saturée par les événements internationaux - de la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier jusqu’à la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, en passant par les quatre ans de guerre en Ukraine, les nouveaux rebondissements sur les droits de douane ou l’affaire Epstein. La marginalisation de la campagne n’est pas seulement liée à une actualité internationale surabondante, elle est aussi corrélée à une grande lassitude des Français autour des sujets politiques, nourrie par des débats budgétaires qui, de la fin 2025 au début de l’année 2026, n’en finissaient pas de finir, reliquats d’une crise politique dans laquelle le pays est empêtré depuis bientôt deux ans. L’équation est donc claire - une actualité nationale décourageante, doublée d’une actualité internationale surabondante - et son résultat sans appel : une campagne municipale qui peine à susciter un réel intérêt médiatique et citoyen.La marginalisation de la campagne n’est pas seulement liée à une actualité internationale surabondante, elle est aussi corrélée à une grande lassitude des Français autour des sujets politiques.Les courbes en la matière sont éloquentes. Grâce aux données collectées par l’outil Pluralisme de Magic Lemp dans les médias audiovisuels (télé et radio), entre le mois de septembre 2025 - date officielle de la période dite "préelectorale" - et la fin du mois de février 2026, on observe un traitement de la campagne municipale très inférieur si on le compare à d’autres grands sujets identifiés (guerres en Ukraine et au Proche-Orient, Donald Trump, Emmanuel Macron, etc.). À cette faiblesse relative s’ajoute une courbe relativement stable depuis septembre, contrairement à la dynamique croissante attendue à l’approche du premier tour. S’agissant de la part relative des sujets, on observe une tendance parfaitement analogue : en nombre absolu de mentions, comme en part relative, les municipales restent bien en-dessous de certaines autres thématiques identifiées sur l’ensemble de la période.La progression légère observée dans le courant du mois de novembre coïncide avec le Congrès des maires, qui s’est tenu du 17 au 20 novembre, doublée d’une normalisation temporaire de l’actualité internationale : les fronts ukrainiens et proches-orientaux, bien que toujours actifs, entraient alors dans une phase de relative usure, laissant un court répit aux enjeux domestiques. La dynamique suscitée autour des municipales à ce moment-là ne s’est cependant pas maintenue dans la durée. Ces résultats, limités au champ audiovisuel, ne permettent pas de tirer de conclusion générale, et devraient être complétés par une analyse de la presse, notamment quotidienne régionale. Ils nous donnent néanmoins une tendance, partielle mais dont on peut tirer un certain nombre d’enseignements.Les médias ne dictent pas aux citoyens comment penser, mais à quoi penser de manière prioritaire.Dans cette séquence, les crises internationales ne se contentent pas d’occuper l’espace, elles changent la nature même de l'attention. L’atmosphère de survie globale ramène les débats locaux à des enjeux qui peuvent paraître inaudibles ou dérisoires. Ce phénomène illustre la théorie de "l'agenda-setting" théorisée par Maxwell McCombs et Donald Shaw dans les années 1970, selon laquelle les médias ne dictent pas aux citoyens comment penser, mais à quoi penser de manière prioritaire. Ce n'est donc pas tant que les Français se désintéressent de leur ville, mais que l'agenda-setting médiatique, saturé par une politique du chaos international, laisse peu de disponibilité mentale pour le débat de proximité - le tout dans un contexte de rejet de la politique en général. L’idée n’est évidemment pas ici de faire une hiérarchie des actualités, et de décréter que les municipales devraient bénéficier d’un traitement de faveur, dépassant toutes les autres. Bien sûr que la guerre en cours au Proche Orient mérite toute notre attention, et qu’il serait coupable de ne pas y consacrer la couverture nécessaire. Il ne s’agit pas non plus d’incriminer le travail des journalistes : si la campagne suscite si peu d’intérêt, c’est aussi que ses principaux acteurs peinent à faire émerger de réelles dynamiques sur le terrain. Les campagnes sont trop souvent marquées par l’invective et la recherche de buzz (à Marseille et à Paris notamment), au détriment des sujets de fond, et les rares débats télévisés qui ont eu lieu (à Lyon ou à Nice par exemple) ont fait la preuve d’une incapacité de la classe politique à se prêter au jeu de la contradiction de manière constructive. En dehors des plateaux, les débats, au lieu de porter sur les enjeux municipaux, tournent majoritairement aujourd’hui autour des stratégies et des alliances électorales (à droite avec le RN, comme à gauche avec LFI), au détriment de l’intérêt des électeurs. Enfin, le déport des campagnes de certains candidats sur les réseaux sociaux les placent de facto dans une situation monologique problématique, où la parole publique est uniquement centrée sur elle-même, sans médiation ni interaction avec ses adversaires - l’absence des deux favoris à la mairie de Paris au seul débat télévisé organisé durant la campagne est symptomatique de ce phénomène-là (les autres débats prévus ont par conséquent été déprogrammés).En dehors des plateaux, les débats, au lieu de porter sur les enjeux municipaux, tournent majoritairement aujourd’hui autour des stratégies et des alliances électorales (à droite avec le RN, comme à gauche avec LFI), au détriment de l’intérêt des électeurs.Si elle s’explique, cette faible présence des municipales n’en demeure pas moins problématique à plusieurs niveaux. D’abord, car le maire est le seul élu qui échappe au phénomène massif de défiance politique dans notre pays - 68 % de confiance selon notre dernière enquête Fractures françaises, contre 10 % pour les partis politiques, et 20 % pour les députés. Il est impératif de préserver ce lien de confiance, en le doublant d’une connaissance accrue des prérogatives qui sont les leurs, sur lesquelles il est nécessaire de faire de la pédagogie. Comme nous le montrons par exemple dans notre note d’analyse consacrée à la sécurité, il existe un hiatus immense entre les attentes projetées sur les maires en matière de sécurité, et leurs compétences effectives en la matière. Ensuite, les élections de mars 2026 sont le dernier grand rendez-vous électoral avant l’échéance - cruciale - de 2027. Elles sont donc la dernière occasion, pour les Français, de renouer avec une pratique démocratique constructive et éclairée, moins polarisée que ne l’ont été les dernières échéances, et plus vivante que ne l’a été la campagne de 2020, interrompue par la pandémie de Covid. Les municipales sont, avec la présidentielle, les élections qui historiquement enregistrent les taux de participation les plus importants. Mais cette tendance est elle aussi fragile, et il existe un risque réel de basculer dans des schémas d’abstention plus massive - la participation décline d’ailleurs depuis la fin des années 1980. L'habitus démocratique se travaille, il s’entretient sur la durée : il ne reste que quelques jours pour lui redonner un peu de vigueur, ne les laissons pas passer.Méthodologie : données recueillies par Magic Lemp entre le 1er septembre 2025 et le 5 mars 2026. Échantillon des médias audiovisuels : BFMTV, France info radio, CNEWS, France info télé, France inter, LCI, Europe 1, RMC, Sud Radio, RTL, France culture, France 5, TMC, M6, France 2, TF1 et France 3. Copyright image : AFP PHOTO / REMY GABALDA Le Capitole à Toulouse, où siège le Conseil municipal.ImprimerPARTAGERcontenus associés à la uneJanvier 2026Démocratie : les nouveaux chemins du civismeConsultez le Rapport 26/02/2026 Municipales 2026 : l’école, révélateur des choix territoriaux Baptiste Larseneur