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Expressions par Montaigne
15/07/2026

Du sommet de l’OTAN à la coalition des volontaires sur les Champs-Élysées

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Du sommet de l’OTAN à la coalition des volontaires sur les Champs-Élysées
 Michel Duclos
Michel Duclos
Expert Résident, Conseiller spécial - Géopolitique et Diplomatie

​Le défilé du 14 juillet, où les Champs-Élysée ont accueilli les nations invitées de la Coalition des volontaires, est l'occasion d'un passage en revue des progrès en matière de défense européenne. Que retenir du sommet de l'OTAN à Ankara, les 7 et 8 juillet dernier ? Malgré un engagement réitéré envers la sécurité collective prévue par le Traité, et la hausse des dépenses militaires de l'Europe et du Canada, la relation avec les États-Unis a changé, sous l'"effet Groenland" des revendications menaçantes de Trump. Quelles sont les évolutions possibles de l'Alliance atlantique ? Trois scénarios, du passage de relais maîtrisé à la rupture brutale en passant par la montée en puissance d'alliances alternatives, que symbolisait la parade militaire à Paris.

Il est de tradition de mettre tel ou tel pays ami à l’honneur lors des célébrations du 14 juillet, avec le cas échéant participation de soldats du pays invité au défilé militaire sur les Champs Elysées.

Cette année, la participation au défilé d’un détachement de l’armée ukrainienne et de soldats de différentes armées de la "coalition des volontaires" - 35 pays engagés à fournir des "garanties de sécurité" à l’Ukraine en cas d’accord avec la Russie - conférait à l’événement une signification particulière.

Celle-ci n'apparaît cependant que si l’on relie ce 14 juillet au sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Ankara les 7 et 8 juillet.

Le sommet d’Ankara

Sommet singulier bien entendu, comme toute rencontre à laquelle participe Donald Trump ! Le président américain a d’abord déclaré que, s’il faisait le déplacement à Ankara, c’était seulement pour honorer son ami Erdogan, qui présidait cette année aux retrouvailles de l’Alliance. Mais il n’avait que des sentiments négatifs à l’égard de cette organisation. Ses premiers propos sur place ont été d’ailleurs pour indiquer qu’il n’avait pas perdu de vue la nécessité pour les États-Unis de prendre le contrôle du Groenland et redire son indignation que les alliés de l’OTAN n’aient pas prêté main forte à l’opération militaire américaine contre l’Iran.

Dans un retournement de situation dont il a le secret, Trump devait le lendemain se déclarer ravi d’une réunion où "il avait vu de l’unité et de l’amour dans la pièce". Au-delà de ce comportement erratique, trois éléments auront marqué la rencontre :

- Le sommet, y compris donc Donald Trump, a signé une déclaration commune (pour une fois courte et lisible) dans laquelle l’engagement de tous les alliés envers l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est réitéré. De même, la montée en puissance des Européens et du Canada au sein de l’Alliance est saluée : "nous œuvrons en faveur d’une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte, modernisée".

Nul doute bien entendu que la bienveillance pour l’instant retrouvée de Washington à l’égard de l’Alliance résulte d’abord d’un plus grand effort financier des Européens, décidé l’année dernière à la Haye sous pression américaine. Le communiqué chiffre à 139 milliards de dollars les dépenses de défense supplémentaires consenties par les Européens et le Canada en un an. Un engagement supplémentaire de 50 milliards de dollars est pris pour l’acquisition d’une série d’armement modernes spécifiques ;

- Le soutien à l’Ukraine - auquel est consacré un paragraphe de la déclaration - fait désormais partie du programme de l’OTAN. Pour 2026, les alliés s’engagent à fournir pour 70 milliards d’euros en équipements et en formation à l’armée ukrainienne, et au moins l’équivalent l’année suivante.

Présent à Ankara, le président Zelenski a pu faire valoir à Trump le besoin urgent de Kiev de disposer de systèmes anti-missiles. Le président américain a consenti à permettre le transfert d’une licence de fabrication d’un type de missiles Patriotdevenu quasiment introuvable sur le marché. Beaucoup de commentateurs estiment toutefois qu’il faudra au moins deux à trois ans pour que ces systèmes compliqués commencent à sortir des usines ukrainiennes, dont d’ailleurs la protection contre des attaques russes constitue en soi un problème. L’incroyable rapidité avec laquelle les Ukrainiens nous ont habitué dans la production de nouvelles armes pourrait démentir ce pronostic ; 

- Enfin, dans la relation entre les Européens et les Américains quelque chose a peut-être changé ou commencé à changer : à la Haye, le mot d’ordre était clairement "payons pour maintenir les États-Unis à bord et que tout redevienne comme avant". À Ankara, l’atmosphère était différente, l’ordre du jour étant plutôt de passer du "burden sharing" (c’est-à-dire "les Européens doivent payer plus") au "burden shifting" (le transfert des responsabilités aux Européens). 

L’ "effet Groenland" marque les Européens, dont beaucoup se sont convaincus que la tactique de la flatterie à l’égard de Trump ne les sauverait pas.

On peut sans doute attribuer ce glissement d’attitude à toute une série de facteurs : l’ "effet Groenland" marque les Européens, dont beaucoup se sont convaincus que la tactique de la flatterie à l’égard de Trump ne les sauverait pas ; le fait qu’ils assument maintenant l’essentiel de la charge du soutien à l’Ukraine les rend aussi moins déférents vis-à-vis de Trump ; enfin celui-ci, sentant les difficultés qu’il rencontre, notamment sur le dossier iranien, est moins en mesure qu’autrefois, comme nous l’avions déjà noté lors du G7, de prendre de haut ses alliés. 

Le rôle implicite de la coalition des volontaires 

Lorsque l’on réfléchit à l’évolution possible de l’Alliance Atlantique, deux scénarios viennent spontanément à l’esprit, mais c’est un troisième qui pourrait en fait prévaloir :

- La logique voudrait que le désengagement américain - déjà entamé ne serait-ce qu’en raison du transfert de certains systèmes vers le théâtre proche-oriental - fasse l’objet d’une négociation entre alliés de manière à programmer, sur une période agréée, une relève ordonnée par des moyens et des officiers européens. 

C’est le concept d’"européanisation de l’OTAN" souvent évoqué, y compris par les autorités françaises. Le principal obstacle à un tel scénario est que l’administration américaine actuelle n’a pas le professionnalisme nécessaire pour procéder de façon aussi méthodique ; de surcroît certains de ses membres (tel le Secrétaire à la guerre Pete Hegseth) plaident même pour une rupture entre Washington et l’OTAN.

- Une seconde hypothèse serait précisément un scénario de rupture, qui pourrait venir d’un "coup de sang" de Trump à la suite d’un désaccord quelconque : on est passé assez près d’une situation de ce type dans le cadre de la guerre contre l’Iran ; d’autres causes de mécontentement trumpien peuvent survenir, à commencer par le Groenland si la Maison-Blanche veut un jour passer aux actes. 

Beaucoup d’observateurs pensent que le rééquilibrage entre le Congrès et la Maison-Blanche à la suite des élections de mi-mandat devrait limiter ce type d'embardées de la part de l’administration Trump. Toutefois, même une administration américaine affaiblie peut causer de graves dommages à la relation transatlantique ; 

- Pourquoi évoquer la coalition des volontaires dans un tel contexte ? Parce que là aussi de manière implicite, celle-ci sert progressivement de cadre à une affirmation de la capacité des Européens à s’organiser, au-delà de la question spécifique des "garanties de sécurité". 

À cet égard, la mise à l’honneur des Ukrainiens et des 35 pays concernés sur les Champs-Elysée ne doit pas faire oublier la réunion des chefs d’État et de gouvernement de la Coalition le 13 juillet ; ceux-ci se sont mis d’accord sur tout un programme d’aide à l’Ukraine, allant très au-delà des garanties de sécurité proprement dite. M. Macron a annoncé entre autres la commande par Kiev de nouveaux systèmes SAMP/T - seul système européen comparable aux Patriots américains - et le transfert à l’Ukraine de la licence pour produire les missiles intercepteurs du SAMP/T ainsi d’ailleurs que des bombes à guidage de précision et du missile de croisière Scalp. 

Dans le même ordre d’idée, l’Ukraine et neuf pays européens ont annoncé à Paris la création d’un système de défense antimissiles balistiques commun. Il s’agit du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Espagne, de la Suède, de l’Ukraine et du Royaume-Uni.

On assiste donc peut-être, de réunions en réunions entre Européens, à l’essor d’une organisation pragmatique et à géométrie variable d’une défense de l’Europe ne dépendant plus exclusivement de l’OTAN et donc des États-Unis. 

Derrière le défilé du 14 juillet, on assiste donc peut-être, de réunions en réunions entre Européens, à l’essor d’une organisation pragmatique et à géométrie variable d’une défense de l’Europe ne dépendant plus exclusivement de l’OTAN et donc des États-Unis. Liés à l’UE - ne serait-ce que financièrement - mais quand même hors UE. Faut-il y voir une pierre dans l’édification progressive de l’Europe comme puissance géopolitique, jouant comme telle sa partition dans la "compétition entre grandes puissances", comme l’on dit maintenant ?

 

Notre sentiment est que les "formats" ou que les organisations en cause importent assez peu. Nous dirions plutôt : si un jour la guerre en Ukraine s’arrête sans victoire réelle de la Russie et s’il est clair que les Européens ont joué un rôle majeur dans ce résultat, alors l’Europe sera regardée dans le monde comme ayant changé de statut ; ce ne sera plus le "nain politique" dont on parle souvent.

Copyright Ludovic MARIN / AFP

Défilé de troupes des nations invitées de la Coalition des volontaires lors de la parade du 14 juillet 2026 sur les Champs-Élysées. 
 

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