AccueilExpressions[Campagnes électorales] - 2023, Argentine : Milei, un show-man anarcho-capitaliste à la présidenceSÉRIECampagnes électorales 28/07/2026 [Campagnes électorales] - 2023, Argentine : Milei, un show-man anarcho-capitaliste à la présidenceVie démocratiquePARTAGER Alexandre Marc Expert Associé - Amériques et développement Découvreznotre série Campagnes électoralesDans une Argentine plongée de manière durable dans la crise, un nouveau candidat émerge brutalement : Javier Milei, outsider politique élu député deux ans auparavant. Faisant des médias ses alliés, et joignant à une posture de vérité dans son analyse de la situation économique à une décapante véhémence rhétorique, il parvient à convaincre les électeurs de faire de lui leur président et met l’Argentine à l’avant-garde de l’Amérique latine. Comment a-t-il réussi à s’imposer ?Un météore politique, une population fatiguée par la crise et le pouvoir des plateaux TV2023 : en Argentine, l’élection présidentielle est remportée par un outsider - sur la scène politique depuis moins de deux ans - qui bouleverse complètement le pays. Totalement en dehors des partis et des mouvements existants, de droite comme de gauche, il prétend mener une politique économique complètement à contre-courant d’un certain consensus qui existe sur l'État-providence (politiques publiques proactives, protectionnisme, progressisme culturel …) et positionne l’Argentine à l’avant-garde de l’Amérique latine.2023 : en Argentine, l’élection présidentielle est remportée par un outsider - sur la scène politique depuis moins de deux ans - qui bouleverse complètement le pays.Ce n’est pas la première fois que le pays a connu des tentatives de réformes libérales : on peut citer celles menées par le président Carlos Menem en 1990 et 1999 afin de juguler l’hyper inflation ou plus tard, celle du Président de centre droit Mauricio Macri entre 2015 et 2019 (sans grand succès, son cadre institutionnel étant celui de l’État-providence mis en place par Juan Péron entre 1946 et 1955). L’Argentine s’est habituée à vivre avec un système de sécurité sociale sophistiqué, une très forte protection des travailleurs, une éducation et une santé publiques beaucoup plus étendues que dans les autres pays d’Amérique latine et des syndicats dont le rôle était largement institutionnalisé dans l’État. Ces politiques ont été renforcées durant le règne des Kirchner : Nestor Kirchner (président de 2003 à 2007) et surtout Cristina Kirchner (présidente de 2007 à 2015), version très à gauche du péronisme, qui s’est poursuivie sous une forme moins extrême sous Alberto Fernández (2019-2023).Le contexte : crise économique et pourrissement du système péroniste de gouvernementL’Argentine, au milieu des années 2020, connaît une crise sans précédent depuis l'effondrement économique de 2001 - encore gravé dans la mémoire de tous les Argentins. La crise de 2023 s’est fait sentir progressivement, après la lente érosion de l’économie due aux politiques populistes de Cristina Kirchner, dont le gouvernement avait financé via la création monétaire de nombreux programmes souvent mal élaborés et quasi sans impact sur la relance du système productif. Le président de centre droit Mauricio Macri s’était montré incapable de juguler la spirale inflationniste. À la veille de l’élection de 2023, l’inflation dépasse les 200 % par an et le pays est en route vers l’hyper inflation. La dette publique explose à plus de 150 % du PIB et l’économie entre en récession. Depuis deux ans, la pauvreté ne cesse d’augmenter, la confiance dans le peso est au plus bas et la population conserve son épargne en dollars sous le matelas ou à l’étranger pour ceux qui le peuvent, tandis que le gouvernement, qui a introduit des restrictions sur l’achat de devises et sur les importations, a empiré la crise et le mécontentement des classes moyennes. En parallèle, plusieurs scandales de corruption ont éclaté, dont un touche directement Cristina Kirchner, à propos de l’attribution irrégulière de marchés publics lorsque Nestor Kirchner était gouverneur de la région de Santa Cruz en 2022. Elle est condamnée à 6 ans de prison et interdite à vie d’exercer une fonction publique.L’irruption de Milei en politique, aboutissement d’une longue préparation médiatique C’est dans ce contexte et avec un discours hyper libéral, anti-État et anti-caste politique que Milei entre en politique. Il est d’abord élu député en 2021, après avoir créé un mouvement avec une avocate conservatrice Victoria Villaruel, et ne présente de candidats que dans la région de Buenos Aires. Il remporte la victoire, fait inattendu pour un mouvement si récent et si petit : il réunit 17 % des votes dans Buenos Aires et 5,5 % au total. Il faut dire que le pays est en révolte contre les péronistes, qui perdent leur majorité au Sénat. La coalition de centre droit de l’ancien Président Mauricio Macri, Junto por el cambio, réalise un score impressionnant de 42,75 % contre 34,56 % des votes pour les péronistes et leurs alliés. Rares sont ceux qui parient sur les chances de Milei aux futures élections présidentielles mais lui forme une équipe de campagne qui ne le quittera plus. En son sein, Santiago Caputo, un communiquant qui manie les réseaux sociaux avec maestria : il en fait une véritable caisse de résonance pour ses idées, sans parler de la sœur de Milei, avec qui il a toujours vécu et dont le destin semble inséparable du sien. Milei utilise sa position à la chambre des députés et la visibilité médiatique que cela lui confère pour promouvoir ses idées, critiquer les politiques économiques du gouvernement, attaquer la caste politique et se donner le plus de visibilité politique possible. Il ne participe d’ailleurs que très peu aux travaux des commissions parlementaires. Ses discours, où il recherche la confrontation et attaque la gauche comme la droite, résonne de plus en plus avec ceux qui étaient fatigués du système dans son ensemble. Il se présente comme quelqu’un qui n’a rien à cacher, qui ne ment pas et qui décrit l’état du pays comme il est. Et il surprend tout le monde, en annonçant sa candidature à la présidence et en remportant la primaire, en août 2023.Nouveau venu dans la vie politique, Milei ne l’est cependant pas dans les médias, où, tout comme Trump, il se fait connaître.Nouveau venu dans la vie politique, Milei ne l’est cependant pas dans les médias, où, tout comme Trump, il se fait connaître. Habitué des plateaux de télévision, cela fait très longtemps qu’il y défend ses idées, notamment dans les médias du groupe America, détenu par l’entrepreneur milliardaire Eduardo Eurnekian, pour qui Milei avait travaillé de nombreuses années comme économiste et analyste financier. À partir de 2014, il apparaît de plus en plus régulièrement sur plusieurs chaînes de télévision populaires comme commentateur économique (America TV, A24, Canal 13) et devient assez vite une personnalité. Bien qu’il utilise un discours économique souvent juste, ce sont surtout ses positions tranchées et souvent extrêmes qui attirent le public, mais aussi sa manière très provocante de s’exprimer et sa volonté de créer des controverses. Le personnage Milei est donc né sur les chaînes de débats télévisés, où il était invité pour tenir le rôle du disrupteur, avec un discours radicalement différent de celui de tous les autres invités.Rapidement, il devient une personnalité incontournable sur les réseaux sociaux. Il adopte aussi Twitter (X aujourd’hui), support indispensable à la diffusion de ses idées et qui reste le canal où il communique directement avec ses supporteurs. En 2018, quatre après sa première apparition à la télévision, il participe à 235 entrevues sur les radios et les télévisions locales et nationales et devient l’économiste le plus invité par les médias (radio et télévision) argentins. Milei est conscient de sa dette à l’égard de cet écosystème et a attribué sa victoire au premier tour de la présidentielle à la personnalité de télévision Mauro Vialle (décédé durant l’épidémie de Covid), connu pour ses plateaux de télévision extrêmement populaires, qui lui avait tout appris. Durant sa campagne, Milei avait aussi entamé une liaison avec une actrice et humoriste argentine bien connue des médias, Fatima Florez, qu’il a rompue quelques semaines après son arrivée à la présidence - les rumeurs ont parlé d’un arrangement médiatique.Son maniement des symboles en fait un show-man accompli. En 2019, il crée un personnage de dessin animé, General Ancap (pour Anarcho-Capitaliste) qui lui sert d’avatar sur ses comptes de réseaux sociaux en anglais et lance une stratégie de communication à l'international. Milei apparaît à la télévision et sur les réseaux sociaux dans une tenue noire bordée de jaune, avec une longue cape et un sceptre géant aux caractères ésotériques. Plus tard, il manie la fameuse tronçonneuse (pour couper dans les dépenses publiques), apparue pour la première fois durant un rassemblement de campagne à la Plata et qu’il apporte une fois sur un plateau de télévision : l’image fait littéralement le tour du monde.Milei bénéficie, par contraste sur la pâleur des autres, de son activisme et son agressivité - lui qui annonce dès le début la couleur : retour à l’équilibre budgétaire et fiscal, ajustement dur et immédiat, sans compromis possible.Milei bénéficie, durant la campagne, de sa parole de vérité sur la situation économique de l’Argentine et sur les solutions extrêmes nécessaires au rétablissement de la situation. Il bénéficie aussi, par contraste sur la pâleur des autres, de son activisme et son agressivité, lui qui annonce dès le début la couleur : retour à l’équilibre budgétaire et fiscal, ajustement dur et immédiat, sans compromis possible.Une victoire électorale due en grande partie à la faiblesse de ses opposantsLes deux groupes capables de mobiliser les électeurs étaient tous les deux en situation de faiblesse. Le parti péroniste et ses associés, Frente de todos, à l’impressionnante machine de mobilisation électorale et qui bénéficie de l’appui quasi garanti des syndicats et de leur financement, était devenu très impopulaire, les Argentins tenant Christina Kirchner pour responsable de la crise. De plus, le candidat péroniste, le centriste Sergio Masa, avait été le dernier ministre de l’Économie au moment où l’inflation avait dépassé les 200 % et où la sortie des devises avait été restreinte, ce qui l’avait rendu très impopulaire. Au premier tour, Sergio Masa a quand même réussi à récolter 36,78 % des suffrages.Le deuxième groupe était celui du centre droit, regroupé autour du mouvement Junto Por El Cambio de l’ancien président Mauricio Macri (2015-2019) et de son parti, le PRO, mais qui comprend également des membres du parti radical, le plus vieux parti d’Argentine, qui avait été le grand gagnant des législatives de 2021. Cette coalition a pâti d’être associée à la figure de Mauricio Macri, président peu efficace sur le plan du contrôle de l’économie, qui n’avait pas eu le courage politique de mener les réformes les plus dures et n’avait pas été en mesure de juguler l’inflation, malgré une dette très élevée contractée auprès du FMI et utilisée en vain pour soutenir le Pesos - ce qui lui avait valu de perdre les élections suivantes en 2019. La candidate, Patricia Bullrich, qui bénéficiait d’une certaine popularité, ancienne ministre de l’Intérieur de Mauricio Macri à la réputation d’efficacité, s’est avérée être une candidate faible ayant beaucoup de mal à articuler son programme et à débattre de ses idées. Elle n'a obtenu que 23,81 % des voix.Javier Miller, malgré les inquiétudes que sa candidature suscitait chez de nombreux électeurs, a rassemblé presque 30 % des voix au premier tour : ceux qui ont voté pour lui sont surtout des électeurs jeunes (18-35 ans), des hommes, aspirant à un changement profond de politique, mais aussi beaucoup d’électeurs issus de classes moyennes laminées par la crise et même certains électeurs issus des classes populaires qui avaient sombré dans la pauvreté et étaient attirés par son discours anti-élites. Au second tour, on assiste au report total des électeurs de Patricia Bullrich et de quelques indépendants pro-réforme sur la candidature de Milei, qui remporte largement la présidentielle, avec 55,65 % des voix. La priorité de beaucoup d’électeurs fut de ne surtout pas laisser aux péronistes la chance de reprendre le pouvoir ; il est apparu assez vite entre les deux tours qu’une alliance entre Milei et Junto por el Cambio était susceptible de modérer quelque peu le flamboyant candidat. Entre les deux tours, Bulrich s’est avéré être une très habile politicienne et elle s’est rapprochée rapidement de Javier Milei, qui a compris qu’il avait besoin de Junto Por el Cambio non seulement pour gagner au second tour mais également pour gouverner après. Cela a convaincu la grande majorité des électeurs du centre et du centre droit de voter pour le candidat libertarien.Les leçons de la campagne pour l’ArgentinePremière leçon : l’arrivée de Milei n’a été possible que du fait d’une dégradation extrêmement rapide de l’économie dans les dernières années du régime péroniste. La peur de l’hyperinflation a très nettement joué en sa faveur, lui qui fut le seul à reconnaître la gravité de la situation et à proposer de répondre à la crise par des solutions intuitivement crédibles pour les électeurs. Deuxième leçon : l’agenda de guerre culturelle de Milei était davantage considéré par les électeurs comme un repoussoir que comme un atout, mais beaucoup d’Argentins avaient fait le calcul qu’au vu de la composition du congrès argentin et du peu d’attrait pour cet agenda par l’opinion publique, Milei ne pourrait probablement pas le mettre en place. Calcul qui s’est révélé juste.Les politiciens changent. Non seulement la brutalité de Milei est rejetée par un grand nombre d’Argentine mais en même temps, le système - y compris avec ses faiblesses - s’est révélé résilient et Milei a été obligé de faire des compromis.Troisième leçon : la victoire de Milei a été rendue possible parce que les deux principaux mouvements qui contrôlaient le débat politique en Argentine avaient perdu une grande partie de leur crédibilité - incapacité de juguler l’inflation, scandale de corruption à répétition, crise sociale. Le "ras-le-bol" était généralisé au système politique dans son ensemble.Quatrième leçon : les politiciens changent. Non seulement la brutalité de Milei est rejetée par un grand nombre d’Argentine mais en même temps, le système - y compris avec ses faiblesses - s’est révélé résilient et Milei a été obligé de faire des compromis, d'adopter progressivement un autre ton et de reconnaître qu’il n’avait d’autres choix que d’accepter une collaboration avec le centre.Copyright image : Emiliano Lasalvia / AFPJavier Milei et sa compagne d’alors, l’actrice de télévision Fatima Florez, à Buenos Aires, le 19 novembre 2023.PARTAGERcontenus associés 06/03/2025 L’Argentine de Javier Milei, un an après : le chantier politique Alexandre Marc 29/01/2025 L’Argentine de Javier Milei, un an après : le chantier de l'économie Alexandre Marc 27/07/2026 [Campagnes électorales] - Présidentielle américaine de 2016 : du poison de ... Blanche Leridon, Joseph de Weck 07/02/2024 Sortir l’Argentine de la crise, un défi colossal Alexandre Marc 06/01/2026 L’Amérique latine à la croisée des chemins : un virage à droite ? 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