AccueilExpressionsBrésil : un 3e duel entre Lula et Bolsonaro pour la présidentielle 20/07/2026 Brésil : un 3e duel entre Lula et Bolsonaro pour la présidentielle États-Unis et amériquesPARTAGER Gustavo Ribeiro - contributeur externe co-fondateur et rédacteur en chef du média The Brazilian Report, enseignant en intelligence économique à l'Université de Caen Normandie Les 4 et 25 octobre prochains, les Brésiliens devront voter pour leur prochain président. Ils ont le choix entre le sortant, Lula, déjà élu en 2002? 2006 et 2022, et le fils de l'ex-président Bolsonaro [2003-2011] empêché de concourir par une condamnation à 27 ans de prison, Flavio, pris dans un grave scandale financier qui contamine toute la classe politique . Quel est le bilan de Lula et quels sont les programmes des candidats ? Dans une élection serrée, marquée par le vote de rejet plutôt que d'adhésion, avec des contraintes budgétaires massives, qu'incarne le candidat Renan Santos ? Notre série d’éclairage sur le Brésil. Luiz Inácio Lula da Silva vs. Jair Bolsonaro : pour la troisième fois, les Brésiliens devront départager ces deux candidats lors d’une élection présidentielle. En l'occurrence, celle du 4 octobre prochain. En 2018, Jair Bolsonaro affrontait Lula par procuration, à travers Fernando Haddad, désigné en catastrophe, alors que l'ancien président purgeait une peine de prison. En 2022, les deux hommes se sont affrontés directement, et Lula l'a emporté d'un cheveu - 50,9 % contre 49,1 %. En 2026, la symétrie s'inverse : c'est Lula qui affronte Bolsonaro par procuration.Le sénateur Flávio Bolsonaro, fils aîné de l'ancien président, a été adoubé par lettre en décembre. Son père ne pouvait guère faire mieux : condamné à 27 ans et 3 mois de prison pour tentative de coup d'État après sa défaite de 2022, il purge sa peine en détention à domicile et il lui est interdit de paraître en public. Le bolsonarisme se transmet donc désormais par courrier.Comme à chaque scrutin depuis 2002, l'affaire se réglera vraisemblablement le 25 octobre, au second tour - le moment de vérité de tous les sondages à venir.Le projet Lula Le programme du président sortant tient en trois lignes de force. À l'international, une ouverture assumée vers la Chine, un scepticisme croissant à l’égard de Washington et la volonté de faire du Mercosur un bloc négociateur plus offensif. Le 26 juin, le ministère des Finances a inauguré un poste d'attaché fiscal et douanier au sein de l'ambassade du Brésil à Pékin - le premier hors des Amériques. Quelques jours plus tard, au sommet du Mercosur à Asunción, Lula plaidait pour un accord commercial du bloc avec la Chine. Sa réponse aux critiques est de la realpolitik brute : "La Chine a occupé un espace qui était vide. Ils ne peuvent pas se plaindre que la Chine occupe cet espace, s'il était vide."À l'intérieur, c'est la dépense. Crédit assoupli, salaire minimum revalorisé au-dessus de l'inflation, exonération d'impôt sur le revenu jusqu'à 5 000 reais par mois, environ 852 euros (le SMIC brésilien reste à 1 621 reais, ou 277 euros), renégociation des dettes des ménages : des économistes chiffrent le paquet de mesures de cette année à près de 200 milliards de reais (34 milliards d’euros). Le calcul est transparent. Au Brésil, la prime au sortant est massive, parce qu'une part considérable de l'électorat dépend directement de virements publics.La politique sociale de Lula a produit des effets notables. Entre 2023 et 2024, 8,6 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté (presque la population de l’Autriche), selon l’IBGE, l’Institut national de statistique : le taux de pauvreté est passé de 27,3 % à 23,1 % ; l’extrême pauvreté de 4,4 % à 3,5 %. Les deux plus bas niveaux depuis le début de la série, en 2012.Le filet social n'est pas un complément de l'économie brésilienne : pour une fraction significative de la population, il est l'économie. Les adversaires de Lula y voient une réussite artificielle. Ses stratèges y voient une base électorale.Quelques pourcents de moins, mais les effets se voient depuis l'espace. Sans les programmes sociaux - Bolsa Família, programme d'aides mis en place en 2003 pendant la première présidence de Lula, en tête -, l'extrême pauvreté grimperait à 10 % et la pauvreté à 28,7 %. Autrement dit, le filet social n'est pas un complément de l'économie brésilienne : pour une fraction significative de la population, il est l'économie. Les adversaires de Lula y voient une réussite artificielle. Ses stratèges y voient une base électorale.Reste que l'homme le plus populaire de l'histoire politique brésilienne est devenu un président comme les autres : depuis le début de l'année, le taux de désapprobation dépasse l’approbation dans la plupart des enquêtes. Un candidat de 80 ans qui brigue un quatrième mandat ne fait plus rêver ; il rassure, ou il exaspère.Flávio Bolsonaro : le bon nom, la mauvaise voixFlávio, 45 ans, a le patronyme et pas grand-chose d'autre. Battu aux municipales de Rio en 2016, il n'a jamais eu le charisme brutal de son père ni sa capacité à transformer une phrase vulgaire en événement national. Cela ne l'a pas empêché de progresser : l'onction paternelle a suffi à consolider derrière lui l'électorat conservateur - défense des valeurs chrétiennes, croisade anti-gauche, agenda pro-marché et alignement ostensible sur Washington.En mars, un sondage le plaçait pour la première fois devant Lula dans une simulation de second tour : 47,6 % contre 46,6 %, dans la marge d'erreur, mais la courbe montait.Depuis, Flávio a été bousculé par un message audio échangé sur WhatsApp. The Intercept Brasil a révélé que Flávio avait personnellement négocié 24 millions de dollars auprès de Daniel Vorcaro, propriétaire de Banco Master, pour financer Dark Horse, un biopic hagiographique consacré à son père. Documents et messages à l'appui, au moins 10,6 millions de dollars ont effectivement transité entre février et mai 2025, via un écheveau de fonds et de sociétés liés aux Bolsonaro.Le problème tient à l'identité du bailleur. Banco Master a été liquidée par la Banque centrale après la découverte d'une fraude massive : un montage de type Ponzi que les enquêteurs soupçonnent d'avoir servi à blanchir de l’argent, y compris des revenus issus du crime organisé, pour des partis politiques. Vorcaro est aujourd'hui le personnage le plus toxique du pays.L'effet fut immédiat. Le premier sondage réalisé entièrement après les révélations montrait Flávio en recul de 5 points au premier tour, devenu le nom le plus rejeté du paysage politique (52 % des électeurs excluaient de voter pour lui) et distancé de 7 points par Lula au second. Surtout, l'indicateur de "peur électorale" s'est inversé : 47 % des Brésiliens redoutaient davantage une présidence Flávio qu'une réélection de Lula (41 %). Une première.Le scandale s'est depuis un peu dissipé. Il n'a pas disparu. Le calendrier joue plutôt en faveur de Flávio - il reste moins de trois mois pour que l'affaire s'efface des esprits -, à condition qu'aucune nouvelle révélation ne surgisse, ce que même son entourage craint constamment. Une élection de rejets : voter contre, jamais pourVoilà où en est la compétition. Lula a repris une avance modeste mais régulière, et l'élection restera serrée, parce qu'elle ne se joue pas sur l'adhésion. Les deux hommes affichent des taux de rejet supérieurs à 45 %, parfois même au-delà de 50 % pour le sénateur. Leurs électorats sont figés - plus des trois quarts des intentions de vote se déclarent définitives -, et l'essentiel de la mobilisation repose sur le rejet du camp d'en face.C'est un mode de scrutin épuisant et durablement installé : selon Ipsos-IPEC, 72 % des Brésiliens se disent gênés par la polarisation. Ils s'apprêtent pourtant à la reconduire.Pourquoi 2027 sera l'année difficileGagner sera, relativement, la manche la plus simple. Le vainqueur héritera d'un système politique pulvérisé - une vingtaine de partis représentés au Congrès - et d'un Parlement qui a méthodiquement capté le budget.Le mécanisme s'appelle les amendements budgétaires : des crédits budgétaires fléchés par chaque élu vers sa circonscription, en grande partie à exécution obligatoire depuis une série de réformes engagées à partir de 2015. Le volume dit tout : près de 24 % des dépenses non obligatoires (au Brésil, les dépenses en santé, en éducation et en pensions sont inscrites dans la Constitution et le gouvernement ne peut pas les couper).Le lecteur français dispose d'un point de comparaison : la réserve parlementaire, d'un poids marginal dans le budget de l'État (environ 0,05 %), a été supprimée en 2017 précisément parce qu'on lui reprochait son opacité. Le Brésil a fait l'exact contraire : il a industrialisé le dispositif, l'a rendu obligatoire, puis a passé une décennie à en découvrir les effets secondaires - des enquêtes de la police fédérale suggèrent que ces fonds se sont mêlés à des circuits délictueux.La réserve parlementaire, d'un poids marginal dans le budget de l'État (environ 0,05 %), a été supprimée en 2017 précisément parce qu'on lui reprochait son opacité. Le Brésil a fait l'exact contraire.La conséquence est mécanique, et elle survivra à octobre : s'opposer au gouvernement du jour coûte désormais très peu ; gouverner, en revanche, coûte très cher (littéralement). Un député n'a plus besoin du gouvernement pour financer un hôpital dans sa ville ; il a besoin du Congrès, c'est-à-dire de lui-même. Le principal bénéficiaire s'appelle le Centrão (le Grand Centre), ce bloc de partis sans doctrine mais avec un tarif. Bonne chance au président élu !Troisième voie au Brésil : la demande existe, l'offre manqueLes enquêtes d’opinion montrent que la part d'électeurs qui préféreraient un candidat soutenu ni par Lula ni par Jair Bolsonaro a grimpé à 27 %. Sommés de choisir parmi les noms réellement en lice, ces mêmes électeurs se dispersent aussitôt. Le problème n'est pas l'appétit. C'est le menu.Romeu Zema et Ronaldo Caiado, anciens gouverneurs des États fédérés de Minas Gerais et de Goiás, sont crédités de quelques points. Ils partagent deux handicaps. Leur notoriété s'arrête aux frontières de leurs circonscriptions d’origine. Et tous deux ont courtisé Jair Bolsonaro pendant des années, espérant l'héritage, avant d'être doublés par son fils. Difficile de s'imposer en tant qu'alternative à un mouvement dont on briguait la direction il y a six mois.Reste Renan Santos. Cofondateur du Mouvement Brésil Libre (MBL), né des manifestations de rue de 2013-2014 qui ont préparé le terrain à la destitution de Dilma Rousseff en 2016, il n'a jamais exercé de mandat. Après avoir tenté d'exister au sein des partis traditionnels, le MBL a rompu et créé le sien : Missão.Ce n'est pas anodin - enregistrer un parti au Brésil suppose de réunir des centaines de milliers de signatures réparties sur au moins neuf états fédérés, un exercice de force logistique que peu de mouvements réussissent.Santos fait jeu égal avec Zema et Caiado en menant l'essentiel de sa campagne en ligne. Mais il sillonne aussi les zones reculées que les campagnes traditionnelles ignorent, avec une rhétorique de démantèlement intégral de l'État - son slogan, "Prendeu, matou" ("Arrêté, tué", qui rappelle l’axe central du programme de Santos : fermeté de la politique répressive), donne le ton - qui résonne chez des électeurs exaspérés par les statistiques de la violence urbaine (le Brésil compte presque 45 000 morts par an) et excédés par des décennies de services publics défaillants. Chez les moins de 24 ans, il devance tout le monde.Sa particularité est ailleurs. Santos ne joue pas 2026 : il joue 2030 et au-delà, ce qui lui offre un luxe rare dans la politique brésilienne - n'avoir rien à négocier. Il n'a donc pas besoin de ménager qui que ce soit, et sa critique de Bolsonaro est aussi féroce que celle de Lula.Son ambition, formulée à mots à peine couverts, est de devenir, pour la droite, le phare de l'après-bolsonarisme.Le pari n'est pas absurde. Selon Quaest, environ 40 % des électeurs estiment que l'affaire Banco Master éclabousse l'ensemble de la classe politique plutôt qu'un camp particulier - un scandale qui touche à la fois le Parlement, la magistrature et l'exécutif produit rarement des vainqueurs, mais crée toujours des opportunités. En 2018, un obscur député de l'arrière-ban, nommé Jair Bolsonaro, avait exploité exactement cette configuration. Copyright : Nelson ALMEIDA / AFPPARTAGERcontenus associés 02/06/2026 Brésil : face à la Chine, aux États-Unis et à l’UE, un pays entre les puiss... Gustavo Ribeiro 05/06/2025 France-Brésil : le match gagnant d’un partenariat stratégique Alberto Maresca